Portant la kippa quotidiennement depuis plus de 6 ans, d’aucuns pourraient croire que je suis donc concerné par cette polémique. Non. Cela n’en est pas une et je suis intimement persuadé que c’est identique pour beaucoup.

Si j’eus recommandé le silence à Zvi Ammar, à qui je prête des sentiments de bienveillance à l’égard de sa communauté, je le soupçonne de mauvaise foi quand il prétend que le débat national était un effet recherché.

Ce débat national permettrait donc une prise de conscience parait-il. De qui? Nos dirigeants? Je vais – pour reprendre la formule de Nicolas Sarkozy- leur prêter 2 neurones et une intelligence moyenne et peux donc affirmer que s’ils ont refusé de traiter le problème ça n’est certainement pas dû à l’absence de conscience du danger, et problème de l’antisémitisme en France.

Une prise de conscience de la population donc? Sur ce genre de sujets j’ajoute à la classification de Desproges une troisième catégorie: les juifs et philosémites, les antisémites, et les indifférents. Il ne faut absolument pas négliger les indifférents, qui n’en ont strictement rien à faire, et pour qui la kippa n’est pas un sujet.

Et la seule prise de conscience intéressante est celle des indifférents. En effet, les juifs continueront à débattre sur le port ou non de la kippa, comme c’est le cas depuis toujours; les antisémites continueront de voir la kippa comme un acte de provocation, de soumission à Israël, ou de partie prenante du complot américano-sioniste.

En revanche, quelle réaction un tel débat à sur ceux qui ne s’y intéressent pas? Eh bien permettez moi de penser qu’ils ne s’y intéressent toujours pas. Si une partie d’entre eux pourrait prendre effectivement conscience du danger, ne l’auraient-ils pas fait à la mort d’Ilan Halimi? Suite aux attentats de Toulouse? De l’Hyper casher? Il me semble que l’écrasante majorité qui se situe – parfois inconsciemment à travers une vision laïcarde des religions – plutôt à la frontière antisémite/anti-religion de l’indifférence penserait quant à elle qu’on « parle encore des juifs et qu’ils font assez de bruit comme ça”.

Ainsi, même si j’apprécie l’intention des soutiens comme ceux de Yann Moix, ce débat n’en est pas un, et n’a aucune utilité. Il permet au mieux à ceux qui n’avaient pas encore adhérer aux arguments de Dieudonné d’y voir un semblant de vérité.

Par ailleurs, je partage un questionnement personnel: comment un juif suffisamment croyant pour croire en un Dieu tout puissant, omniprésent, à une vie post-mortem, à un messie en chemin, puisse penser que le moment de sa mort soit retardé en enlevant sa kippa? N’y a t-il pas une divine providence? Une sorte de plan divin qui fait que peu importe la configuration du monde, ce qui doit arriver à chacun arrive?