C’est romantique d’être un révolutionnaire. Personnellement, tous les dix jours je me convaincs de ne pas aller au Chiapas rejoindre le Sous Commandant Marcos. Et Eric Cantona sera le premier d’accord quand je dis qu’être français c’est être révolutionnaire.

D’autant en dirons qu’être français aujourd’hui c’est être réactionnaire, et la photo ci-dessous nous montre que le visage du Paris libre et rebelle que citait NKM a bien changé, ou pas tant que cela : en temps de crise, les jupes raccourcissent et les murs se noircissent.

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Une dame commentant sur la dette algérienne à la France dans le métro parisien

Mais ceci n’est pas un commentaire sur la performance du Front National, ni un questionnement suspect de la citoyenne ci-dessus, absolument pas. J’aurais préféré…

Mes condoléances à Imad Ibn Ziaten (Marechal des Logis-chef 1er régiment de parachutistes), à Abel Chennouf, à Mohamed Legouad, à Jonathan Sandler, à Aryeh Sandler, à Gabriel Sandler, Myriam Monsonégo et toute ma sympathie à Loic Liber, aujourd’hui paralysé.

Mes condoléances à Emmanuel Riva, à Miriam Riva, à Dominique Sabrier, et à Alexandre Strens.

C’est officiel, à l’heure d’aujourd’hui la France et le Royaume Uni, ont les plus gros contingents de mercenaires en Syrie. Et conséquemment un des plus gros problèmes de réintégration du continent. Une ironie quand ce sont des jeunes citoyens, éduqués dans nos républiques qui deviennent des combattants ennemis, et que la société se retrouve à charge de « réintégrer ».

Est-ce que cette réintégration est possible ou même souhaitable une fois qu’on a fait un choix identitaire, politique et civilisationnel aussi drastique ?

Nous ne sommes pas dans un contexte national ou la réconciliation et les progrès politiques permettent de retrouver une semblance de normalité, mais dans un cadre ou une jeunesse a fait le choix de rompre avec son pays, pas dans le but d’avancer l’unité nationale comme dans une rébellion, ou même la révolution française, mais de professer une lutte « révolutionnaire » idéologique, dont le champ de bataille est autant la Syrie, que l’Afghanistan, que Montauban, que le sud-ouest Londonien.

Le rappeur Allemand Deso Dogg (Abu Talha Al Almani, Al Almani signifiant l’Allemand) s’est fait connaitre récemment en se convertissant à l’Islam, en encourageant les jeunes à la lutte armée et finalement en allant se battre et mourir pour les djihadistes d’ISIS en Syrie.

A regarder sa vidéo, il est difficile de considérer ce virement de cap comme autre chose que volontaire, conscient et enthousiaste. C’est un choix délibéré qui est fait.

Lorsque l’administration Hollande disait qu’il est invraisemblable que ces jeunes reviennent poursuivre leur lutte idéologique en France, on peut se demander si ils ont bien suivit l’actualité, ou les motivations des groupuscules que rejoignent ces jeunes.

L’Arabie Saoudite vient d’interdire à ses citoyens d’aller faire le djihad à l’étranger sous peine de prison, comble de l’ironie compte tenu des implications directes des Saoudiens en Syrie, mais les mercenaires saoudiens d’Al Qaeda ont montré à l’Arabie Saoudite ce qui arrive lorsqu’on encourage le djihad idéologique à des fins politiques.

Citer l’Arabie Saoudite comme exemple est rare, mais est-ce que c’est trop demander de pratiquer une vigilance à toute épreuve lorsque des citoyens européens sont identifiés, reviennent, et qui plus est sont connus des services de police ? Je ne sais pas si les meurtres de Bruxelles étaient évitables en tant que tels, mais c’est un précèdent tragique qui ne peut être ignoré, surtout que c’est un jeune Français qui est allé commettre des meurtres à l’étranger de surcroit.

Est-ce qu’on peut même réconcilier Mehdi Nemmouche avec la France ou Michael Adebolajo avec le Royaume Uni ?

Les sentiments exprimés par Adebolajo étaient sans équivoques, et l’ironie macabre est que dans le pays de ses parents ça soit Boko Haram qui massacre les populations civiles, pas l’infanterie britannique. Adebolajo n’a pas fait le djihad à l’étranger, ce qui fausse un peu la statistique mais revient fondamentalement au même.

La France et l’Angleterre ont les plus larges populations musulmanes d’Europe. Mais les deux pays ont une vision radicalement différente de l’intégration, de la citoyenneté, du multiculturalisme, de place du communautarisme dans la participation politique et de la liberté d’expression religieuse.

Pourtant ces deux mêmes pays sont les premiers pourvoyeurs de guerriers étrangers en Europe. On entend souvent parler des djihadistes américains, du home grown terror. Pourtant les Al Amriki (l’américain) sont bien moins nombreux dans les conflits djihadistes. Le volume de Al Fransi (le francais) et de Al Inglesi (l’anglais) est largement supérieur au nombre d’américains, même si ils n’ont pas le même profil que Anwar Al Awlaki.

Comment expliquer que deux pays très différents dans la manière dont ils intègrent leurs minorités religieuses, se retrouvent au même endroit en relation à leurs échecs ?

Peut-être que l’échec n’est pas simplement assimilationniste, après tout, oui le multiculturalisme amène son lot de problèmes et d’ajustements, mais c’est clairement une infime et infâme minorité qui commet des actes contre son pays, ses citoyens ou à l’étranger. Les émeutes des banlieues françaises et les tensions dans les villes du nord de l’Angleterre ont une base dans les inégalités sociales des quartiers d’immigration, et ce malgré la prétention des administrations de placer les causes dans l’obscurantisme des immigrés et de leurs enfants, qui ne fait qu’accroitre le malaise et la distanciation identitaire.

Mais ça n’est pas le moment de jouer au politicien et de chercher à attribuer le blâme, mais de savoir comment approcher ce phénomène et le mitiger dans la mesure où l’éradiquer est impossible, le gouvernement allemand avait retiré son passeport a Deso Dogg, ça ne l’a pas empêché de poursuivre ses ambitions.

D’abord on va arrêter de blâmer Dieudonné, c’est un peu lourd, et personnellement arrêter de crier à l’abus de droits de l’homme lors de la déportation d’imams ou autres chefs religieux qui encouragent la fracture et la violence dans des pays où ils immigrent.

Ficher et suivre régulièrement les citoyens qui opèrent dans ces groupes, cela peut sembler radical, mais on suit bien les délinquants juvéniles avec des moniteurs électroniques lorsqu’ils sont en conditionnelle, alors suivre les mouvements de gens dont le danger est établi et qui sont formés à la violence n’est certainement pas un abus d’autorité. C’est une minorité de jeunes qui choisissent de se radicaliser, et sur cette minorité formée ou non, une encore plus petite partie qui commet des actes de violence. Un grand nombre peut être accompagné et offert un suivi éducatif, ou une réinsertion professionnelle.

Ou tout simplement de prendre la ligne dure de l’Arabie Saoudite et de considérer la détention, puis la réintégration, ou plus encore légiférer que rejoindre un groupuscule extrémiste étranger, un qui est considéré comme un ennemi du pays, est en pratique une renonciation de citoyenneté. Ce qui est logique étant donné que c’est leur accès à l’Europe et à l’occident qui rend ces agents intéressants pour les réseaux terroristes et djihadistes internationaux.

Moi, citoyen lambda je peux me retrouver sur une no-fly list pour avoir hurlé « bombe ! » dans un avion, mais une personne connue des renseignements nationaux comme étant un terroriste potentiel n‘est pas immédiatement pris à part lors d’un déplacement a l’étranger ?

Les frontières de l’Europe sont libres, si Mehdi Nemmouche avait un moniteur au mollet, peut-être aurait-il été interpelé par Interpol avant la tuerie. On ne le saura jamais.

Je ne suis pas naïf, la police est composée de gens, les gens sont faillibles, et personne ne peut être partout à la fois. Mais ce phénomène prend une ampleur grave, et plus ce genre d’évènements arrivent plus ils sont glorifiés.

Le rappeur Booba c’était attiré les foudres de la presse, et des associations, lorsqu’il a fait un featuring sur Porsche Panamera, un morceau glorifiant Mohamed Merah (le couplet de Booba ne contenait pas de références à Merah, et il a depuis annulé son featuring et s’est distancé du groupe). Je n’avais jamais entendu parler de Deso Dogg avant non plus, je ne l’écoute toujours pas mais je suis sûr que sa popularité a dû monter en flèche sur les réseaux depuis.

C’est le moment de traiter cette question de manière sérieuse et juridique et de la dissocier des clichés habituels. Cette volonté de dire à chaque fois, les personnes qui ont fait ça ne représente pas le vrai Islam, le vrai Islam c’est les loukoums et la danse du ventre…Non. Que cela représente l’islam ou non n’est pas la question, le vrai problème est ce que nos gouvernements comptent faire de leurs citoyens qui vont suivre des groupuscules armés et sont une menace pour notre sécurité nationale. Point. Qu’ils soient Musulmans, ou ce qu’est le véritable l’Islam, le vrai de vrai, ne change rien aux fondamentaux.

Ca n’est pas non plus le moment de rendre la communauté responsable, en demandant à la communauté musulmane d’être vigilante. Je ne suis pas sûr que cette communauté existe. Il y’a des musulmans en France et des communautés de musulmans, mais une communauté musulmane ? J’en doute, et ça donne l’impression d’un monolithe culturel qui peut s’autogérer. C’est absolument faux. Et même individuellement, est ce qu’une mère irait dénoncer son fils ? Iriez-vous ? J’en doute autant que je doute de l’existence de cette mythique « communauté » musulmane.

Les gens seront vigilants, mais en appelant une communauté quel qu’elle soit à la vigilance, on appelle aussi à la vigilance, et donc à la suspicion, vis-à-vis de cette communauté.

J’attends du gouvernement un message clair, et une prise de décisions légales qui soit plus que de multiplier les effectifs de police en banlieue et dans les quartiers difficiles. Ça n’est pas facile, ce genre d’actions a des relents que certains ne manqueront pas d’exploiter, c’est pour cela qu’il faut légiférer, et adopter une politique unique et transparente a l’égard des citoyens dont les actions appellent a une responsabilité qu’ils ont prise et qu’ils doivent maintenant assumer.

P.S : le Sous Commandant Marcos n’est plus la tête de proue du mouvement révolutionnaire zapatiste au Chiapas. J’imagine que mes ambitions révolutionnaires devront attendre.