Si la présence Juive date d’au moins le IVè siècle en Bretagne, la présence à Quimper de la famille Jacob date, elle, des années 1857-59 : elle y laisse en peu de temps une empreinte majeure, qui perdure.

Les œuvres des trois fortes personnalités que sont Samuel Alexandre-Jacob, Lazare Jacob et Max Jacob font désormais partie du patrimoine culturel et artistique Breton: Samuel, Lazare et Max auront su allier le génie Juif au génie Breton.

Partie I : Samuel Alexandre

En ce début de XIXè siècle, Lazare Alexandre et Julie Bernheim habitent à Neunkirchen en Rhénanie, à une époque troublée où la Rhénanie est disputée par l’Empire Napoléonien, les Electorats traditionnels allemands et la future Confédération Germanique. La famille de Lazare vient d’Offenbach. Leur enfant, Samuel, naît en 1811.

A l’âge adulte, Samuel Alexandre migre de la Rhénanie à la région parisienne pour s’établir en Bretagne, à Lorient puis finalement Quimper.

Dès 1860, sur les quais de la capitale de Cornouaille, Samuel se lance dans l’habillement, devient tailleur et ouvre un commerce de tissus « La belle jardinière » tenue sous la raison sociale « A. Jacob et Cie ».

Samuel et sa femme, née Myrthé Léa Mayer, forment la première de trois générations d’artistes et d’artisans dynamiques et inventifs qui allient l’excellence de leur travail, de nouvelles pratiques commerciales – publicité pleine page dans la presse locale, affiches, cartes postales bilingues – au goût et à la compréhension des traditions Cornouaillaises.

Ainsi, la réputation de Samuel dépasse Quimper, puis la Bretagne et lance des modes : fort d’une moisson de prix et médailles, il présente dans tout Paris des créations reprenant les costumes traditionnels de Scaër, de Pont L’Abbé, des pays Bigouden et Glazik et recueille les éloges des journaux de l’Exposition Universelle de 1867 (médaille d’argent) ou des critiques du Second Empire.

Samuel le Kemener

Samuel n’est pas seulement un Kemener (tailleur) Breton créatif et doué, sachant s’inspirer du mobilier, du statuaire et de l’Art en Cornouaille : il est un commerçant avisé qui sent les modes, les besoins de ses concitoyens.

Sa réputation lui permet de faire rayonner le Génie Cornouaillais hors de ses frontières traditionnelles. Ainsi, il exporte les broderies Cornouaillaises et Bretonnes sur les robes parisiennes à la mode et sur l’habit vert des Académiciens.

Samuel Alexandre

La maison 8 rue du Parc à Quimper, sur l’Odet, est aussi un lieu où l’on recrée des meubles alliant modernité et usage de l’époque mais dans la plus pure tradition esthétique des formes et des ornements de Cornouaille.

Voilà ce qu’écrit à son sujet Hélène Henry, l’ancienne présidente des Amis de Max Jacob : «  Samuel a du génie, ce même génie qui se manifestera chez son petit-fils Max Jacob ! Il s’inspire d’un détail, une sculpture sur bois, les coutures d’un gilet paysan… pour l’adapter et le métamorphoser.  

Etre tailleur pour hommes pour Samuel Alexandre, c’est non seulement habiller sur mesure les citadins quimpérois mais codifier pour les riches propriétaires paysans tel motif de broderie. Il habille les notables de Pont L’Abbé, de Guéméné et surtout ceux du pays Glazick des rives de l’Odet.

Il fait des broderies, il fait faire des meubles typiques, évocateurs du passé, les broderies des paysans deviennent des nappes de dentelle. Samuel crée un style « à la bretonne » à la fois respectueux des coutumes mais aussi novateur.

Son atelier dans la cour, c’est une ruche d’ouvriers chanteurs, une exposition de meubles achetés dans les fermes aux châtelains. Toute cette activité se manifeste lors des grandes expositions universelles du Second Empire. Samuel rafle les prix et les compliments. »

Samuel va adjoindre à son atelier, une « ferme » où l’on peut trouver des dentelles irlandaises, des antiquités et des faïences, il recrute nombre de kemener pour fournir ses nombreuses succursales comme à Lorient et Paris.

En 1988, il requiert l’etat Civil pour changer de patronyme : toute la famille Alexandre se nomme désormais Jacob, un nom porté par de nombreux Cornouaillais.

Samuel s’éteint à Quimper, sur les quais, l’année suivante, en 1889. Il aura eu le temps d’évoquer à son petit fils Max son enfance allemande, sa religion et sa culture Juive. Le fils Lazare reprend les entreprises familiales.