Il y a dans certains dialogues de films des perles de vérité, des répliques qui frappent juste, qui marquent.

Dans le film Spider-Man, on entend l’oncle de Peter Parker dire à son neveu: « Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités » (With great powers comes great responsability).

C’est ce qui m’est revenu à l’esprit pendant le conflit entre le Hamas et Israël à Gaza.

Dans tout débat, surtout lors des débats émotifs comme ceux qui naissent lorsqu’Israël est impliqué dans un conflit, avoir des points de vue différents, des analyses variées est une bonne chose. Cela permet, optimalement, d’éclairer les opinions.

En d’autres mots, le rôle de l’intellectuel est important.

C’est un immense pouvoir dans notre société que d’être universitaire. Non seulement le titre de ‘Professeur’ donne-t-il souvent accès aux médias avec l’énorme influence qui en découle, mais, plus important encore, ce titre et cette position donnent à celui qui les détient un pouvoir immense sur les étudiants qu’il forme et à qui il enseigne.

Il est donc du devoir de l’intellectuel engagé d’être honnête, de ne pas affirmer des faussetés et d’être rigoureux. Ça ne veut évidemment pas dire de ne pas avoir d’opinion, mais les avis avancés par cet intellectuel se doivent d’être fondés dans les faits.

Pourquoi écris-je cela?

Voici. Le 1er août 2014, un groupe d’intellectuels menés par Michel Seymour, professeur de philosophie à l’Université de Montréal, a publié un texte dans Le Devoir, texte truffés d’erreurs. Le même jour, je l’ai entendu sur les ondes de RDI, plus militant pro-palestinien qu’intellectuel sérieux.

Quelques jours après, dans le Huffington Post, il publiait un texte fabulant sur l’enlèvement et le meurtre de trois ados israéliens, avançant une version conspirationniste des évènements selon laquelle tout cela était un mensonge d’État par Israël. L’aveu par le Hamas qu’il était derrière cette horreur a évidemment détruit les fabulations de Michel Seymour, mais comme le disait Voltaire : « Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose. »

Sur Twitter, lors des nombreuses ruptures de trêves par le Hamas, je lui ai demandé s’il allait dénoncer le groupe islamiste étant donné qu’il avait maintes fois affirmé que ce qu’il désirait avant tout était la fin des combats. À chaque fois, et je lui ai demandé plus de 20 fois, il a refusé de condamner les ruptures de trêves par le Hamas.

Quand je lui ai montré des textes de la BBC et du New York Times (pas des bastions sionistes) et du magazine US News & World Report qui indiquaient qu’il fallait prendre les chiffres de victimes civiles du conflit avec un gros grain de sel (ces chiffres proviennent du ministère de la Santé de Gaza, contrôlé par le Hamas…) et lui ai demandé de corriger les chiffres qu’il amenait, il a refusé de corriger. Pour être clair : il savait maintenant que les chiffres qu’il avançait étaient faux et il a refusé de les corriger.

Quand je lui ai donné toutes les preuves indiquant qu’Israël n’avait rompu aucun cessez-le-feu, mais qu’à chaque fois c’est une volée de roquettes qui en était responsable, Seymour a refusé de condamner.

Il s’est enfoncé encore plus en diffusant sur Facebook une théorie selon laquelle les services de renseignements israéliens (Mossad) seraient derrière l’État islamiste, groupe de fondamentalistes islamistes qui coupent les têtes, massacrent, crucifient, vendent en esclavage celles et ceux qui s’opposent à eux. Évidemment, les Juifs devaient être derrière quelque chose d’aussi barbare que l’État islamiste.

Mis au défi de débattre (n’importe où, n’importe quand), il s’est toujours esquivé, préférant l’insulte au débat.

En effet, parce que je suis en désaccord avec lui, il m’a accusé d’être un mercenaire. Évidemment, être mercenaire signifie être à la solde de l’étranger. Ainsi, pour Seymour, il n’y a qu’une façon québécoise de voir les choses et quiconque n’y souscrit pas est contrôlé par l’étranger. Au-delà de la question de comment Michel Seymour peut prétendre définir la ‘bonne’ façon de penser, l’accusation d’être à la solde de l’étranger (et on n’a pas besoin de penser très longtemps pour savoir qui il a en tête…) est une des plus abjectes venant de la part d’un intellectuel.

Je reprends : le rôle de l’intellectuel dans les débats est essentiel. Il est crucial. Mais il est du devoir de l’intellectuel d’être rigoureux, d’être sérieux. Michel Seymour a manqué à ce devoir, perdant ainsi beaucoup de crédibilité.