La France a décidé. La démocratie a gagné face aux sondages. Les électeurs, qui ne sont pas aussi incultes politiquement qu’on le prétend, ont décidé d’écarter le candidat populiste qui en 2012 et en 2016 a choisi la même stratégie de l’appel aux militants du Front national.

Sarkozy n’a même pas été sélectionné pour le deuxième tour avec 20,7 % des voix. C’est une défaite cuisante sous forme de sanction qui l’écarte définitivement de la vie politique.

Dans la campagne électorale française, le président des Républicains s’est donné la carrure du seul homme providentiel capable d’incarner les aspirations du peuple. Il a annoncé que « La primaire se jouera sur la France, la République, la culture française » et a dénoncé « l’islam prosélyte et intégriste qui vous dit comment manger, comment vous habiller, quel rapport entretenir avec le sexe opposé ». Pour lui il est indéniable que « La France, c’est un pays chrétien ». Il a réutilisé le même langage que lui avait soufflé Patrick Buisson quand il était encore son conseiller.

Son populisme était avéré car il n’a pas prôné le rassemblement mais il a dressé les communautés les unes contre les autres. Cette stratégie était loin d’être acceptée au sein de son parti dont le clivage a expliqué d’ailleurs la présence de sept candidats à la primaire.

Sa stratégie consistant à user de populisme pour faire venir à lui le peuple de l’extrême-droite et de l’extrême-gauche, a foiré. Il s’est comporté comme au café du commerce, loin du niveau exigé pour un président. Dans cette idéologie, Sarkozy s’est affranchi du dialogue républicain digne et serein : « Est-ce que vous croyez que le souci des Français, c’est de savoir si on va se faire des risettes, des sourires. Si on va se tendre la main ? ».

Sarkozy avait pourtant puisé, dans ses traversées du désert et ses disgrâces, l’énergie pour prendre le pouvoir.

L’histoire s’était imprimée, au début de sa carrière, sur un échec cinglant hypothéquant alors toute ascension politique. Sarkozy, en tant que directeur de campagne, avait assisté à l’élimination de Balladur au premier tour puis avait été battu lui-même à la présidentielle de 2012. Mais contrairement aux dirigeants anglo-saxons, il n’avait pas estimé devoir quitter définitivement la politique car seule la politique pouvait le quitter.

Le leader a gardé de ses mésaventures respectives un relent d’aigreur et une sensation de gâchis et d’injustice qui ont accru sa volonté de combat. Il est d’ailleurs revenu au sommet après sa mésaventure au sein de l’équipe Balladur.

Sarkozy avait appris à tirer d’excellents enseignements de ses échecs. Il a utilisé la technique du baiser mortel pour étouffer ses adversaires plutôt que de prendre le risque de les combattre.

Soumis à la pression de l’extrême droite, il a tout fait pour assécher l’électorat frontisme soit en épousant ses idées et sa dialectique soit, en offrant une place préférentielle aux plus virulents d’entre eux.

Sarkozy a dicté son attitude sur le seul sentiment qui l’a rongé durant la traversée du désert et qui l’habite encore : la rancune. Il a donc instrumentalisé la peur dans sa conduite du pouvoir.

Il a exploité le thème de la sécurité et du combat contre la délinquance et contre l’immigration, comme repoussoir des tenants de la gauche. Il a réussi à persuader ses électeurs, pourtant souvent ancrés à gauche, à s’initier aux thèmes fétichistes de la droite. C’est ce qui lui a permis de siffler 80 % des voix de la communauté juive, en France et en Israël.

Mais la question s’est posée sur l’opportunité d’un dernier combat, le combat de trop peut-être. Il n’a pas compris que la lassitude pourrait se retourner contre lui jusqu’à voir sa popularité décliner.

Trop sûr de lui, il n’a pas songé un seul instant qu’il pouvait perdre les primaires qui lui ont été fatales. Le paradoxe veut que sa fin de carrière ait été planifiée par ses amis, à l’intérieur du clan avec qui il a gouverné en bonne entente durant des années : « Seigneur, Protège-moi de mes amis ! Mes ennemis, je m’en charge ».

Le danger est venu de ses propres rangs.

Il n’a pas tenu compte de l’avertissement à l’occasion de l’élection à la présidence du parti UMP. Un jeune concurrent, Bruno le Maire, un homme qu’il avait invité à son gouvernement lui a siphonné 30 % des voix du parti ce qui pousse à réfléchir sur l’ingratitude en politique.

Les ambitions de ses amis ont toujours été vite symbolisées par un TSS, tous sauf Sarkozy. Ses adversaires les plus virulents n’ont pas été les socialistes mais les hommes de son camp, François Fillon son ancien premier ministre, Alain Juppé le gardien du temple gaulliste et l’ancien ministre centriste Jean-Pierre Raffarin qui s’était rangé aux côtés d’eux.

Contrairement aux anglo-saxons, ce monstre de la politique n’a pas su mettre un terme à sa carrière politique quand il était encore temps, en pleine ascension politique et en pleine gloire.

Il s’est accroché aux quelques restes de pouvoir qui ont maintenu sa flamme et n’a pas su, comme les Grands Hommes, tirer un trait sur sa vie politique pour devenir un Sage et participer au renouvellement des générations. Sarkozy a mal mesuré le risque de mener le dernier round d’un match qui n’était pas gagné d’avance. L’Histoire ne retiendra de lui que ce dernier échec.

On ne peut pas cependant se réjouir de la défaite d’un homme politique même si on l’a combattu. C’est triste de devenir personne alors qu’on a connu la puissance et le pouvoir. Mais cela doit servir de leçon à ceux qui occupent un instant le devant de la scène pour leur faire comprendre que plus dure sera la chute.

Juppé et NKM

Mais Alain Juppé risque de reproduire le même schéma après sa défaite surprise. Avec 28,4 % contre 44,2 % à Fillon, il est certes qualifié pour le deuxième tour mais sans réserve de voix, à l’exception des 2,6 % de NKM (Nathalie Kosciusko-Morizet).

L’écart est trop grand pour envisager une victoire. C’est une mission impossible du domaine du miracle. Il se grandirait en évitant le combat de trop contre un vainqueur de son camp. Cela lui permettrait de quitter la scène, la tête haute, tout en ménageant l’avenir, le sien et celui de ses soutiens dont le nouveau président aura besoin.

Le deuxième tour risque d’être sanglant mais stérile. Il risque de créer une rupture qui laissera des traces alors que l’unité est nécessaire pour combattre Marine le Pen qui comptera les points.

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