On reproche souvent aux israéliens et aux juifs en général (le raccourci est vite fait) de ne pas se mettre à la place des palestiniens, de ne pas compatir avec leurs souffrances, leurs doutes, leurs rancunes mais aussi avec la difficulté de leur quotidien « sous occupation ».

Cet argument est souvent lancé à la figure des dirigeants qui considèrent qu’une action ferme et résolue prime sur la passivité et l’attentisme lié à une peur de l’embrasement. En d’autres termes, dans cette opposition entre « colombes » et « faucons », c’est bien à ces derniers que s’adresse ce genre de critique.

C’est en prenant en compte l’identité de l’autre qu’on parvient à le cerner distinctement, à mieux en saisir le comportement et surtout les intérêts.

Aussi, pour mieux comprendre, pour mieux percevoir un point de vue différent du mien, j’ai essayé de me fondre dans l’esprit de l’autre, en l’occurrence du palestinien, dans son ressenti, dans son regard sur la situation actuelle.

J’ai surtout voulu suggérer une vision différente de celle qui reste prééminente aujourd’hui dans la société palestinienne. Une conception moins fermée où la remise en question apparaît possible et même nécessaire, à l’image de ce que font tant d’ « intellectuels » israéliens contemporains.

Quelle histoire pour quel peuple ?

Si j’étais palestinien, je ne nierais pas l’histoire. Je ne réfuterais pas la présence juive en Palestine, antérieure à 2500 ans. Je ne refuserais pas aux Juifs le droit d’avoir un Etat sur cette terre.

Non pas que j’apprécie particulièrement les Juifs, mais parce que regarder le passé, l’histoire pour ce qu’elle est et non pour ce que je voudrais qu’elle soit, permet d’aborder le présent dignement et le futur avec espoir.

Oui je revendiquerais mon droit d’avoir un Etat, oui je me battrais pour ne pas être une nouvelle fois déraciné, mais je reconnaitrais que le territoire que j’appelle Palestine ne peut m’appartenir intégralement. Je constaterais qu’il est revendiqué par un autre peuple que le mien et que ce peuple, dont les ancêtres y vivaient bien avant les miens, possède lui aussi le droit légitime d’y résider.

Illusions perdues

Cette région doit être partagée avec les Juifs car c’est la seule façon d’élever mes enfants dans la paix et de leur donner une chance d’acquérir une prospérité que ma famille n’a jamais connu.

Si j’étais palestinien, je m’élèverais contre la haine, la propagande antisémite propagée par l’OLP dans les médias, dans les écoles ou dans l’administration. On dit que les Juifs sont des voleurs, qu’ils nous oppriment et sont violents.

Mais qu’ont-ils volé ? Si nous avions accepté le plan de partage fixé par l’ONU en 1947, n’aurions nous pas notre Etat dont nos dirigeants feignent de rêver ? Notre grand tort a été de suivre un irrédentisme dicté par les autres pays arabes.

Si nous avions accepté l’Etat juif, notre peuple n’aurait pas été dispersé, en Syrie, au Liban, en Jordanie, en Egypte. Il n’aurait pas eu à obéir aux doucereuses  injonctions des leaders arabes, qui pour citer le poète Mahmoud Darwish, « avaient à l’époque commandé aux Palestiniens de quitter leur patrie pour ne point gêner le déroulement des opérations militaires arabes qui devaient durer quelques jours et nous permettre de réintégrer rapidement nos maisons « .

Contrairement à ce qu’affirment de nombreux commentateurs comme l’écrivain Edward Said, ce n’est pas contraint et forcé par la Haganah et l’Irgoun, que mes pères ont quitté à jamais leurs maisons. Dès lors, blâmons plutôt nos prétendus alliés, nos prétendus frères arabes, coupables par leur arrogance, leur égoïsme d’avoir bercé notre peuple d’illusions.

Nous avons commis cette erreur en 1948, en 1967 et aujourd’hui, nos dirigeants ne semblent pas avoir appris du passé.

Donnez-moi un Etat

Alors qu’Israel fait des concessions énormes pour un pays vainqueur sur le champ de bataille, ils refusent encore et toujours de les accepter et de sauver ce qui peut encore l’être de la terre de mes pères.

Comment puis-je faire la paix avec mon voisin je n’ai pas un minimum confiance en lui ? Comment faire la paix si mon peuple est formaté à des préjugés et à un rejet viscéral, qui en devient finalement naturel, d’Israel ?

A ce titre, je n’accepterais pas que mes enfants soient endoctrinés dès leur plus jeune âge à détester leur voisin. Je ne m’y résoudrais pas, non par amour pour Israel, mais par volonté de voir mon peuple prétendre à parler un autre langage que celui des kamikazes et des kassam.

Peut-être qu’il y a des injustices, peut-être que certains israéliens violent notre droit inaliénable d’avoir un Etat. Mais à qui la faute ? A leur exaspération à l’égard de notre intransigeance ou à notre incapacité à faire de véritables concessions pour fonder cet Etat que nous prétendons vouloir plus que tout, mais que nous refusons toujours.

Si j’étais palestinien, je me rappellerai en effet que c’est Arafat en 2002 à Camp David et Abbas en 2007 à Annapolis, qui ont empêché à ma nation, la nation palestinienne, d’avoir un Etat dans des proportions plus qu’acceptables.

Si le chemin qu’ils avaient emprunté eut été différent, on ne parlerait plus de colonisation ou d’occupation. De même s’ils n’avaient pas conclu les accords d’Oslo et si un Etat palestinien avait déjà existé, on aurait pu parler d’illégalité de ces constructions israéliennes. Or, force est de constater, malheureusement, que ça n’est pas le cas.

Ainsi, je ne jetterai plus seulement la pierre aux dirigeants israéliens, mais aussi aux leaders de mon propre camp. Ces mêmes oligarques qui clament leur souci de fonder un Etat pour nous, ne font jamais de pas en avant lorsqu’il s’agit de saisir la main tendu par l’autre côté.

Enfin, si j’étais palestinien je me remémorerais ces mots de Golda Meïr, qui prédisait que la paix serait signée « le jour où les arabes chériront davantage leurs enfants qu’ils ne nous [les Juifs] détestent ». Il demeure difficile pour moi de l’admettre, mais cette phrase résume toute l’essence de l’antagonisme.

De part et d’autre, le sang ne coulera plus le jour où nous, palestiniens, auront compris cette formule.