Il a suffi de quelques images volées d’une ballade amoureuse d’un ministre islamiste marocain avec sa jeune « fiancée » sur les mythiques Champs Élysées pour que les réseaux sociaux s’enflamment. Tous les ingrédients du grand scandale médiatique sont réunis.

Il s’agit de Mohamed Yatim, ministre de l’Emploi et de l’Insertion professionnelle, âgé de 62 ans, reconnaissable par sa blanche capillarité, tenant tendrement par la main une jeune trentenaire, jadis sa masseuse.

Cette escapade amoureuse parisienne provoqua un grand émoi qui dépassa largement le cadre d’un écart de comportement ou d’une lubie de personne âgée.

Ces images enregistrées dans Paris, ville éternelle des amoureux datent du 2 juin dernier qui coïncidait avec le mois du Ramadan. L’islamiste Mohamed Yatim a été pris dans les filets de multiples violations de ses propres codes et qui ont donné à cette affaire toute son importance symbolique.

Ce qui est aussi au cœur de cette affaire, c’est le flot de commentaires qui a envahi la toile et leurs tonalités. Particularité, ils mettent en parallèle les postures idéologiques de la mouvance islamiste du Parti Justice et Développement (PJD) avec la réalité des comportements ses ouailles.

Cette mouvance islamiste marocaine, dont Mohammed Yatim est depuis longtemps une des icônes les plus abrasives, prêche souvent avec une prose très pressante un ascétisme rugueux et une abstinence de moines. Leur slogan est la lutte contre le FASSAD, ce mot en arabe très galvaudé par les islamistes peut englober la corruption morale, politique, les libertés individuelles, les relations hors mariage…etc.

Or, la réalité des faits montre un hédonisme gourmand qui contredit leurs discours publics. Conséquences immédiates, ces comportements vident de leurs substances les harangues moralisantes, le cœur du discours islamiste qui a séduit les foules et bâtit les fortunes politiques.

La mouvance islamiste de M. Mohammed Yatim n’est pas à son premier scandale politico-sexuel. Ce parti a été secoué par au moins deux grandes affaires qui ont défrayé la chronique et fait trembler les fondations idéologiques du PJD.

La première mettait en scène un couple gouvernemental en la personne de Habib Choubani, marié et père de famille, et Soumia Benkheldoune. Les deux ont été exfiltrés du gouvernement le chef du gouvernement et du PJD, Abdelillah Benkirane.

La seconde concerne deux hauts responsables du mouvement Unicité et réforme, l’aile idéologique de ce même parti, Omar Benhamad, 63 ans, marié et père de sept enfants, et Fatima Nejjar, une veuve de 62 ans mère de six enfants. Les deux amants, connus pour l’extrême violence de leurs prêches contre un simple flirt ou un simple baiser, ont été surpris au petit matin dans une voiture par une unité mobile dans une posture des plus fâcheuses.

En pleine affaire Tarek Ramadan, chef de file de la mouvance islamiste en Europe, détenu en prison en France pour des accusations de viols et qui éclaire d’un nouveau jour les rapports très complexes que les leaders islamistes entretiennent avec la chose sexuelle comme en témoigne la série de SMS (399) publiés récemment pour justifier son maintien en détention, ces scandales à répétition qui touchent la galaxie islamiste marocaine sont de nature à interroger sur les ambiguïtés du discours islamiste.

Aujourd’hui, cette démarche de séduction islamiste que le parti exerce sur les foules navigue ouvertement dans une attitude schizophrène. Entre une posture moralisante faisant de la lutte contre toute forme de corruption morale son principal fonds de commerce et une sordide réalité qui met à nu leur double discours.

Sans doute ceux qui ont abondamment commenté cette romance parisienne du ministre Yatim dans les réseaux sociaux ont-ils en arrière-plan pointé l’impact politique de tels scandales sur le parti. Cela concerne aussi bien la gouvernance islamiste actuelle que ses ambitions politiques électorales.

Entre un prêche de la chasteté à la limite du harcèlement social et leur dévergondage avéré, le citoyen consommateur de news politiques et porteur d’un bulletin de vote pourrait, peut-être, trancher.