Mardi 25 octobre 2016, à l’occasion de Simhat Torah 5777, les Juifs du monde entier se sont réunis pour célébrer la fin du cycle annuel de la Torah et son recommencement.

A Neuilly-sur-Seine, dans la banlieue parisienne, soixante-dix personnes étaient présentes, hommes et femmes chacun d’un côté de la mehitsa, pour écouter la lecture de la Torah par les femmes orthodoxes, organisée par Liliane Vana et LectureSefer.

Au cours de cet office, nous étions une dizaine de femmes à lire les passages de la Torah soigneusement préparés.

Et comme c’est la tradition, la dernière section du rouleau, la parasha Vezot Haberakha, a été relue jusqu’à ce que tous ceux qui voulaient « monter à la Torah » l’aient fait, avant que l’on enchaîne avec la lecture de la parasha Bereshit, la première du rouleau.

Il y avait beaucoup d’émotion : de celles qui lisaient pour la première fois à celles qui étaient habituées mais toujours aussi émues, en passant par celles qui prononçaient leur toute première bénédiction de montée à la Torah, sans oublier les hommes ravis d’être présents.

Il y avait beaucoup de joie, entre chaque montée des chants, des « youyou » (cris de joie séfarades), des bonbons lancés à travers la salle. Une Ashkaba, prière du souvenir, a également été prononcée à la mémoire de personnes chères au judaïsme français, ou qui ont tout simplement marqué la vie des membres de l’assemblée présente.

Cette lecture était la dixième organisée par Liliane Vana depuis 2012, rejointe ensuite par l’équipe de LectureSefer.

En 4 ans, il y a eu deux lectures annuelles à l’occasion de Simhat Torah et de Pourim, ainsi que la bat-mitsva de deux filles en 2015 : l’une a lu la Megillat Esther à Pourim, l’autre la parasha Be-Ha’alotekha.

Le Professeur Liliane Vana, spécialiste en droit hébraïque, talmudiste et philologue, orchestre ces fêtes de la Torah. Depuis le début, elle accompagne les lectrices dans leur préparation, et propose par ailleurs des cours de Talmud en semaine, pour pouvoir comprendre nos textes juifs.

LectureSefer a parcouru du chemin, à l’image du besoin de vie religieuse des femmes juives qui augmente chaque jour. C’est pourquoi Liliane Vana a annoncé le souhait de développer des projets tels que des dimanches d’étude, des cours de Te’amim (cantillation de la Torah), un shabbat plein, etc.

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Office LectureSefer de Pourim 5776, hommes et femmes priant de chaque côté de la mehitza  –  (Crédit : LectureSefer)

Pour nous, femmes juives, ces lectures sont une bouffée d’air, et à la fin de chacune, on se projette avec impatience vers la prochaine. Car aussi vivifiants et naturels que soient ces moments ponctuels, les femmes sont empêchées de lire la Torah dans les synagogues orthodoxes en France aujourd’hui, et sont trop souvent exclues de la prière et de l’étude juive, cachées derrière des rideaux plus ou moins opaques (cf l’œuvre photographique « Mehitza, ce que femme voit » de Myriam Tangi).

Quand le Grand Rabbin de France Haïm Korsia suggère aux femmes de « participer tout simplement à nos offices qui sont accueillants et portent la tradition d’un judaïsme authentique » (Actualité Juive, 6 octobre 2016), il nie une réalité évidente.

Car être une femme juive orthodoxe en France aujourd’hui, notamment à la synagogue, c’est beaucoup de frustration, voire de colère : être éloignées de la Teba et ne rien voir ou entendre depuis l’espace réservé aux femmes ; être empêchées de toucher le sefer Torah ; se voir mises à l’écart de l’étude du Talmud et des textes juifs portant sur de larges sujets, et voir ses cours limités à quelques sujets comme la cacherout, le lashon hara, ou la tsniout (pudeur) ; être jugées sur ses mœurs en fonction d’une tenue vestimentaire plus ou moins « tsniout » ; être empêchées de prendre la parole à la synagogue ou en présence d’hommes, etc.

Autant d’injustices qui nous éloignent des synagogues, et nous poussent à chercher ailleurs un judaïsme orthodoxe et néanmoins ouvert et intelligent.

Pourtant à l’étranger, les choses sont différentes. Depuis plus de 30 ans, les femmes orthodoxes lisent la Torah dans plusieurs villes des Etats-Unis, du Canada, en Angleterre et partout en Israël.

Chaque année, de nouvelles synagogues orthodoxes donnent la possibilité aux femmes de danser avec la Torah, comme à Londres ou à Jérusalem.

En France, il y a peu de nouveauté dans le monde orthodoxe. Mais lors de cet office de Simhat Torah par LectureSefer, nous chantions, nous étions au contact de la Torah, femmes et hommes séparés par la mehitsa, mais réunis dans la même intention spirituelle, tous des êtres humains, heureux de trouver une porte ouverte pour exprimer notre judaïsme librement, heureux de vivre nos valeurs de partage.

Car chacun des offices de LectureSefer, en restant strictement attaché à la halakha, est porteur d’espoir et de réalisations futures pour la communauté juive de France.

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