Les Juifs quittent la France pour de mauvaises raisons : une longue liste de départs insensés.

Nous l’avons tous lu quelque part : environ 7 000 juifs ont quitté la France en 2014, un chiffre sans précédent qui risque d’augmenter en 2015 et dans les années qui suivent.
Beaucoup de journaux ont cherché à expliquer les causes de ces départs massifs soulignant par ailleurs que l’Hexagone compte la plus grande communauté juive d’Europe.

« Pourquoi les juifs partent-ils ? » C’est une question intéressante, et des brins de réponses ont été ébauchés par plusieurs intellectuels et journalistes ces derniers temps : hausse affolante des actes antisémites violents, attentes politiques de la communauté juive laissées sans réponse par les gouvernements successifs, antisionisme prépondérant dans le relai médiatique des informations concernant le conflit israélo-palestinien… Bref, c’est dans ces moments là que le sentiment d’appartenance religieuse et communautaire prend le pas sur celui d’appartenance nationale et que le nombre de départs augmente dans la précipitation.

En parallèle et pour nuancer le phénomène, il y a la question des
retours : celle, précisément, de savoir combien de juifs reviennent en France constatant l’échec de leur intégration en Israël ou ailleurs. Ce sont des flux qui trahissent manifestement un manque de repères, sinon un égarement identitaire.

La communauté juive française se trouve-t-elle donc dans une période charnière qui définira rapidement son avenir en Europe ? Certainement. C’est la raison pour laquelle il importe beaucoup de souligner que tous ces départs maltraitent les valeurs fondamentales de la République française et dans une autre mesure, celles du sionisme. N’ignorons pas les appels de l’exécutif : « Sans les Français juifs, la France ne serait pas la France, » nous dit Manuel Valls.

Si les motifs de ces départs ont été ciblés et analysés, la dignité de ceux qui restent n’a pas encore été pensée. Quitter la France pour ces raisons spécifiques, c’est abandonner un Etat de Droit, aux valeurs universellement reconnues. C’est quitter une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Une République qui assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Une France qui respecte toutes les croyances.

Aucun résistant ne s’est jamais expatrié : c’est contradictoire. Soyez dignes, juifs de France ou français juifs, soyez dignes et battez-vous pour ces valeurs qui sont le moteur de la vie en société, battez-vous pour rendre hommage à la pensée juive qui a toujours su fabriquer de l’universel avec de l’individuel.

Et si ce plaidoyer républicain ne suffit pas à convaincre les plus déterminés à partir, parce qu’au fond les juifs sont peut-être condamnés à fuir où qu’ils se trouvent et quelle que soit la période de l’histoire, alors songez au sionisme. Songez au sionisme parce qu’il est remis en question par tous ces départs.
L’Hachomer Hatzaïr le définit comme un mouvement offrant le droit à l’autodétermination, et ce droit du peuple juif à disposer de lui-même s’exprime dans l’existence de l’Etat d’Israël.

Cependant, le sionisme se fonde aussi sur un rapport équilibré entre Israël et la Diaspora, permettant ainsi de dialoguer et de se remettre en question.
Cela revient à créer et maintenir une balance autocritique entre un Etat socialiste, une société juive et pluraliste, démocratique et séculaire, qui assure, défend et revendique l’égalité et la justice sociale pour tous.

Choisir d’aller vivre ailleurs, quelle que soit la destination, n’a rien à voir avec fuir un pays.

Le président israélien Reuven Rivlin le rappelait au moment des attentats de Paris, après avoir condamné la montée de l’antisémitisme : « Le retour à votre foyer ancestral ne devrait pas être causé par le danger, par le désespoir, par la destruction, ou dans le feu de la terreur et de la peur. La terreur ne nous a jamais arrêtés et nous ne voulons pas que la terreur vous oblige. La terre d’Israël est une terre de choix.»

A bon entendeur.

Emma Moatti et Léo Cogos, membres de Saut Jeune