Simone, tu ne me connais pas, pourtant, je t’ai croisée à Yad Vashem lorsque, ensemble, nous étions présentes afin de commémorer Yom HaShoah comme partout en Israël.

Simone, pourquoi nous as-tu quittés sans même nous avertir de ton départ prochain ?

Il est vrai que depuis longtemps tu te faisais absente, les échos de ta voix si particulière ne se faisant plus entendre depuis l’adieu de celui qui, lors de ton retour de là-bas de ce temps de la non-vie, fut sans failles à tes côtés pour accompagner ton retour à l’existence.

Jusqu’au bout, il fut présent, solidaire et solide t’aidant à dispenser ta lumière en abaissant la sienne, afin de mieux nous éclairer.

Aujourd’hui, Simone, il était temps pour Yad Vashem de te rendre hommage. La cérémonie en ton honneur fut grave et émouvante rappelant ta présence constante, ton aide efficace aux cotés de ce lieu de mémoire.

Avner Shalev, Président de Yad Vashem a salué tout particulièrement l’aboutissement d’un projet : « Recherche et rassemblement des Noms des victimes de la Shoah sur les territoires de « Grande Hongrie » réalisé grace à l’aide apportée par la Fondation pour la Mémoire de la Shoah dont tu étais Présidente.

Pierre-François Veil, ton fils, te succède dans ton action en tant que Président du Comité Français pour Yad Vashem. Il fut ému et grave pour évoquer tes accomplissements dans tes différents rôles, mais surtout il nous parla de toi, sa mère et d’un souvenir insupportable qui hanta ta vie jusqu’au bout, au moment de l’arrivée dans le camp des Juifs hongrois.

Les convois se succédaient sans interruption. Des dizaines de milliers de Juifs hongrois, hommes, femmes et enfants épargnés jusque-là, qui contrairement aux déportés faméliques déportés depuis longtemps, semblaient « normaux »

Pourtant, de ces Humains d’apparence à leur arrivée, il ne resterait qelques heures plus tard que des cendres après leur passage dans les chambres à gaz et les fours crématoires.

Il ne fallut que trois mois pour procéder à l’anéantissement presque total des Juifs Hongrois.

Cependant, il y eut un plus encore possible, celui qui hanta Simone jusqu’à la fin, dont son Fils nous fit le récit :

Au milieu du camp se trouvait un lieu, celui des Tziganes nommé « L’espace des familles », dont les Nazis n’avaient pas séparés les membres, contrairement aux autres déportés. Des balançoires et quelques espaces ayant même été aménagés pour les enfants qui pouvaient pour quelques rares instants jouer et oublier, ce dont sont seuls capable les enfants.

L’Espace des familles à l’intérieur du camp, représentait pour les détenus le souvenir d’une vie antérieure, celle de leur propre existence…

Pourtant, les bourreaux en décidèrent autrement : Une nuit toute la population de l’Espace des familles fut captée, enlevée… Au matin, ils s’étaient comme « évaporés ».

Aucune trace ne subsista, aucune preuve que des milliers d’Etres Humains avaient vécu à cet endroit, ce qui réduisit à néant la seule petite lumière d’Humanité qui pouvait encore subsister…

Simone ce souvenir t’as hantée jusqu’au bout,

Pourtant tu as donné la vie après l’horreur, tu fus une Combattante, tu as donné, transmis, aimé l’Humanité,

Ta vie fut celle d’une Juive empreinte de nos valeurs, une « Eshet Haïl », la Femme Vaillante de nos textes à qui il est rendu hommage le vendredi soir à l’entrée de Shabbat.

Yad Vashem nous a offert des mélodies interprétées par un merveilleux violoniste, dont A Yiddish Mammé, qui amène les larmes pour beaucoup d’entre nous,

Puis pour finir, nous avons entonné ensemble La Tikva, le chant de l’Espoir, l’Hymne Nationnal d’Israël, mon pays.

J’ai quitté Yad Vashem, j’ai retrouvé le soleil et le ciel si bleu de Jérusalem, puis j’ai pris le tramway bondé à cette heure de la journée et je suis rentrée à la maison.