Les politiques sont confrontés à un grave dilemme : Comment satisfaire le besoin vital de sécurité des citoyens/électeurs ?

En effet investir en matière de sécurité est peu rentable électoralement tant les résultats sont à long terme alors que le politique, dans notre société médiatique, vit pour l’essentiel dans le court terme. Dans des budgets restreints comment ne pas privilégier l’Education Nationale ou même la réduction des dépenses de l’Etat et par conséquent la baisse des impôts autrement plus productifs électoralement ?

Le politique s’en sort en considérant que parler de sécurité c’est déjà agir, ce qui est à la fois juste et faux.

Parler de la sécurité c’est en effet passer le message rassurant du « Je vous ai compris » aux citoyens/électeurs. C’est la première étape d’un consensus républicain. C’est aussi mobiliser les énergies citoyennes et celles du monde associatif. C’est enfin envoyer des signaux a ceux qui sont à l’origine de la menace.

Mais si une véritable politique de sécurité était menée, ce qui supposerait un très large accord entre les courants politiques, croyez-vous qu’il serait nécessaire de faire de la protection des citoyens un sujet de débat ?

Le seul vrai débat porterait sur la politique diplomatique et ses conséquences en matière de sécurité.

Le problème n’est pas forcement complexe mais très vaste.

Israël est l’un des seuls pays, à ma connaissance, ayant une réelle politique de sécurité. Mais n’est-ce pas parce que les Israéliens ont le sentiment que l’existence même de l’Etat est en jeu et par la celle de tous les Israéliens sans exception ? Il y a consensus fort et pourtant l’efficacité n’est pas toujours tangible et jamais l’opposition ne conteste des décisions gouvernementales dans ce domaine.

Mais revenons en France et en Europe.

Les investissements nécessaires en matière de sécurité sont considérables et touchent tout autant la Justice et la Défense Nationale que les forces de police et celles du renseignement, sans oublier la Sécurité Civile trop souvent délaissée.

A chaque fois que j’interroge mes amis du ministère de l’Intérieur sur l’Etat de la maison la réponse est la même : « Des lézardes de partout, mais les vieux serviteurs de l’Etat maintiennent l’édifice sur pied ». Un remake de Harpo Marx tenant les murs ou d’Athos supportant avec ses bras et son dos les voutes de la mine. Et c’est comme ça depuis des années. Ces fonctionnaires, dont le dévouement est loué par tous les politiques, même ceux qui rabotent consciencieusement leurs effectifs, compensent les défauts de moyens, d’organisation, de formation ….

Seul, parmi les ministres qui se sont succédés Place Beauvau, Pierre Joxe et peut être Jean-Pierre Chevènement (mais ce dernier n’a pas été suivi par son Premier ministre) avaient compris la nécessité d’une politique à long terme.

La grande force de Pierre Joxe outre sa lucidité et ses qualités de grand commis de l’Etat était son refus absolu de toute forme de démagogie alors que la plupart des politiques sacrifient à leurs ambitions personnelles.

Le soutien apparemment sans faille du président de la République, François Mitterrand a sans doute contribué à son succès.

Le ministre Cazeneuve est un bon ministre et les mesures prises vont dans le bon sens mais Bercy a largement repris le pouvoir !

Même Nicolas Sarkozy, bien que coaché par Charles Pasqua, s’est plus servi de la sécurité à des fins personnelles qu’il ne l’a servie. En effet que penser de la suppression des RG ? Que penser du rejet idéologique de la police de proximité (même si de nombreuses erreurs avaient été commises dans ce domaine) ? Que dire de la politique des chiffres et des réductions des couts ?

Les besoins des forces de sécurité sont quasiment sans limite tant en matière d’effectifs, d’équipement, d’organisation que de formation. Or, on a trop tendance, en France, à confondre management public et réduction des couts. Comme par ailleurs on adore les cols blancs la tentation est forte de réduire le rôle de l’encadrement a du management au service de Bercy, de la communication et la gestion des chiffres. Le filtrage efficace des demandes et leur traduction en programmes devient difficile dans ce contexte d’auto censure. Redonner de la noblesse aux techniciens et ingénieurs de la sécurité et inventer un management adapte est l’enjeu essentiel.

Pour le reste le corps préfectoral sait parfaitement faire et sait intégrer en son sein les ingénieurs du risque les plus doués pour la politique.

Alors que faire ?

Engager une large consultation politique pour obtenir un consensus sur un plan quinquennal de vraie modernisation de notre sécurité. Les citoyens/électeurs sont sans doute largement favorables à un effort dans ce domaine.

Rétablir le service militaire obligatoire

Renforcer le maillage du renseignement en province très affaibli par la suppression des RG.

Trouver des formules adaptées aux besoins en matière de police de proximité. Renforcer la coopération européenne en matière de sécurité (peut être en créant une force européenne de renseignement similaire au FBI).

Et peut-être inventer une nouvelle force de police face aux menaces issues du net.