Vincent Nouzille est l’auteur de « Histoires secrètes, France-Israël, 1948-2018 », paru aux éditions Les Liens qui libèrent. Il revient sur la visite de Benjamin Netanyahou à Paris à l’occasion du lancement de la saison croisée France-Israël, sur la coopération technologique entre les deux pays et sur la manière dont la France tente de conserver son influence dans la région.

1) Benjamin Netanyahou a effectué sa troisième visite en France depuis l’élection d’Emmanuel Macron. Comment qualifier les relations entre les deux hommes ? 

Les relations entre les deux hommes sont bonnes. Emmanuel Macron avait pris soin, en juillet 2017, d’inviter Netanyahou à la commémoration de la rafle du Vel d’Hiv à Paris et avait eu des mots cordiaux à son égard, soulignant également qu’à ses yeux, l’antisionisme était une forme d’antisémitisme.

Le Premier ministre, vétéran de la politique, qui a déjà connu 3 présidents français avant Macron, était impressionné par l’intelligence et le leadership du nouveau président. Mais Netanyahou garde son cap. Depuis, la cordialité affichée a laissé place à la realpolitik et les sujets de discorde se sont multipliés, sur Jérusalem, l’accord iranien, les incidents de Gaza, la relance d’un processus de paix israélo-palestinien. Les deux hommes se parlent cash, mais le fossé se creuse entre eux.

2) Quels sont les relais d’influence de la France en Israël ? 

La capacité de la France d’influencer et de faire bouger les dirigeants israéliens est faible, car ceux-ci n’ont confiance, grosso modo, que dans les Américains, et encore plus avec l’administration Trump. Nicolas Sarkozy avait tenté de joué de son amitié avec Benjamin Netanyahou et pour Israël afin de lui donner des conseils, que ce soit pour geler la colonisation ou reprendre des discussions de paix. Benjamin Netanyahou n’en a jamais tenu compte et cela avait profondément vexé Nicolas Sarkozy, qui était déçu de son ami « Bibi ». Cela risque de se répéter avec Emmanuel Macron…

3) La saison France-Israël vient de s’ouvrir. Une large place sera faite à l’innovation technologique. Finalement, si la diplomatie française pèse moins en Israël sur les dossiers géostratégiques de la région, n’est-ce pas dans le domaine de l’innovation que la France doit concentrer ses efforts dans sa relation avec la start-up nation ? 

Sur le sujet de l’innovation, il y a un consensus entre les deux pays pour la promouvoir, cela ne fait pas doute et Emmanuel Macron joue cette carte. Globalement, les coopérations bilatérales se déroulent bien, que ce soit au plan économique, culturel, et même dans le domaine militaire et du renseignement. Mais la France ne va pas se contenter de cette relation bilatérale, aussi bonne soit-elle.

Elle a toujours une diplomatie et veut jouer un rôle dans les affaires du Proche et Moyen-Orient. Que ce soit sur l’Iran, le Liban, la Syrie, la prolifération, les alliances régionales, la France entend bien pousser ses positions et défendre ses intérêts, qui ne sont pas forcément totalement convergents avec ceux d’Israël. La France a perdu de son influence dans la région, mais elle n’y renonce pas !