Il faut le reconnaître, le Pape François est un sacré communicant, il maitrise les réseaux sociaux, sait créer l’événement autour de lui, aspirer les médias, et susciter une sympathie certaine.
Lors de son voyage en Terre Sainte et son passage du côté palestinien, il n’a pas manqué de marquer un arrêt devant le mur de sécurité, sachant pertinemment que l’image allait faire le tour du monde. On le lui a reproché – moi également – à juste titre. Il a délégitimisé le mur en un seul cliché. Dorénavant, ce ne sera plus un mur de sécurité, mais un mur des lamentations pour les Palestiniens.

Puis il a proposé la prière pour la paix et là encore, ne s’est pas trompé, les images étaient belles hier ! Quelle belle vision que celle du patriarche fédérateur en blanc, entouré des protagonistes d’un conflit qui ne fait que trop durer, guidant ce moment de recueillement pour terminer en plantant un olivier… Il ne manquait qu’un nuage de colombe en forme de cœur pour atteindre la perfection.
L’image d’antan de Bill Clinton avec Yits’hak Rabin et Arafat qui se serrent la main est d’un coup devenue complètement « has been ». Maintenant, on a Shimon Peres et Abbas qui s’enlacent avec le Pape en fond. Magnifique ! Prenons dès à présent les paris pour le prix Nobel de la paix !

Enfin ! Si nous parlions un peu du fond…

Prier pour la paix, ça signifie quoi ? Que l’on prie pour qu’on veuille bien avoir l’envie de faire la paix. Cela suppose qu’aujourd’hui il n’y a pas d’envie de paix, donc nous avons besoin de prier ensemble pour créer cette envie. Noble cause. C’est comme prier pour rallumer l’envie d’avoir envie d’aimer.
Ce n’est pas ridicule comme idée et à la limite, c’est important de vouloir apprendre à la société d’aujourd’hui – qui tourne trop vite le dos aux choses essentielles – qu’il nous faut créer l’envie d’aimer quelque chose.
Après tout, n’est-ce pas le rôle des communicants ?

Mais cela présuppose deux conditions. La première, c’est qu’il y ait une envie partagée des deux côtés. Puis, que ce désir ne soit pas en contradiction avec les actes.

Or, premièrement, force est de constater que de très grands doutes subsistent quant à la volonté des Palestiniens de faire des concessions pour aboutir vers une paix.
Soyons honnêtes et posons la question simplement, les Palestiniens veulent-ils réellement la paix ? Si c’est le cas, pourquoi ne sont-ils pas capables de reconnaître le caractère juif d’Israël ? En réalité, ce que veut Monsieur Abbas – et le refus de principe de la reconnaissance d’Israël en tant qu’État juif en est la preuve – ce n’est certainement pas la paix avec Israël, mais plutôt qu’Israël repose en paix. Ses prédécesseurs ne se privaient pas de le dire quasiment ouvertement.

Puis, du côté des Palestiniens nous retrouvons les mêmes actes et les mêmes paroles que du temps de la photo « Rabin-Arafat ». Souvenez-vous, Arafat qui d’une main envoyait des kamikazes contre Israël, initiait l’intifada, encourageait l’éducation à la haine d’Israël et à la diabolisation du sionisme, tandis qu’il tendait l’autre main aux grands de ce monde en parcourant la planète, proférant un discours mielleux plein de paix et d’amour pour lever encore plus d’argent auprès des pays donateurs.
Le résultat n’est un secret pour personne.

Nous observons pourtant aujourd’hui le même type de double langage avec Abbas, qui montre patte blanche aux instances internationales lors de ses voyages de prestige autour du monde, mais qui n’a rien fait pour éradiquer l’éducation à la haine, les incitations à l’élimination d’Israël et qui, par-dessus le marché, vient de sceller une alliance avec des terroristes dont le seul objectif actuel est l’anéantissement d’Israël.
Alors de quelle paix parlons-nous ? La conception de la paix ne se partage pas de la même façon des deux côtés du mur.

Si les Palestiniens veulent vraiment la paix, ils peuvent l’avoir demain, les Israéliens n’attendent que ça. Mais pas au prix de l’affaiblissement d’Israël. Alors quand je pense qu’au moment où Abbas enlaçait tendrement Shimon Peres, les roquettes pleuvaient sur le sud d’Israël… Ce n’est plus du double langage, c’est de la schizophrénie !

Finalement, dans cette idée de prière pour la paix, ce qui me dérange, c’est le soupçon de banalisation du conflit. On fait croire aux gens que le conflit israélo-palestinien est une petite chamaillerie de cour de récréation qui ne s’éternise qu’à cause de l’esprit obtus et le manque de finesse intellectuelle de la part d’Israël, qui poursuit la spoliation des terres palestiniennes. La simplification de l’histoire est certainement le danger le plus grave.

S’il suffisait qu’on s’aime, s’il suffisait d’aimer, je ferais de ce monde un rêve, une éternité – disait la chanson.

C’est un peu ce refrain que j’entends là. Il y a une déformation profonde de la réalité. Comme si la seule chose qui manquait entre Israël et ses voisins était l’amour et une volonté de paix (et un peu d’eau fraîche). Mais est-ce suffisant pour combler le fossé qui existe entre eux ? Est-ce qu’il suffit de dire je t’aime pour effacer des années de haine et des générations de petits enfants qui n’ont grandi qu’avec l’aspiration au djihad ?
Suffit-il de s’étreindre pour oublier les falsifications de l’histoire ? Pour renoncer à l’ancrage historique d’Israël sur sa terre ?

Jean-Pierre Denis, directeur de la rédaction du magazine chrétien « La Vie » a twitté dimanche dans l’après-midi : Ma fille : « Israéliens et Palestiniens, s’ils disent qu’ils sont pour la paix, pourquoi ils la font pas ? C’est débile ».
Cette réaction n’a rien de débile, elle est le reflet des images reçues lors de cette rencontre. En réduisant les raisons d’un conflit à la seule motivation de ses dirigeants, cela conduit à simplifier la guerre, ce qui au final, ne peut que compliquer la paix !

Je ne reproche – évidemment – pas au Pape de créer un événement sans caractère politique, avec d’un côté, un Président d’Israël en fin de mandat, et de l’autre, le Président d’une autorité qui n’a d’autorité que le nom, puisqu’il vient de se faire cannibaliser par une bande de terroristes ; mais il s’agit bien de rester lucide sur l’efficacité d’un tel événement dont le choc de l’image risque d’être bien éphémère.