Je me demandais quoi écrire pour mon premier billet au TOI (Times of Israël). Mes interactions professionnelles comme diplomate au Moyen-Orient ayant été essentiellement dans le monde arabe.  

Puis je me suis rappelé certains épisodes qui m’avaient marqué au cours de ma carrière. En fait, plusieurs se rapportent à Israël ou aux communautés juives d’Egypte et de Syrie.

Commençons par mes deux visites en Israël au début des années 80. Rien de bien original évidemment sauf qu’elles ont été faites alors que je conduisais mon propre véhicule en partant du Caire. 

Une expérience que je présume ne peut plus se faire ou est rendue beaucoup plus complexe et risquée, compte tenu par exemple de la présence djihadiste dans le Sinaï.

A l’époque mon ministère me payait deux ans d’arabe à l’université américaine du Caire.
Je quittais donc la capitale égyptienne tôt le matin et je pouvais me retrouver à Jérusalem en fin d’après-midi, le même jour. Et cela aurait été encore plus rapide si je n’avais pas à attendre un assureur local, passé la frontière à Rafah.

A ma grande surprise mon premier périple ne comporta que peu de difficultés sauf quelques contrôles routiers militaires en Israël. Mon passeport canadien facilitant les passages.

Il faut comprendre que mes plaques d’immatriculation égyptiennes attiraient naturellement la curiosité. J’en ai donc profité pour visiter Jérusalem, aller flotter sur la Mer morte et voir Masada.

Le seul moment un peu tendu fut lorsque je me suis perdu dans Gaza, retournant vers la capitale égyptienne et qu’intercepté par une jeep des forces de défense israélienne, on m’a poliment redirigé vers la route principale. Ce qui m’avait étonné était que le militaire s’était adressé à moi en français ! Un hasard ? Je ne le saurai jamais.

La deuxième visite fut sans histoire sauf que d’avoir laissé ma voiture stationnée sur une grande avenue de Jérusalem pour aller au cinéma, avait créé une certaine inquiétude. Toujours les plaques arabes, sans doute.

En effet, en la reprenant, je pus constater qu’elle avait été déplacée, que quelqu’un y était entré (siège passager reculé) bien que les portes étaient encore verrouillées. Un tour de passe-passe sécuritaire ! J’imagine que j’aurais pu me plaindre aux autorités mais franchement je n’avais rien à cacher !

Ces deux visites m’avaient permis de décompresser du stress cairote et de pouvoir renouer avec une vie plus occidentale. Mais surtout d’approcher une autre réalité. Elles m’apprirent beaucoup. Il est toujours important de visualiser les contextes et de parler aux protagonistes.

Quelques années plus tard une participation à une session du groupe de travail sur les réfugiés du processus de paix d’Oslo, coordonné par le Canada, m’avait aussi beaucoup frappé. La réunion se déroulait à Paris.

Je ne me souviens plus du contenu des délibérations mais lors des pauses, les palestiniens parlaient avec leurs interlocuteurs israéliens en hébreu et ces derniers leur répondaient en arabe !
Cela m’avait rempli d’espoir pour l’avenir.