Cette année, Roch Hachana ne pouvait tomber à un meilleur moment. Depuis la résurgence d’actes antisémites graves, les juifs d’Europe, et de France en particulier, sont très partagés dans leurs raisons de partir ou de rester.

D’un côté, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu appelle les juifs d’Europe à rejoindre Israël, et de l’autre, les autorités françaises tentent de rassurer la communauté juive. Cette nouvelle année tombe donc à point pour faire l’examen de conscience traditionnel.

Le regain d’antisémitisme dans le monde en général rend plus urgent le besoin de comprendre où nous nous trouvons, comment nous y sommes arrivés, et comment continuer à partir d’ici.

Les mots « Roch Hachana » proviennent des mots hébreux « Roch Hachinoui », le début du changement. Outre les réunions familiales et la nourriture, les fêtes juives ont des significations profondes. Roch Hachana n’est pas simplement le début du calendrier hébraïque, elle est un symbole de renouveau. C’est là que nous commençons à nous examiner et à décider comment nous voulons nous améliorer.

Nous mangeons la tête de poisson ou d’agneau pour affirmer que nous voulons être à la tête et non à la queue, ce qui veut dire que nous voulons déterminer notre voie, et non pas suivre le troupeau aveuglément. Nous mangeons les grains de la grenade, où chaque grain est un désir que nous avons découvert en nous, et que nous voulons apprendre à utiliser pour le bien d’autrui et non pas égoïstement. Et nous mangeons la pomme, symbole du péché (l’égocentrisme), et nous l’adoucissons avec du miel, symbolise de notre apprentissage à utiliser cette tentation originelle de manière altruiste.

Le peuple d’Israël a inventé le précepte « Aime ton prochain comme toi-même », et l’a appliqué à différents niveaux, jusqu’à la destruction du Second Temple. Toutes nos fêtes représentent des étapes le long de la voie de transformation du mauvais penchant, l’égoïsme, vers l’altruisme, là où nous aimons nos prochains comme nous-mêmes.

Il est écrit dans la Michna et la Guemara (et dans d’innombrables autres textes) que la seule raison de la destruction du Second Temple a été la haine sans fondement. Autrement dit, lorsque l’égoïsme prend le dessus, nous tombons. Nous n’avons été fondés en tant que nation que lorsque nous avons fait le vœu d’ « être comme un seul homme dans un seul cœur ». Lorsque nous avons manqué à ce vœu nous avons été dispersés et exilés.

La promesse que nous avons reçue d’être une lumière pour les nations, est non moins importante que notre vœu d’union. Mais lorsque le lien entre nous est absent, quelle lumière pouvons-nous rayonner ? Lorsque nous sommes unis et que nous reflétons cette union, nous devenons une lumière pour les nations, et on ne peut pas nous libeller « fauteurs de guerre » puisque nous répandons l’union.

Aujourd’hui, le plus gros problème est la méfiance mondiale que nous voyons à tous les niveaux. Nos illusions se brisent l’une après l’autre. On ne peut pas faire confiance aux gouvernements, ni même à nos conjoints. En qui pouvons-nous donc avoir confiance ? Je vous épargne les exemples lamentables qui répondent à cette question rhétorique, mais il est évident que nous nous éloignons de plus en plus les uns des autres, en opposition à l’union et à l’amour fraternel qui sont tellement vitaux pour survivre dans un monde où chacun dépend de tous les autres.

Plus nous continuons sur cette lancée, plus la pression sur les juifs augmentera. Au fond, le monde se souvient qu’autrefois les juifs connaissaient le secret de bonnes relations humaines. Lorsque ce souvenir refait surface, il s’exprime par des accusations que nous sommes des fauteurs de guerre, des manipulateurs, et autres « compliments » qui font partie du jargon anti-juif.

Bien que nous soyons nous aussi déconnectés, c’est quand même nous qui pouvons et devons raviver notre unité. Aucune situation mondiale ou politique, aussi importante soit-elle, ne devrait mettre en péril l’unité des juifs. Il se peut que nous soyons encore  très loin de l’unité, mais nous reconnaissons tout au moins le caractère indispensable de cette valeur dénigrée à tort.

Ainsi, ce Roch Hachana est une merveilleuse occasion de vraiment  faire Rosh Hachinoui, et de commencer à transformer nos relations les uns envers les autres. Lorsque nous nous réunissons en famille et avec nos amis, faisons un point d’honneur de surmonter nos différences et de trouver le but commun de l’union. Et lorsque nous aurons fait cela, les malheurs mentionnés précédemment n’existeront plus, parce que si nous les regardons nous verrons qu’ils proviennent tous d’une et unique source, nos egos démesurés.

Cette année, répandons du miel sur nos gros égos, symbolisés par la pomme (en hébreu : tapouakh, du mot tafouakh [gonflé]), et adoucissons-les par l’unité. C’est tout ce dont nous avons besoin ; c’est tout ce dont le monde a besoin ; et c’est la clé de notre bonheur durable.