Sacrifice
Le 7-Octobre restera, pour beaucoup, une date qui ne se raconte pas au passé. Pour des familles israéliennes, elle touche le souvenir de morts, d’enlèvements, de la peur et de la certitude que la sécurité n’était plus garantie. Pour des familles palestiniennes, les jours qui ont suivi étaient marqués par les bombardements, la fuite, la faim, les morts et la destruction d’un monde déjà perdu dans ses décombres.
Ces douleurs ne s’annulent pas. Elles ne se disputent pas la place dans les mémoires. Elles demandent d’être reconnues, avec la même puissance.
Il faut dire les choses telles qu’elles sont. L’attaque du 7 octobre 2023 contre des civils israéliens, la prise d’otages, ce sont des crimes qui ne sont pas l’exception d’une époque. Il faut analyser ce jour autrement. Il faut nommer les faits sans détour. L’attaque du 7 octobre 2023 contre des civils israéliens et la prise d’otages furent des crimes qui ne peuvent être justifiés par la colère ou par le langage de la vengeance. La souffrance palestinienne, avant et après cette journée, ne justifie pas cette attaque. Mais, la condamnation de ces crimes ne doit pas devenir un permis de déshumaniser tout un peuple. De même, dénoncer l’occupation, les humiliations, le blocus et les violences subies par les Palestiniens ne revient pas à excuser les atrocités commises contre des Israéliens.
La ligne est mince entre la haine et l’acceptation, le rejet et la tolérance, et la dignité ne se négocie pas selon une appartenance ethnique, nationale ou religieuse. Cette logique est difficile à maintenir lorsque la peur parle plus fort que la raison. Pourtant, elle est la condition première d’une pensée juste. Une société qui refuse de voir la douleur de l’autre finit par s’enfermer dans sa propre douleur, elle transmet la peur à la génération suivante.
Juifs et musulmans n’ont pas à choisir entre leur dignité et celle de leurs voisins. La tradition judéo-islamique rappelle que toute vie humaine possède une valeur qui ne dépend ni de la nationalité ni de la foi. Elle enseigne, aussi, la responsabilité envers la vie, la justice et la conscience.
La paix, dans notre culture judéo-islamique, n’est pas une formule abstraite destinée à amadouer les consciences. Elle est bien définie : libérer les otages, protéger les civils, permettre l’accès humanitaire, établir la responsabilité des crimes, mettre fin aux représailles contre les populations et garantir aux Palestiniens comme aux Israéliens un avenir commun où la sécurité ne repose ni sur la domination de l’un par l’autre ni sur un éternel conflit. Elle exige aussi que les voix ne soient pas étouffées .
Il serait naïf de croire qu’un cessez-le-feu effacera la douleur de la perte d’un être cher. Aucun traité ne rendra un enfant à ses parents, aucun tracé de frontière ne réparera une mémoire blessée. La paix ne promeut pas l’oubli. Elle propose autre chose. Elle empêche le deuil éternel.
La paix naîtra d’un choix lucide et réciproque. Aucun peuple ne vivra libre tant que l’autre vivra dans la menace, l’humiliation ou le deuil.
Il faut re-entreprendre le chemin de la réconciliation politique, non parce qu’il est facile, mais parce qu’aucun autre chemin ne mènera vers la normalisation des populations.
