Au bout de deux semaines de lutte, Shimon nous a quitté. Comme lui même l’avait dit : « rassurez-vous, je ne vais pas oublier de mourir ».

Il a ainsi donné le temps aux commentateurs de préparer leurs oraisons et aux contempteurs d’élaborer leur venin. Mais quoi de plus naturel dans une démocratie ?

Dès l’annonce de son décès, les louanges du monde occidental ont afflué : Peres l’homme de paix, le symbole des accords d’Oslo par excellence, celui qui a tout compris et qui était prêt à tous les sacrifices, l’un des rares Israéliens fréquentables. Pendant que du côté arabe on relevait surtout la disparition du « parrain des colonies » qui a créé et développé l’état honni. Quand les occidentaux retiennent le pacifiste de plus de cinquante ans, les dictatures arabes ne se souviennent que du colon sioniste de moins de cinquante. Est-ce si surprenant ? Non.

En fait la déception vient d’ailleurs. En novembre 1995, aux funérailles de Rabin, de nombreuses personnalités arabes s’étaient déplacées. Entre autres, Moubarak d’Egypte, Hussein de Jordanie, et de nombreux princes/délégués saoudiens et émiratis. Venaient-ils se recueillir sur la tombe d’un Premier ministre d’Israël ? Non.

En fait, ils venaient témoigner pour l’Occident et leur opinion publique, que des juifs assassinaient ceux d’entre eux qui voulaient la paix et la reconnaissance des souffrances arabo-palestiniennes. Et leur présence aux côtés de la dépouille d’un martyr (oui, ils adorent ce mot) en devenait légitime.

Vingt et un ans plus tard, et demain vendredi précisément, aucun martyr ne sera enterré. Car aucun Israélien n’en sera à blâmer. Alors, se pose la question de la légitimité de la présence aux côtés des sionistes, face à la rue arabe.

Alors, les leaders du Moyen-Orient se grattent la tête. Faut-il la jouer à la Mahmoud Abbas ? J’écris une petite lettre de condoléances à la famille et je regrette de ne pas pouvoir me libérer, j’ai tellement à faire à Ramallah et puis le trajet est tellement long. Ou à la Al-Sissi et Abdallah de Jordanie ?  On l’a à peine connu, il était à ce moment là juste le président sans réel pouvoir, et puis c’est trop risqué de s’absenter car allez savoir si un général vicieux ne me prendrait pas ma place pendant ce temps-là.

Et à la dernière minute, peut-être, après tout, sans prévenir et sans le claironner sur les toits, on peut se déplacer à la va vite et surtout sans dire bonjour à personne, de peur, que comme le désormais célèbre judoka égyptien, on ne nous voit serrer la main à un Israélien.

Depuis six décennies, les populations arabes du Moyen-Orient sont abreuvées de haine par des dirigeants qui depuis 1948 n’ont pas trouver meilleur bouc-émissaire qu’Israël pour toutes leurs turpitudes. Comment pourrait-elles s’émouvoir du décès paisible d’un seul homme ? Et surtout comment pourraient-elles comprendre à quel point cet homme va LEUR manquer ?

Pourtant, un jour sûrement, ces hommes et ces femmes comprendront qu’à côté d’eux, a vécu un homme bon, optimiste, soucieux de l’avenir et de l’éducation de tous les enfants, confiant en l’humanité et croyant à un lendemain qui chante.

Ce jour-là ils regretteront sans doute de ne pas avoir eu le mérite de l’accompagner à sa dernière demeure.