D’abord l’incompréhension, puis la révolte et maintenant la tristesse. La tristesse d’un homme qui ère dans l’inculture d’une femme qu’il ne comprend pas. La tristesse d’un juif qui se demande ; comment en es-tu arrivée là ?

Madame Halloin, aussi noble que soit votre cause, laissez les morts du nazisme reposer en paix.

Vous parlez de Résistance dès les premières minutes de votre interview. À votre rare condescendance je me permets de vous rétorquer ; qui vous traque, qui vous persécute, qui vous tue ? Qui vous oblige, Madame, à manger de la viande ?

Madame, personne.

Après ce choix sémantique douteux, pardonnable car classique pour tous ceux et toutes celles en manque de romanesque, vous franchissez une frontière infâme qui vous déshonore.

Madame Halloin, les camions de déportation sont ceux qui arrachèrent des innocents à la vie pour les emmener à la mort.

Madame Halloin, les camps de la mort sont ceux qui gazèrent des femmes et des hommes parce que juifs.

Madame Halloin, les camps de la mort sont ceux qui mutilèrent des corps d’hommes et de femmes parce que tziganes ou homosexuels.

Madame Halloin les mots ont un sens, une histoire, on ne peut les convoquer au présent sans penser au passé. En les invoquant pour les comparer à l’abattage des animaux en France et dans le monde, vous abaissez la mémoire de la Shoah. En abaissant la Shoah, vous insultez l’Humanité.

En convoquant ainsi la mémoire de la Shoah avec tant de légèreté pour justifier votre mobilisation, je ne peux cesser de penser que vous associez le destin de Simone Veil, déportée, rasée, meurtrie dans sa chair, niée dans son être, à celui d’une vache.

Votre résistance Madame Halloin c’est de faire une nuit debout devant des abattoirs, de faire des plateaux télévisés ou de manifester devant des boucheries. Madame le porte-parole de la cause Végan, la Résistance c’est celle qui s’est levée en sachant qu’on la ferait coucher. Je pense à Sophie Scholl, jeune étudiante allemande qui lança des tracts dans son université pour dénoncer le nazisme.

Mon coeur bat violemment à l’idée de l’imaginer, elle, belle fleur de 21 ans, s’avancer devant l’échafaud. Personne ne l’a obligé à entrer en Résistance. Personne ne l’a obligé à lancer ses tracts, comme personne ne vous oblige à manger de la viande. Nos choix nous appartiennent, ils dictent nos pas, notre vie, pourquoi vouloir imposer les vôtres ?

Madame Halloin, il existe un ordre naturel dans ce monde. Cet ordre naturel ne dit pas que la vie des Hommes vaut plus ou moins que la vie des animaux, il dit juste que la mort du premier ne peut être abaissée à celle du deuxième.

A un moment de l’interview vous lancez, à la journaliste : « Vous êtes un animal !« . Non Madame, un être humain n’est pas un animal mais un être de culture. Un être qui a perdu ses instincts premiers pour s’adapter à la vie en société. L’homme a la capacité de conceptualiser et de se projeter dans l’avenir, ce qu’un animal ne peut pas faire. La peur ressentie par un animal dans vos « camions de déportation », est certainement réelle mais elle est incomparable avec celle ressentie par ceux qui sont montés dans les trains de la mort.

Je ne peux cesser de penser, lorsque vous parlez « de la vie de souffrance et de torture que vivent les animaux », au destin du jeune Ilan. Ce jeune français juif torturé pendant 24 jours, a eu, lui, une fin de vie faite de souffrances et de tortures. La condition animale en France, Madame Halloin, est bien meilleure que ce qu’a pu connaitre, en 24 jours, notre Ilan HALIMI. Je repense aujourd’hui à la terrible expression de ma mère « Même à un animal, ils n’auraient pas fait ça ces barbares ».

Madame Halloin, le nazisme s’est fondé sur l’idée d’une classification des êtres humains. Cette classification donnait le droit à l’espèce dite supérieure de tuer celle jugée inférieure. Cette suppression devait être automatique, méthodique, mécanique, industrielle. Parce que ces êtres humains, vos semblables Madame Halloin, étaient juifs, homosexuels, résistants, communistes, tziganes ils se disqualifiaient du genre humain.

Madame, dans l’abattage des animaux il n’est en rien question de nier la nature de l’être. Ni d’un assassinat gratuit et motivé par la haine. Associer ces deux « mises à mort » c’est nier la primauté de l’Individu sur toute la Création, c’est nier le caractère particulier de la Shoah et c’est abaisser l’horreur du plus grand des crimes contre l’Humanité.

Vous affirmez que l’abattage des animaux est un « génocide permanent, perpétuel, mondial », vous allez même jusqu’à dire que c’est le seul et le premier de tous. Je vous invite à ouvrir un livre d’Histoire et à regarder l’horreur de ce monde. Perdue dans votre culture de soja ou de chanvre, vous semblez oublier les Arméniens, Aborigènes, Hutus, Tutsies ou encore les Kurdes et les Soudanais. Ces innocents, vos frères, nos frères, ces enfants de D’ieu qui ont, à vos yeux, la même valeur qu’une vache.

Mais, j’aimerai terminer sur une note d’espoir en vous parlant du judaïsme. Dans cette grande et belle religion, nous pratiquons l’abattage rituel. Il est prescrit par nos Sages le strict respect de l’animal dans sa mise à mort. Cette prescription divine c’est le triomphe de la vie, le triomphe de la cause animale. Respecter leur vie en leur donnant dignement et sans souffrance la mort. Respecter la Création en la perpétuant par une saine nourriture qui ne serait être souillée par la souffrance.

Capture d’écran – Solveig Halloin