Shabbat Soukkoth, l’esprit du nomadisme
A Soukkoth[1], la Torah enjoint de demeurer dans des tentes:
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מב בַּסֻּכֹּת תֵּשְׁבוּ שִׁבְעַת יָמִים כָּל-הָאֶזְרָח בְּיִשְׂרָאֵל יֵשְׁבוּ בַּסֻּכֹּת. (ויקרא כג:מב) |
42 Vous demeurerez dans les tentes durant sept jours; tout indigène en Israël demeurera sous la tente (Lévitique 23:42) |
La fête de Soukkoth renferme plusieurs dimensions: historique, agricole et spirituelle. La source biblique fait ici mention de la dimension historique qui relève de la Providence divine:
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מג לְמַעַן יֵדְעוּ דֹרֹתֵיכֶם כִּי בַסֻּכּוֹת הוֹשַׁבְתִּי אֶת-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל בְּהוֹצִיאִי אוֹתָם מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם אֲנִי יְהוָה אֱלֹהֵיכֶם. (ויקרא כג:מג) |
43 afin que vos générations sachent que j’ai donné des tentes pour demeure aux enfants d’Israël, quand je les ai fait sortir du pays d’Egypte, moi, l’Éternel, votre Seigneur! » (Lévitique 23:43) |
Mais pourquoi le peuple d’Israël doit-il encore aujourd’hui, au-delà de la pure dimension historique, poursuivre cette tradition de s’installer dans la tente durant sept jours alors même qu’il est déjà implanté sur sa terre ancestrale, Erets Israël?
Cette question nous invite à une autre question: quelle est la plus grande menace guettant Israël?
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טו וַיִּשְׁמַן יְשֻׁרוּן וַיִּבְעָט שָׁמַנְתָּ עָבִיתָ כָּשִׂיתָ וַיִּטֹּשׁ אֱלוֹהַּ עָשָׂהוּ וַיְנַבֵּל צוּר יְשֻׁעָתוֹ. (דברים לב:טו) |
15 Et Yeshouroun s’engraisse et regimbe; tu es devenu trop gras, trop replet, trop bien nourri et il a abandonné le Seigneur qui l’a créé, et il a méprisé son Rocher tutélaire! (Deutéronome 32:15) |
La sédentarisation constitue l’un des plus grands périls pour Israël. Croire que l’entrée en Erets Israël se suffit à elle-même est susceptible de conduire le peuple d’Israël à oublier son histoire et la Source de ses bienfaits. Il est le peuple du mouvement, du déplacement, à l’image des Patriarches Avraham et Jacob qui, dans leur parcours particulier, n’ont jamais connu de repos. Même Isaac, pourtant sédentaire – L’Eternel lui interdit de quitter Erets Israël (Genèse 26:2) – aura l’obligation de quitter Guerar pour se rendre en un nouveau lieu, Re’hovot (Genèse 26:22). L’idolâtrie n’est point tant de servir des statuts ou des icônes mais de s’enfermer dans une pensée figée, dogmatique et unique. La Tradition hébraïque prône l’instabilité de soi, la remise en question à tout moment, l’incertitude intérieure et le courage de l’effort. Grimper le plus haut sommet du monde constitue, certes, une performance mais que reste-t-il après cette même performance? Comment aller toujours plus loin, plus haut, plus fort? Toutes les fois où l’Homme croit avoir atteint l’intégralité de ses objectifs avec l’orgueil qui accompagne souvent le succès, arrive la chute et l’effondrement. Le Temple de Salomon, la Demeure fixe de l’Eternel, expression de la puissance du royaume unifié d’Israël, a été détruit. Les exemples abondent dans l’Histoire de l’Humanité: le Titanic (1912), le navire de guerre Vasa (1628), le pont du Tay (1879), le dirigeable R101 (1930), le pont de Tacoma Narrows (1940), la centrale nucléaire de Tchernobyl (1986), la navette spatiale Challenger (1986) ont tous connu le même sort par manque de flexibilité dû à l’excès de confiance et le mépris de conseils de leurs concepteurs respectifs.
La fête de Soukkoth invite chacune et chacun d’entre nous à vivre dans notre quotidien en prenant pleinement conscience que notre monde demeure fragile, que rien ne va de soi. L’épidémie du coronavirus, les guerres en Israël contre le Hamas et l’Iran ainsi qu’en Ukraine, à la porte même de l’Europe, prouvent que tout peut basculer à tout moment.
La fête de Soukkoth nous enseigne que l’Homme n’est capable d’apprécier le monde à sa juste valeur que lorsque, saisissant la dimension éphémère de celui-ci, il en vient à se poser la question existentielle de sa présence ici-bas. Quel est le sens véritable de ma vie sur terre?
N’est-ce point l’éphémérité des choses qui les rendent encore plus grandes?
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ד אָדָם לַהֶבֶל דָּמָה יָמָיו כְּצֵל עוֹבֵר. (תהלים קמד:ד) |
4 L’homme ressemble à un souffle, ses jours sont comme une ombre qui passe. (Psaume 144:4) |
[1] Parashat Shabbat et Premier jour de Soukkoth: Lévitique 22:26-23:44.
Shabbat shalom! Hag Sookot Samea’h!

