Samedi dernier, jeûne rompu, j’ai regardé ONPC, et j’ai oublié toutes mes bonnes résolutions.

Comment être compassionnelle et trouver des excuses à autant de vanités et stupidités débitées par une Salamé, cheveux en bataille, œil rond fixé sur Zemmour comme un roquet sur son os, et un Caron sorti tout droit d’un magazine de mode pour gauchistes estampillés NF dans le 16ème arrondissement qui pratiquait bruyamment la mauvaise foi, mais sans la grâce et l’intelligence que parfois, chez certains, elle peut avoir.

J’aurais pu apprécier de vrais méchants, sarcastiques et cyniques, de ceux dont on rit des fulgurances, même en sachant qu’il ne faudrait pas, tant l’esprit qu’ils ont est un cadeau de Dieu et que grâce à Dieu, Dieu étant à l’origine de tout, on peut en rire sans état d’âme, mais la bêtise, la bien crasse, nauséabonde et seulement convaincue d’elle même (comme disait Audiard « les cons osent tout, c’est d’ailleurs à ça qu’on les reconnaît »), même Dieu peut pas l’aimer, ou alors pas beaucoup, bon enfin lui c’est Dieu, alors que moi, installée devant le téléviseur, j’étais juste atterrée par l’incommensurable inintelligence des deux pseudos « journalistes » qui s’attaquaient au dernier livre d’Eric Zemmour «  Le suicide français ».

On peut aimer ou pas Zemmour (moi je l’aime) ; on peut être ou ne pas être d’accord avec ses prises de position, mais on ne peut que respecter son intelligence, son courage face à ses détracteurs et la fermeté qu’il met à défendre ses convictions. Pour sa liberté de penser.

Mais, après Yom Kippour, je n’avais qu’envie de belles choses, et devant la stérilité d’un débat inaudible pour cause de crétinisme journalistique, j’ai éteint le téléviseur pour penser à Souccot qui arrivait avec ses cabanes, ses cadeaux, et en filigrane, le retour à Jérusalem, un jour, de toutes les nations du monde.

Souccot qui mettrait « joyeusement » en évidence, une fois n’est pas coutume, l’âme du peuple juif et les paradoxes qui l’écartèlent.

Alors que nous passons notre temps à réfléchir sur « la vie, la mort, l’amour » dans une spiritualité du quotidien, Souccot nous rappelle à la fragilité des corps « d’argile » et à la finitude, aux années d’errance dans le désert et à la précarité, tandis que l’âme, elle, se réjouit d’un provisoire que les cabanes symbolisent : ici ne sera peut-être pas demain, mais si la vie ne nous est pas acquise, nos âmes elles le sont, sous le regard d’un ciel que nos yeux doivent constamment percevoir entre les feuillages des toits.

Des cabanes à cieux aperçus, colorées et décorées, qui donnent à Israël des allures de fêtes foraines baroques et joyeuses ; qui disent que partout nous pouvons être et vivre, des terrasses, au balcons aux jardins, pourvu qu’on y voit le ciel !

Mais au-delà des cabanes, de la joie et de la reconnaissance, Souccot rappelle aussi dans une symbolique ô combien charnelle, le goût et l’odeur, que si les hommes sont différents, tous les mélanges sont possibles, se font ou se feront. Certains êtres possèdent le goût et l’odeur, d’autres aucun des deux, d’autres encore l’un ou l’autre.

Le goût et l’odeur de quatre essences végétales, cédrat, myrte, feuilles de saules et de palmes, pour un chant universel qui parle à ce que nous sommes, cellules et molécules qui président à nos différences, mais aussi à nos liens ; des liens qui portent l’humanité et qui ramèneront, un jour, toutes les nations du monde à Jérusalem.

Penser à Souccot, samedi dernier, m’a rapidement fait oublier les petites vanités télévisuelles d’un genre humain encore à définir, mais quand un peu plus tard, la voix de Sislena s’est élevée dans la maison, là vraiment je me suis retrouvée à 20 000 pieds au-dessus des nuages, avec les anges, Mozart, les bottes de sept lieues, les lutins et les farfadets, ce divin vers lequel nous tendons, nous peuple qu’on dit élu, et
dont, malgré les drames qui nous blessent, jamais nous ne doutons.

Samedi dernier, tandis que la musique et la voix de Sislena s’élevaient, que la beauté avait repris sa place et que mes yeux pouvaient voir les étoiles au-delà de l’obscurité qui régnait sur Paris, pour quelques instants d’éternité, mon âme s’est envolée, loin, très loin de ceux qui mufles au sol, ramassés pour la dévoration, attendent la curée.

Comment vous dire le bonheur éprouvé alors, autrement que dans cette exaltation qui fait battre mon cœur à des vitesses irraisonnables, tout près de l’implosion, tout près de l’amour qui s’est installé, de vous à moi, sans se préoccuper d’avant ni de demain, ni de rien en somme, juste de Lui omnipotent qui faisait flamboyer la voix de Sislena comme les couleurs sur ma toile lorsque je peins, et qui demain fera de Souccot un moment de joie, d’amour, et d’universalité.

Sislena Caparossa : 15 ans et une voix…