Un Rabbin m’apostrophe un vendredi en fin de journée rue du Sentier : Shabbat Shalom ! Je lui ai répondu spontanément Shabbat Shalom ! Ce n’était ni la première, ni la dernière fois qu’on me prenait pour un autre dans le quartier. Cette interpellation amicale m’a surpris et m’a plu.

Puis j’ai poussé la porte bleue du 37 bis où j’ai habité pendant dix ans. Dans la cour de l’immeuble, les gammes débutantes au piano du jeune Noam raisonnaient, une des fenêtres du 4ème étage étant ouverte. C’était le début de l’automne. Je revenais des courses de la rue Montorgueil, sacs farcis de légumes, de fruits, de fromages, de viandes et de vin pour la semaine. En perspective, une soirée en solitaire comme je les aime, lecture, écriture et surtout, musique tard le soir, comme ici, encore et toujours, à Montreuil sur Mer.

Une autre fois, la Seine était en crue, les bouquinistes tous plus ou moins fermés. Les quais avaient presque disparu sous l’eau verte. Nous marchions Isabelle et moi, je n’étais plus célibataire, en direction de « Chez Marianne », rue des Hospitalières Saint-Gervais.

Isabelle habitait Roubaix, et lorsqu’elle me rejoignait à Paris au 37 bis de la rue du Sentier, amoureuse, amoureux, je l’emmenai pour sortir dans mes endroits préférés : « Chartier » à deux pas de mon studio, le « Select » côté Montparnasse et « Chez Marianne » côté Marais.

Ce jour-là, donc, nous marchions en direction de la rue des Rosiers, la Seine était à ras bord, quand rue Pavée, un Rabbin nous fait des grands signes nous invitant à le rejoindre… Il faisait la quête une tirelire à la main pour je ne sais quelle occasion interpellant les passants, dont nous. Amusés, nous l’avons rejoint.

D’emblée, il nous prend dans ses bras, et nous voilà tous les trois dansant une ronde au son d’une mélodie chantée en Hébreu ! Nous étions stupéfaits ! Moment surréaliste et joyeux ! La mémoire de cet instant s’arrête là, mais il est possible qu’une fois « Chez Marianne », je me suis régalé avec un « Menu Falafel assiette + boisson + dessert (Strudel) et Isabelle aussi, à quelques nuances près.

Je ne suis rentré que trois fois dans une Synagogue : à Prague, à Venise pour de simples visites touristiques, et dans celle du Mouvement Juif Libéral de France, rue Gaston de Caillavet, dans le 15ème arrondissement de Paris. C’était à l’occasion d’une Bat Mitsvah à laquelle j’avais été invité. J’ai participé à ma façon à la célébration, me levant, me rasseyant avec l’assemblée, me courbant quand il le fallait, touchant le Sefer Torah quand il est passé devant moi.

J’avais même une Bible en Hébreu entre les mains, alors que je ne comprends rien à cette langue. Et pour la troisième fois de ma vie je portais une kippa. En mélomane, j’ai été particulièrement touché par les chants (magnifique « Chema Israël »), et notamment par les psalmodies, musiques venues de loin…

Enorme différence avec le rite catholique qui se contente de parler les psaumes (sauf exception ou dans les monastères), leur enlevant toute une rythmique, un souffle, qui dénature quelque peu les poèmes. C’était le Rabbin Daniel Farhi qui célébrait ce jour-là. Beaucoup d’émotions…

Après la Synagogue, nous nous sommes tous retrouvés au domicile familial de la jeune fille fêtée, toujours dans le 15ème arrondissement de Paris. Des musiciens étaient de la partie car le père de Blanche, un goy britannique, Kevin, jouait dans un Klezmer band… Grosse fête !