La terre est au soleil ce que l’homme est à l’ange.

(Victor Hugo. Les contemplations, 1856)

Il naît parfois dans les familles de ces blondeurs qui vous feraient presque croire que le ciel est habité et que tout n’est pas vain.

Comprenons-nous bien, je dis blondeur, mais peu importe la couleur, blond, brun, roux, noir, blanc, beige, non, il est plutôt question d’une espèce de clarté, comme un concentré de grâce pure qui nous éclabousse de vie et nous donne envie d’enrayer le temps.

Éperdu d’émerveillement et de reconnaissance face à l’ange, on retient son souffle en se demandant ce qu’on a bien pu faire pour mériter le privilège d’en approcher un de si près. De toutes ses forces, de toute sa foi, on voudrait arrêter la marche du monde avant que le vent ne se lève. Arrêter la marche du monde avant les grandes tempêtes…

Ces êtres de lumière sont sources de joie et personne ne peut dévier leur course. Ils nous entraînent dans leur sillage léger et près d’eux, la pesanteur des jours entre en perspective. Ingénument, ils pastellisent le décor et nous emportent à contre-courant. On s’accroche à leur sourire et l’absurdité du quotidien s’estompe. Parce que près d’eux, la vie touche au sublime et le cœur palpite. Pour les entendre rire, on se surprend à chanter, danser, faire des bulles. On installe crânement une petite piscine gonflable dans la cuisine du HLM et on y met des poissons de toutes les couleurs.

Myriam Monsonego, crédit : Famille Monsonego

Éclaboussés d’innocence, on leur chuchote à l’oreille des histoires de bonté et de douceur. Avec eux, la vie toute entière se saupoudre de sucre, on redécouvre les pépites de chocolat et les glaces à la vanille. Les cerises en guise de boucles d’oreilles. Les leçons, l’alphabet, les chansons. Les pinceaux et les crayons de couleur. Les tutus, les capes et les balançoires. Les robes qui tournent et les petits chaussons. Les parapluies grenouille et les parasols arc-en-ciel. Les papillons. Les pommes avec du miel.

Des anges, il en naît depuis toujours et tout autour du monde. A New York, à Jérusalem, à Bangkok, à Saïgon. A Addis-Abeba. Istanbul, Calcutta. Londres, Pékin, Paris. Gaston, Esther, Elie, Mireille. Roger, sans doute. Lucas, Pauline, Julie. Et à Toulouse est ainsi née Myriam. Petite fille rose dans une ville rose.

Une petite fille toute douce qui aime réchauffer ceux qui ont froid et réconcilier ceux qui se disputent. Le genre qui, comme les petits lutins du cordonnier du conte, se lève à l’aube pour offrir à ceux qu’elle aime la joie de trouver les corvées faites au matin, le ménage, la vaisselle, belle petite qui voudrait bien un jour être pharmacienne et vétérinaire, et même sage-femme, parce qu’elle n’imagine pas plus grand bonheur que d’assister la vie. Les trois, oui, pourquoi choisir toujours, et renoncer ?

Ces êtres de lumière sont sources de joie et personne ne peut dévier leur course.