Bonjour. Mon nom est John Calvin, et j’ai besoin de votre aide.

Nous ne nous sommes jamais rencontrés, et nous n’allons probablement jamais le faire, mais je vous demande de continuer à lire.

Laissez-moi vous parler un peu de moi-même. Mais je veux d’abord être totalement franc avec vous et, avant d’aller plus loin, vous devriez savoir que j’ai une faveur à vous demander. Une immense faveur : la plus grande faveur qu’une personne puisse demander à une autre.

Ok, voilà.

Je vous demande de me sauver la vie.

Cela semble fou, non ? Je sais que ça semble fou quand je le dis, quand je le lis, et quand j’y pense. Cela semble fou quand c’est la dernière chose à laquelle je pense quand je m’endors enfin, épuisé et apeuré. Cela semble fou quand cela me regagne lentement lorsque je me réveille d’un rêve dans lequel je suis en sécurité.

Ne vous inquiétez pas, ce n’est pas une arnaque. Je ne vais pas vous demander de l’argent, ou un rein. Mais ce n’est pas une blague non plus. Il n’y a pas de chute. J’ai vraiment besoin de votre aide.

Commençons par le début. Mon nom est John Calvin, et je suis un chrétien, gay, palestinien. John Calvin n’a pas toujours été mon nom, pourtant – peu d’enfants de mon quartier ont été nommés d’après le réformateur du 16e siècle – et je n’ai pas toujours été chrétien. Je ne peux pas vous dire mon nom de naissance, mais si je vous dis que je suis né dans l’une des familles les plus pro-Hamas de Cisjordanie, vous pouvez deviner la religion dans laquelle j’ai été élevé.

Aussi loin que je me souvienne, on m’a enseigné que l’islam était la seule vraie foi, que la violence était la seule réponse, et que les Juifs étaient nos ennemis. C’étaient des faits, aussi réels et évidents que celui que le ciel est bleu. C’étaient des « faits » et au fond je ne savais pas si j’y croyais.

Je sais que beaucoup de gens perdent leur foi et changent d’avis lorsqu’ils s’y attendent le moins. Dans le christianisme, nous parlons de « la route de Damas », en référence à la conversion de Saul, dans un lieu du monde qui pour une grande partie de ma vie était quasiment situé à ma porte.

Mon moment est arrivé dans une prison israélienne, après avoir été arrêté pour avoir franchi illégalement la frontière, fuyant une autre dispute avec ma famille et la violence de mon père. Je cherchais des réponses aux questions quand et où je les attendais le moins.

C’est dans une prison israélienne que les doutes que j’avais sur tout ce que l’on m’avait jamais enseigné ont finalement fait place à des certitudes.

Un autre homme, un Palestinien, m’a fait du mal d’une manière que je ne pouvais pas imaginer, d’une manière dont on ne parle tout simplement pas dans notre société.

Si c’était inattendu, ce n’était rien comparé à ce qui allait suivre. Les Israéliens qui travaillaient dans la prison – « les Juifs » – se sont occupés de moi et ont pris soin de moi, s’assurant que l’histoire n’arriverait jamais aux oreilles de ceux qui voudraient l’utiliser contre moi.

Les Palestiniens pour lesquels on m’a enseigné de mourir m’ont blessé et abandonné tandis que les Israéliens qu’on m’a enseigné de tuer ont agi avec compassion et m’ont aidé à guérir.

Peu de temps après cela, j’ai commencé mon processus de conversion, en ouvrant mes yeux et mon cœur à une religion qui dénonçait la violence et la haine.

Quand mes parents l’ont découvert, mon père m’a attaqué avec un couteau. Je me suis échappé, mais quand je l’ai rencontré plus tard, il m’a battu et m’a fait arrêter.

Je ne suis pas entièrement sûr de la manière dont j’ai pu survivre en étant emprisonné avec des hommes qui savaient que je me convertissais, mais d’une manière ou d’une autre, j’ai survécu. Mais je savais aussi que mon temps et ma chance diminuaient.

C’est ainsi que je me suis retrouvé au Canada, grâce à une bourse versée d’un collège chrétien, dans un pays où personne ne me tuera pour qui je suis, en quoi je crois, et qui j’aime. N’est-ce pas ce que tout le monde mérite ?

Voilà où mon histoire devrait finir. Je pourrais vous parler des amis que je me suis faits, des emplois que j’ai occupés, de la vie que je me suis construite, mais ces choses seraient aussi ennuyeuses et banales à vos yeux qu’elles sont incroyables et inattendues aux miens. J’ai changé mon nom, et j’espérais pouvoir mettre tout ce que je vous ai raconté derrière moi.

Mais je ne peux pas. Parce que, né dans une famille du Hamas, le gouvernement canadien a décidé de me renvoyer en Palestine. En janvier 2015, j’ai donné une interview au Times of Israel au sujet de ma situation. Parler aux Israéliens ! C’est la peine de mort. Se convertir au christianisme ! C’est la peine de mort. Être ouvert à propos de ma sexualité ! Encore une fois, c’est une mort certaine. Si je suis expulsé, renvoyé à l’endroit où je suis né et où j’ai grandi, c’est seulement une question de temps avant que je ne sois trouvé mort.

Voilà pourquoi je vous écris cela. Je sais que le Premier ministre Stephen Harper est un bon ami d’Israël et je crois qu’il est un homme bon. Je sais que si je pouvais lui parler, il serait capable de m’aider, et le voudrait probablement aussi. Mais je suis à court de temps, et la seule idée qui me vient à l’esprit est de parler au plus de gens possible de mon expulsion et des conséquences qui suivront.

Bonjour. Mon nom est John Calvin, et je veux vivre dans un endroit où je peux être libre d’être chrétien, gay et palestinien, et mille et une autres choses. Mon nom est John Calvin, et je veux vivre dans un pays où je suis libre d’oublier les circonstances de mon enfance. Mon nom est John Calvin et, surtout, je veux vivre.

Mon nom est John Calvin, et j’ai besoin de votre aide, désespérément.
#SaveJohnCalvin

Cliquez ici pour signer ma pétition destinée au gouvernement canadien.