J’ai lu avec consternation les réactions de deux nouveaux-anciens immigrants d’Éthiopie sur le buzz qu’a créé le premier pilote de chasse israélien issue de cette communauté. Shlomit Barhano, une jeune femme avocate avec une rhétorique remarquable, a dénoncé le racisme de la société israélienne qui s’étonne qu’un Éthiopien puisse être pilote de chasse. Ce n’est pas la première fois que cette jeune femme talentueuse dénonce une réalité de racisme journalier en Israël.

Lui a emboîté le pas un journaliste du quotidien « Israël Hayom », Ineo Sanbato, qui semble être lui aussi une réussite israélienne et publie ce matin un article fustigeant la société israélienne. Le titre de son article est explicite : Est-ce un pilote ? Un copilote ? C’est un Éthiopien !

Ces deux articles sont trompeurs car ils ne décrivent pas la société dans laquelle nous vivons. Tout comme les médiatisations du conflit israélo-arabe prennent en exemple les extrêmes, ces deux auteurs préfèrent focaliser leurs plumes sur les matérialisations des bords de la société israélienne et en faire, comme il est très courant dans les milieux diffamatoires, le centre autour duquel tout tourne en Israël.

Il est certes compréhensible que leur sensibilité soit plus aiguë car ils sont les premiers concernés mais des écarts de racisme se produisent dans notre société comme dans toutes les sociétés et malgré tout, il est de leur devoir de regarder l’image en son entier afin de ne pas jeter le bébé avec l’eau de son bain. Dénigrer la société en son ensemble est contre-productif, à l’image de l’exaspération des étudiants qui se sont plaints des sms incessants sur les actes de racisme que leur amie d’étude Barhano voulait faire partager. Une histoire qui a fait la une des médias : Un groupe d’étudiant et la direction d’une université contre une camarade d’étude d’origine Éthiopienne qui se plaint de racisme dans les murs de leur établissement. Peu importe si les étudiants ont essayé de faire cesser une avalanche de sms et qu’ils auraient fait la même chose avec n’importe lequel des sujets qu’ils auraient trouvés exagéré, car s’il existe un racisme en Israël, il n’est pas de l’ampleur qui est décrite dans les articles et les prises de position de ces deux auteurs.

La discrimination envers la communauté Éthiopienne est un sujet qui prête plus facilement à la dérive qu’avec d’autres communautés de nouveaux immigrants. Le fossé qui séparait la société Israélienne de la communauté Éthiopienne était plus important qu’avec les autres vagues d’immigration en Israël. Avec des données de départ objectivement plus difficiles, il faut savoir reconnaître que la société Israélienne a reçu et continue de recevoir ces nouveaux immigrants de façon exemplaire même si ce n’était et n’est toujours pas parfait.

Il est facile de montrer du doigt les échecs et ceux-là sont médiatisés avec une énergie souvent déplacée mais il est plus difficile de faire entrer ces écarts dans la norme sociale représentée par des chiffres que nous connaissons moins. Pour ne choisir que l’évolution de la communauté Éthiopienne dans le domaine des études, le nombre des étudiants en licence de cette communauté est passé de 704 à 2 789 entre les années 2000 et 2017, de 53 à 365 étudiants en maîtrise et de 0 à 19 étudiants en doctorat. Ce sont des croissances à facteur de 4, 7 et 19 respectivement.

Nous pourrions faire une étude approfondie des statistiques époustouflantes des nouveaux « olim » Éthiopien et même s’il y a encore du chemin à faire afin de combler le fossé, elles seraient beaucoup plus représentatives d’Israël que des cas isolés de discriminations et de racisme. La société Israélienne avance, et avance à grands pas. Il faut le dire haut et fort afin de motiver ceux qui tirent et ceux qui poussent.

Alors oui, il faut se réjouir des réussites des minorités issues de toutes parts : Nouveaux Immigrants, Arabes, Bédouins, Ultraorthodoxes et lorsque la société israélienne voit le premier pilote de chasse israélien d’origine éthiopienne, elle a le droit et le devoir de féliciter cette réussite qui est l’avènement même du sionisme tel qu’il est décrit dans la déclaration de l’indépendance lue en 1948 par Ben Gourion : Contraint à l’exil, le peuple juif demeura fidèle au pays d’Israël à travers toutes les dispersions, priant sans cesse pour y revenir, toujours avec l’espoir d’y restaurer sa liberté nationale.

Ce nouveau pilote incarne tous les éléments de cette phrase historique : Contraint à l’exil pendant plus de 2 500 ans, fidèle à sa patrie durant les difficultés de ces millénaires, Juif religieux qui prie et en plus un « mensh » qui a les moyens d’entrer dans le bras le plus puissant de l’armée de défense de la nation juive pour maintenir sa liberté nationale.

Il faut savoir faire la différence entre la joie de voir le projet sioniste se matérialiser et le devoir de garder la vigilance envers des faits et gestes racistes qui restent marginaux. Il faut savoir louer les premiers et réparer les seconds car la société Israélienne est une société de pluralisme plus tolérante envers le différend que beaucoup d’autres sociétés européennes. Une anecdote racontée par Golda Meir dans son livre « Ma Vie », alors ministre du travail, est représentative du chemin que nous avons fait. Elle questionna un chef de chantier sur les problèmes qu’il avait et reçut une réponse étonnante : « J’ai dans mon groupe 11 ouvriers et je ne parle que 8 langues » s’était-il plaint. Il n’existe pas à ma connaissance, de pays occidental se mesurant à une telle variété d’immigrants.

Il faut assumer la difficulté de la conjugaison française avec ces 22 formes au même verbe et ne pas mélanger midi à 14 heures afin de profiter pleinement de la richesse de cette langue et de la même manière, la réalité israélienne que je connais est d’assumer la difficulté de notre puzzle afin de profiter de la richesse de notre société. À quand le premier pilote Ultraorthodoxe ? Peut-être même qu’il recevra ses ailes des mains du premier chef des armées de l’air Éthiopien ?