Et si on parlait de la Palestine ?

Ça paraît dingue non, mais si on parlait de la Palestine ?

Pas du Hamas, pas du Fatah, pas de Gaza, pas de Judée et de Samarie, mais de Palestine ?

C’est dingue, complètement dingue je sais, mais si sérieusement on s’asseyait, prenait un verre d’Arak (pas plus de trois) et qu’on parlait de Palestine ?

Je lisais un article publié dans ce journal, posant dix questions aux manifestants pro-palestiniens; les interpelant avec des questions toutes a fait légitimes. Pourtant ces questions tomberont dans l’oreille d’un sourd, resteront sans réponse, sans doute parce qu’elles touchent au but, et seront ignorés dans une auto-complaisance rassurée par le fait qu’elle soit soutenue par des dizaines de millions de personnes.

D’une certaine manière prendre position dans le conflit israélo-palestinien, et sur Gaza en ce moment, est la chose qui demande le moins de courage politique, et le moins d’honnêteté intellectuelle. Cela est vrai des deux cotés puisque les rhétoriques pro l’un ou pro l’autre sont devenues des mantra « iron-clad » comme on dit en anglais, ne demandent aucun engagement véritable de la part des parties prenantes, et surtout, on a la force du nombre derrière nous. Ou encore on ne fait rien, se plaint de ceux qui manifestent, et on se fait de l’argent sur le dos du conflit en produisant un morceau sur la controverse, a l’image du rappeur Booba.

Et cela est vrai cette fois aussi, car autant toutes les questions posées dans l’article sont parfaitement légitimes, elles le sont sans considération du problème fondamental, qui n’est encore une fois, pas le Hamas, pas les rockets sur Sderot et Ashkelon, pas le Fatah, et pas les jeunes Gazaouis a qui l’ont interdit des études et des opportunités professionnelles, athlétiques etc, pas le poste frontière de Rafah non plus, mais bel et bien la Palestine.

Si on en parlait ? Dingue je sais.

Des amis discutaient à Tel Aviv, trois d’entre eux dans l’IDF, immigrés américains, avec la petite amie de l’un d’eux, Israélienne de naissance, yéménite d’origine. Une chose était certaine pour tous, même une paix avec un état palestinien voisin n’amènerait pas la paix a Israël, ni de la part de certaines factions palestiniennes, ni de la part de certains états voisins, ni même de la majorité musulmane de la région, qui auront toujours du mal a digérer une présence juive, et encore moins un état juif en terre sainte.

Ils ont absolument raison, la violence dans laquelle Israël est née et dans laquelle elle perdure aujourd’hui n’est que partiellement liée a la question palestinienne, et que si ça n’était pas des juifs mais une autre population, il y’ aurait sans doute moins de rejet et de haine; mais c’est ce que la jeune israélienne de naissance a dit (que je paraphrase ci-dessous) qui touche au fond du problème :

« Oui ca (la violence) ne s’arrêtera peut être pas avec une Palestine indépendante, mais au moins une fois qu’ils ont leur état, leurs problèmes deviennent leur responsabilité, et si ils nous attaquent ca sera une armée contre une autre, on ne pourra plus traiter Israël de puissance occupante, et de légitimer leurs attaques avec ca, et la haine du reste de la région sera révélée pour ce qu’elle est.»

Les dix questions posées dans ce journal tomberont dans l’oreille d’un sourd, pour les raisons précitées : tant qu’il n’y aura pas de Palestine, Israël sera toujours responsable pour ce qui lui arrive. Toujours. Absolument toujours.

Alors certains liront cela et réagiront par la défensive, mais c’est la réalité que l’on l’accepte ou non, tant que la Cisjordanie est occupée, tant que Gaza est sous embargo, le Hamas pourra continuer a tirer absolument autant de rockets que cela lui plaise et Israël n’aura jamais raison, ni la légitimité de ses frappes aux yeux du monde. Absolument jamais.

Cette réalité semble être omise aussi volontairement de la part de grand nombre d’israéliens, autant que les pro-palestiniens sont prêts à omettre volontairement les rockets du Hamas.

Un statut Facebook m’a interpelé, il listait aux jeunes européens, par un coup de gueule mémorable, les convergences de valeurs entre Israël et le monde occidental, et qu’entre soutenir des terroristes islamiques et une démocratie comme Israël, les jeunes occidentaux ont un choix moral a faire, plutôt que d’agiter des drapeaux et de renforcer la haine.

On pourra toujours traiter les gens d’hypocrites, d’empathie sélective etc, ca ne fait qu’alimenter l’hypocrisie généralisée dans laquelle les deux camps placent leurs arguments mais ce que cette personne semble ne pas avoir compris est que toutes les valeurs dont elle parle n’ont aucune valeur si elles sont exprimées sur le dos d’une occupation militaire.

Israël défend :

Tout ça c’est très bien, vraiment, et personne n’est parfait, mais et la Palestine ?

C’est dingue qu’on en revienne toujours a ça non ? Que l’on ne veuille pas appeler la Cisjordanie: « la Judée et la Samarie », mais la Palestine ? Que l’on s’apitoie devant les cadavres des enfants palestiniens plutôt que de critiquer le Hamas ?

Israël se compare souvent aux autres états de la région, comme la seule démocratie véritable, oui mais et la Palestine ? Israël se veut une démocratie de type occidental, alors pourquoi se comparer fièrement aux dictatures et autres régimes fragiles de la région ? Et surtout, si Israël est en effet mieux, et est une démocratie occidentale : alors? et la Palestine ?

Les démocraties occidentales ont donné l’indépendance a leurs colonies, regardez la France et l’Algérie, ça n’a pas été facile, mais nous y voilà aujourd’hui, et les jeunes occidentaux que nous sommes, reconnaissons qu’il vaut mieux habiter en Israël qu’en Iran, que l’on préfère la démocratie et l’état de droit que la dictature religieuse, mais et la Palestine ?

Alors, si on parlait de Palestine plutôt que de lister des arguments dont le but est de détourner l’attention du problème, qui n’est encore une fois, pas la corruption du Fatah, pas les rockets du Hamas, pas ces acharnés de Hezbollah qui non contents de ruiner le Liban, souhaiteraient faire la même chose a Israël, mais la Palestine, alors si on en parlait ?

Un article récent demandait a Israël de faire un choix : soit la voie de la paix, soit le chemin de la guerre afin de résoudre le conflit.

Les deux sont une possibilité : une ligne dure avec le Hamas, et le « soft power » avec la Cisjordanie, ouvrir des voies pour que les civils Gazaouis puissent fuir et reprendre les opérations contre l’ennemi qu’est le Hamas. Les gouvernements de la région soutiendraient Israël et l’aideraient a prendre le Hamas en étau. Le Qatar serait a mal de justifier leur soutien inconditionnel au Hamas si ils ne sont plus une résistance mais une bande terroristes has been.

Qui plus est, les déclarations d’Avigdor Lieberman quant a la possibilité d’une force tiers, possiblement onusienne, pour démilitariser Gaza et se placer comme tampon, sont bien un pas dans cette direction.

Cela est une excellente idée, sauf que dans l’absence de dialogue avec la Cisjordanie, cela représenterait plus de progrès pour Gaza que pour le reste de Palestiniens, et légitime la violence comme seul moyen de négociation avec Israël. La violence a fait qu’Israël se retire en 2005, et la violence encore contraint Israël a laisser une force internationale réguler Gaza. Allez dire aux habitants de Ramallah, de Nablus et de Hebron après ça que la violence n’est pas une solution ?

Alors si on parlait de Palestine ?

Attention, je ne dis pas : si on parlait de Paix ? Celle ci est encore bien, bien loin, mais si on parlait de Palestine ? Et que les Israéliens, comme les Palestiniens puissent assumer leur part de responsabilité dans ce conflit, et qu’on arrête de chercher a masquer le long terme en justifiant le court.

Quand aux manifestants, une bonne part continuera a hurler, ca fait tellement de bien après tout, mais le monde applaudirait l’Etat Juif, le monde applaudirait Israël, et la prochaine fois qu’un imbécile décide de lancer une rocket, il devra en subir les conséquences, mais cette fois sans enfants morts a parader sur nos écrans, et sans la sympathie internationale qu’attire les résistants, quels qu’ils soient.

Alors, si on parlait de Palestine ?