Religion et sciences : ces disciplines convergent-elles pour prendre contrôle du libre arbitre ?

Science pure et science appliquée

La science a pour objet d’étudier les lois de la nature afin de s’en faire une conception cohérente. La science pure est fondée sur un système d’axiomes de base. Elle est extrapolée au domaine des sciences appliquées qui tentent de définir un commun dénominateur aux mécanismes qui régissent les phénomènes physiques.

La science appliquée évolue. Lorsqu’un phénomène particulier ne rentre pas dans le cadre d’un principe énoncé, on tente d’en formuler un qui soit plus général encore. Les sciences physiques idéalisent des modèles pour les adapter dans une structure logique et cohérente tout en procédant à des vérifications expérimentales.

Cependant, tout scientifique est conscient de ce que les modèles sont approximatifs et qu’il peut arriver que l’incertitude dans la modélisation puisse potentiellement venir démolir certaines de ses conclusions.

Qui plus est, nous savons aujourd’hui combien les concepts scientifiques sont limités par leur anthropomorphisme. Ainsi la théorie de la relativité a mis à jour des concepts nouveaux qui échappent à notre perception du temps et de l’espace. Un peintre qui décrit ce que les choses lui semblent être est probablement moins dans l’erreur qu’un scientifique qui veut savoir ce que les choses sont. En effet, les théories de science appliquée sont élaborées à partir de notions et de données fondées sur nos sens. Dans chaque science appliquée, il y aurait une part de fiction…

À la recherche d’un absolu

Par la spiritualité, l’être humain aspire à une certaine élévation qui va lui permettre de mettre en perspective tant ses besoins personnels que ses rapports avec autrui. Pour cela, les religions mettent de l’avant un absolu – un axiome – qui est celui de l’Être suprême. Elles rejoignent en un sens les sciences pour lesquelles le principe de causalité est fondamental, car elles proposent une forme de causalité première.

De plus, elles canalisent la spiritualité au travers des Écritures en prenant pour principe qu’une intervention divine ou une inspiration divine en constitue la base. La richesse de leurs enseignements au fil des siècles est bien loin d’avoir été tarie. Par des contes, des paradigmes et des lois, les Écritures tentent de confronter l’individu au sempiternel problème du Bien et du Mal, problème qui se rencontre au quotidien et tout au long de l’existence.

La science explore l’humain. L’anthropologie, la sociologie ou la psychologie tentent de proposer des schèmes d’explication cohérents mais partiels du comportement de l’être humain. Toutefois, quand une science particulière veut englober toutes les dimensions de l’être humain, elle en réduit la complexité. L’être humain ne s’explique pas par la logique à l’état pur et son essence résiste au principe de la raison. Il en va de même des grandes questions qui dépassent le monde tangible tout comme l’existence de Dieu, l’après-vie ou l’immortalité de l’âme.

Religion personnelle et religion institutionnalisée

Il y a lieu d’établir la différence entre religion personnelle et religion institutionnalisée et de saisir l’importance de l’influence civilisatrice de la religion. Les institutions religieuses ont défini le credo des croyances englobant la compréhension de l’univers et la destinée de l’humanité.

Elles ont développé un sens de la communauté, de la solidarité et de la consolation, mais ont également cherché à imposer leur credo religieux. Elles ont souvent eu une influence considérable sur le pouvoir politique en plus d’avoir recours à l’anathème.

Ainsi et à titre d’exemple, l’Église catholique a défini des dogmes et établi des tabous en regard du comportement et de la sexualité. L’accusation d’hérésie en a conduit plus d’un au bûcher. Les autorités rabbiniques ont excommunié Spinoza dont les théories ne cadraient pas au sens strict du terme avec leur tradition exégétique. Dans l’islam, toute forme de dissension a été éliminée par des fatwas revêtant un caractère punitif.

Traditionnellement, la religion institutionnalisée a réfuté les théories scientifiques qui semblaient contredire les perceptions de vision monopoliste de la nature ou de l’être humain. Ainsi et à titre d’exemple, les mouvances créationnistes qui ne connaissent que le livre de la Genèse comme seul et authentique discours sur la création continuent de livrer une bataille sans merci contre les tenants de l’évolutionnisme darwinien.

Certaines idéologies religieuses, tout comme les idéologies totalisatrices, ont sombré dans le fanatisme et été à la source des plus graves des abus.

Des objectifs différents

Les sciences pures ont tenté de comprendre la nature. Les sciences appliquées tentent de la contrôler et le font avec un succès certain et une finalité discutable. L’histoire semble indiquer que tout progrès scientifique fut à double tranchant : la première roue a certainement amélioré les transports et l’agriculture tout en perfectionnant l’art de la guerre en introduisant des chars de combat.

Toutefois, les découvertes récentes se succèdent à une allure folle. Avant même que l’on puisse juger des bienfaits ou méfaits de la course à l’innovation technologique, voilà que la science est en train de modifier la nature par ses progrès en génétique et par la prolifération des outils de destruction de masse. La question pertinente sur laquelle il convient de se pencher est : est-ce que les découvertes scientifiques sont bénéfiques du point de vue éthique et écologique ?

Quand bien même qu’un électron pourrait parler, nous ne le comprendrions pas ! Les Écritures, elles, parlent à l’être humain en tenant compte de ses dimensions multiples : intellectuelles, affectives et spirituelles toutes incarnées dans l’être de chair et de sang avec sa dimension physique et matérielle.

Les sciences des Écritures, telles l’herméneutique, l’exégèse, la critique littéraire ou la rhétorique ou encore la narratologie ne sauraient ni ne devraient nous éloigner de l’objectif fondamental des Écritures – même si certains passages sont réfutables – qui est celui de la morale, du libre-arbitre, du pardon et des choix difficiles qu’il faut faire dans la vie.

Le libre-arbitre sur la sellette

Admettons pour l’instant que ni la science ni la religion ne peuvent offrir des définitions ou des réponses définitives en regard de l’essence fondamentale de l’univers et de l’humanité et concentrons-nous sur l’être humain qui a goûté au fruit de l’arbre de la connaissance du Bien et du Mal. Le problème du Bien et du Mal est celui auquel les religions tentent d’offrir moult enseignements et réflexions.

La morale religieuse vient offrir à l’homme un idéal de perfection conciliant l’ensemble de ses dimensions, idéal vers lequel il devrait aspirer par ses pensées, ses actes et ses activités. La science évolue pour redevenir révolue dans un cycle sans fin, mais le libre-arbitre demeure une constante de l’être humain. Ferions-nous confiance à une prochaine génération de robots qui différencieraient le Bien du Mal et prendraient action après jugement ?

À bien y réfléchir, n’est-ce pas justement ce qui est en train de se produire avec les nouvelles technologies informatiques qui réduisent de plus en plus l’interaction entre les humains ? Avec les technologies de surveillance et de communication invasives qui alimentent les banques de métadonnées ? Avec l’ubiquité grandissante des algorithmes d’intelligence artificielle ? Nous orienterons-nous bientôt vers la justice prédictive et prescriptive et vers le cyberclergé de la justice virtuelle ?

À l’heure où le transhumanisme réingénierie littéralement l’être humain pour modifier son affect et augmenter ses capacités physiques, intellectuelles et biologiques, nous orientons-nous vers une humanité dont l’équilibre déjà précaire sera encore plus déstabilisé au point qu’on laissera à la machine le soin de réguler et l’être humain et la société ?