Les premiers versets de la parasha Quedoshim expriment l’idéal suprême d’une vie totalement consacrée à la sainteté!

«Soyez saints! Car je suis saint, moi l’Éternel, votre Dieu.» (Lévitique 19: 2)

C’est lors du don de la Torah au mont Sinaï qu’apparaît cet idéal de sanctification d’Israël:

«…Mais vous, vous serez pour moi une dynastie de prêtres et une nation sainte…» (Exode 19: 6)

Cette sainteté  relève-t-elle de l’ordre individuel ou de l’ordre collectif? Comment accéder à cette sainteté? Dans le silence d’une retraite spirituelle loin du vacarme des hommes ou au contraire, parmi les hommes?

L’origine de l’injonction divine visant à marcher sur les voies de l’Eternel («imitatio dei», Deut. 8: 6; 28: 9) se fonde initialement dans l’élection d’Avraham, premier Patriarche d’Israël par lequel sont bénies toutes les familles de la terre:

«Si je l’ai distingué, c’est pour qu’il prescrive à ses fils et à sa maison après lui d’observer la voie de l’Éternel, en pratiquant la justice et le droit; afin que l’Éternel accomplisse sur Abraham ce qu’il a déclaré à son égard.» (Gen. 18: 19)

Il incombe à Avraham de transmettre à ses enfants la voie de sainteté se caractérisant par la fervente et rigoureuse pratique de la Justice visant à éradiquer toute forme d’iniquité parmi les hommes. Un homme, aussi noble d’esprit qu’il soit, ne saurait seul atteindre l’accomplissement d’une telle mission. C’est la raison pour laquelle les principales sources relatives à la sainteté (Quedousha) mettent l’accent sur la dimension collective de la voie conduisant à la sanctification.

En ces jours de deuil où Israël commémore le Yom HaShoa et le Yom HaZikaron, se pose la question de la place des Nations vis-à-vis d’Israël.

Où furent ces Nations qui, si l’on excepte une poignée d’hommes courageux, gardèrent le silence lors de la destruction massive des communautés juives en Europe? Nations du monde! Où étiez-vous lorsque des hommes, des femmes et des enfants furent, dans l’indifférence totale, humiliés, déportés et menés au four crématoire en raison de leur appartenance au peuple d’Israël?

Pourquoi ces mêmes nations restèrent-elles indifférentes aux mesures discriminatoires du régime nazi à l’encontre des Juifs? Où sont-elles encore aujourd’hui au moment même où les vieux démons d’un antisémitisme que l’on croyait révolu ressurgissent au cœur même de l’Unesco et du Conseil des Droits de l’Homme à Genève?

Avraham, le Patriarche d’Israël, prodigue une leçon magistrale d’humanité à la plupart de ces Nations frappées de cécité historique et morale:

«Abraham s’avança et dit: « Anéantirais-tu, d’un même coup, l’innocent avec le coupable? Peut-être y a-t-il cinquante justes dans cette ville: les feras-tu périr aussi et ne pardonneras-tu pas à la contrée en faveur des cinquante justes qui s’y trouvent? Loin de toi d’agir ainsi, de frapper l’innocent avec le coupable, les traitant tous deux de même façon! Loin de toi! Celui qui juge toute la terre serait-il un juge inique?» (Gen. 18: 23-25)

Avraham, élu pour enseigner la justice aux générations futures, se retourne vers l’Eternel en Lui rappelant que la sanctification du nom divin associé à l’Alliance d’Israël se fonde essentiellement sur la sauvegarde de l’innocent et du juste.

L’Eternel, le Créateur du  monde, n’est-il donc point capable de distinguer les hommes, Ses propres créatures, en les jugeant équitablement selon leurs œuvres et  leurs actions?

Il semble qu’Avraham, en questionnant l’Eternel au moment de détruire le juste avec l’impie à Sodome et Gomorrhe, s’efforce sincèrement de sauver le Tselem Enosh – l’image humaine – et, par son attitude responsable à l’égard d’autrui, répond ainsi à l’appel de sa vocation, celle de préparer la constitution d’une nation sainte appelée Israël.

Abraham, en s’obstinant à interroger l’Eternel, devient le porte-parole de la conscience humaine et par là-même, la source de bénédictions pour toutes les Familles de la terre. La véritable interrogation n’est plus : «Où est l’Eternel devant la barbarie humaine» mais  «où est l’homme devant la barbarie qu’il est capable d’engendrer?»  Pourquoi Israël, le peuple de la Justice et du Droit qui, par le biais de sa Torah, appelle l’Humanité à remplir son devoir moral de Justice, doit-il sans cesse subir le poids d’accusations mensongères!?

Point de sainteté sans exigence de justice et de miséricorde! L’éternité d’Israël réside en sa quête incessante de sainteté, de justice, d’équité, de Tikkoun Haolam (Réparation du Monde) dans le dessein suprême d’instaurer un monde meilleur.

«Et là où il n’y a point d’hommes (d’humanité), efforce-toi d’être un homme ! « (Maximes  des Pères 2: 5)

Haïm Ouizemann