Shimon Peres est l’un des pères-bâtisseurs de l’État d’Israël : il a été marqué par l’expérience qu’il vécut alors que son grand-père et d’autres orants furent brûlés vifs dans une synagogue en Pologne.

Arrivé en Israël à l’âge de 11 ans, il demeura dans un kibboutz dans la vallée du Jourdain. Durant la guerre d’indépendance, il se porta volontaire à la Haganah, noyau de la future armée d’Israël. Approché par le Premier ministre David Ben Gourion, il fut chargé de trouver des armes, car les années qui suivirent la Seconde Guerre mondiale furent critiques.

Il s’attela à la sécurité d’Israël avec acharnement. Il fit le tour du monde cherchant des moyens ingénieux pour armer le nouvel état, quitte à contourner avec ruse plusieurs embargos : en achetant des avions à des fins de tournage ainsi que des frégates et des bateaux rouillés dont personne ne voulait plus. En 1950, il eut la vision d’une industrie aéronautique en Israël même et s’attela à son édification au cours de longues années.

Alors que les fedayins égyptiens attaquaient quotidiennement Israël dans les années 50, il a forgé des rapports étroits avec la France et l’Angleterre pour armer le pays. En outre, en échange d’une collaboration scientifique dans le domaine nucléaire avec la France, un réacteur atomique fut construit à Dimona en Israël. Néanmoins, Shimon Peres établit la politique à l’effet qu’Israël ne sera pas le premier à introduire l’arme atomique au Moyen-Orient.

Tout en œuvrant pour la sécurité d’Israël, Shimon Peres n’a jamais cessé de rêver et de faire rêver. Au lendemain de la guerre des Six Jours, il a préconisé un marché commun au Moyen-Orient ainsi que la construction d’un canal reliant la Méditerranée à la mer Morte puis la Mer rouge à la mer Morte, la dénivellation de 429 mètres au-dessous du niveau de la mer pouvant servir à générer suffisamment d’électricité pour l’ensemble du Moyen-Orient.

Il a forgé les accords d’Oslo et partagé le prix Nobel de la paix en 1994. Optimiste invétéré jusqu’à son dernier jour, Shimon Peres a cherché à relancer le processus de paix malgré les revers successifs, convaincu que la paix passait par le respect et la dignité de tout un chacun. Bien des rois, des présidents et des Premiers ministres, y compris ceux du monde arabe ont vu en lui un interlocuteur de choix, un sage ou même un conseiller intime. En témoignage de respect à sa mémoire, la Maison Blanche a ordonné la mise en berne de tous les drapeaux américains dans les bâtiments publics.

Durant sa carrière politique à titre de ministre, de Premier ministre ou de président, il a agi en homme d’État, plus préoccupé par l’avenir à long terme que par les prochaines élections. Il a préconisé une approche voulant que la sécurité réelle, ce soit la paix alors que dans le camp de la droite on avançait que dans cette région du monde, la sécurité était une nécessité première pour pouvoir aborder la paix. Ce débat visant à assurer existence et coexistence se poursuit encore aujourd’hui même en Israël. Champion de l’approche sécuritaire, Shimon Peres a modifié sa position pour s’aligner avec celle qui prône la paix en priorité. En 1997, il a fondé le centre Peres pour la Paix afin d’encourager les associations entre Juifs et Arabes.

Shimon Peres n’a pas toujours été apprécié à sa juste valeur en Israël, tout comme ce fut le cas pour le légendaire ministre des Affaires étrangères Abba Eban : tous deux n’étaient pas des Sabras – natifs d’Israël – ni même des héros de la guerre d’indépendance. Et pourtant, leur contribution fut monumentale pour la survie et la sécurité d’Israël. Shimon Peres a œuvré, intrigué et agi inlassablement pour remettre le processus de paix sur les rails. Épris de littérature, auteur de douze ouvrages, un humaniste et un homme d’état qui cherchait toujours le mot juste pour faire valoir ses idées.

Devenu président de l’État, Shimon Peres a fait la promotion de la science, des nouvelles technologies et des investissements dans la recherche. Il a enthousiasmé la jeunesse israélienne qu’il a appelée à rêver et à innover, convaincu que la sécurité d’Israël reposait sur sa matière grise. C’est alors qu’il commença d’être mieux apprécié pour son humour et sa sagesse politique ainsi que pour la vision de paix qu’il a insufflée avec persévérance à la nation.