Shavouot, ou la Fête des Semaines, n’est pas la fête principale célébrée par les juifs du monde entier. Beaucoup d’entre nous comptons nos bénédictions après la fête de Pâque, et comptons les jours avant les vacances d’été : les enfants en anticipant les plaisirs, les adolescents dans l’attente d’emplois d’été, et les parents dans la hantise des frais supplémentaires et de l’effort constant de les garder occupés, amusés et éduqués pendant la période de congé scolaire.

Mais cinquante jours exactement après Pâque vient « la fête des blintzes et du gâteau au fromage », c’est-à-dire Shavouot (semaines en hébreu), et qui sommes-nous pour refuser une réunion de famille ayant pour thème les petites douceurs que le Seigneur nous commande d’apprécier ? Alors nous nous rassemblons, nous célébrons et 24 heures et 3 kg plus tard (et parfois après une nuit blanche passée à étudier la Torah), nous nous séparons et continuons le compte à rebours jusqu’à juillet.

Plus qu’un régal alimentaire

Au-delà des aspects amusants, Shavouot apporte à chacun de nous un message spécial. Comme toutes les fêtes juives, elle représente un état de notre développement spirituel. L’état de Shavouot célèbre la réception de la Torah, la loi de la vie. Mais elle nous est donnée seulement si nous, l’ensemble du peuple d’Israël, nous proclamons « d’une seule voix » (Exode 24:3) que nous agirons selon les lois dictées.

Mais pourquoi célébrer le fait de recevoir une loi ? Avons-nous fui l’oppression des Égyptiens uniquement pour célébrer notre esclavage sous un nouveau maître ?

Nous pouvons répondre à ces questions uniquement si nous examinons de plus près la signification profonde de la Tora. Selon nos Sages, Pharaon représente le mauvais penchant. En termes plus simples, il représente la mauvaise volonté réciproque, notre ego. Comme « le penchant du cœur d’un homme est mauvais dès son jeune âge » (Genèse 8:21), nous avons besoin d’un remède afin de nous entendre et de maintenir une société saine. C’est exactement le rôle de la Torah : elle est un remède, une force de guérison, ou comme le disent nos Sages, « une épice ». Il est écrit : « J’ai créé le mauvais penchant (dit le Seigneur), et j’ai créé la Torah comme épice » (Ramhal, Messilat Yecharim), parce que la Torah est le remède à notre égoïsme.

 La devise de notre peuple

Nous nous sommes unis au pied du mont Sinaï, du mot sin’a (haine), et ce n’est alors seulement, que nous avons vaincu notre haine réciproque et que nous nous sommes unis et avons pu recevoir cette force particulière, ou remède. La Torah qui a guéri notre égoïsme, a solidifié notre unité et fait de nous une nation. Depuis ce temps, l’unité est devenue notre devise.

Les juifs diffèrent des autres nations qui se sont formées autour de clans ou de tribus, ou qui vivaient dans une même région et partageaient une culture ou une langue. Notre nation a été fondée lorsque des gens sans aucun lien se sont unis autour de l’idée d’unité comme remède à l’égoïsme. C’est pourquoi la devise de notre peuple : « Aime ton prochain comme toi-même » est devenue le précepte le plus important de l’humanité.

La devise de tous les peuples.

Babylone a été le berceau de notre nation. Là, dans l’abondante diversité de cette ancienne culture, notre ancêtre Abraham a formé un groupe de gens qui croyaient que le chemin du bonheur passait par l’unité au-delà de l’ego. Il a essayé de l’enseigner à ses compatriotes, mais ceux-ci n’étaient pas encore prêts à l’écouter et l’ont rejeté. Plutôt que d’abandonner, il a enseigné à ses enfants et à ses disciples qui sont finalement devenus la nation d’Israël.

Abraham a développé ses idées pour tous les Babyloniens. Nous, ses descendants spirituels, nous avons la même responsabilité. Il est de notre devoir de porter le flambeau de l’unité et « d’être une lumière pour les nations » illuminant le chemin vers l’unité de tous les peuples.

Aujourd’hui, alors que l’égoïsme sévit, détruisant nos sociétés, nous avons besoin d’une cure, d’un remède à notre penchant inhérent. La Torah n’est pas un livre, elle est une cure à laquelle nous avons recours lorsque nous nous efforçons de devenir « une seule voix » tout comme l’ancien peuple d’Israël.

En ce Shavouot, alors que nous nous délectons de blintzes, contemplons la signification du don de la Torah, souvenons-nous que nos pères fondateurs l’ont reçue seulement lorsqu’ils se sont unis. Si nous voulons restaurer notre sécurité et prendre soin de nos communautés et de notre société, alors, nous devons cultiver notre unité.

[Shavouot : les blintzes et la devise juive  –  PDF]