Retour d’un séjour dans la « puissance occupante ».

Ce texte est la reprise et le complément d’un message sur Facebook envoyé de mon téléphone en Israël.

Je viens de terminer un séjour de 12 jours dans ce qu’il est désormais convenu d’appeler « la puissance occupante » (l’UNESCO dixit). J’ai le regret de devoir vous dire d’emblée que tout s’est très bien passé. J’ai pu voir des Israéliens, Juifs et Musulmans, se côtoyer sans qu’ils se livrent à des assauts verbaux ou physiques au sujet de leurs lieux saints respectifs et respectés. Je n’ai pas eu d’échos ici à propos des discussions qui ont dominé les séances de cette noble assemblée sise à Paris dont deux votes successifs ont décidé de réécrire l’Histoire dans le sens édicté par des puissances pétrolières devant lesquelles les représentants de nombreux pays occidentaux ont accepté de s’incliner (pour ne pas dire se coucher). Il paraît que cet organisme, dépendant de l’ONU, est censé s’occuper de culture. J’ignore quel degré celle-ci atteint dans les pays ayant voté pour les dites résolutions ou s’étant abstenus (dont hélas la France, « notre » France), mais je suis certain qu’ils ne doivent pas être très forts en histoire des religions, qu’il s’agisse d’ailleurs de judaïsme, de christianisme ou d’islam. Imaginez-vous que la dite « puissance occupante » (tout le monde aura reconnu sous ce vocable l’infréquentable État d’Israël) s’est mise en tête de donner d’étranges noms aux rues de ses villes indûment occupées. Par exemple King David, King Solomon, Eliyahou hanavi, etc. Même les villes, ils les ont affublées de noms bizarres provenant, semblerait-il d’un livre soi-disant plus ancien que le Coran lui-même, qu’ils appellent LE LIVRE, la Bible. Ainsi retrouvons-nous des milliers de lieux-dits aux noms improbables : Jérusalem, Tibériade, Safed, Hébron, Bethléem, Jéricho, Ein Guédi, etc. etc. Mieux encore, la « puissance occupante » va jusqu’à prétendre qu’un certain mur dit « occidental » ferait partie de la muraille d’enceinte du Temple imaginaire inventé par les Juifs, bâti par un certain roi Salomon, détruit par un certain Nabuchodonosor, rebâti par un dénommé Ezra et sa clique, détruit à nouveau par un certain Titus, et sur les ruines duquel s’élèvent aujourd’hui deux mosquées magnifiques.

Durant mon séjour, j’ai même vu des Juifs, se réclamant d’un texte soi-disant tri millénaire, construire des cabanes pour rappeler le séjour de leurs incertains ancêtres dans le désert du Sinaï à leur sortie d’un prétendu esclavage en Égypte. Tout cela relève de la pure imagination puisque l’UNESCO, dans sa sagesse, a décidé une bonne fois pour toutes que les Juifs (et donc les Chrétiens) n’avaient aucune légitimité sur les lieux saints qu’ils ont toujours révérés et que ce n’est que la terminologie de l’islam qui devrait désormais s’appliquer à ces morceaux de terre « sainte ». Foin de l’esplanade du Temple, vive l’esplanade des mosquées, al-Ḥaram aš-Šarīf signifiant « Noble Sanctuaire » ! Je me demande sérieusement qui, à l’avenir, sera garant de l’histoire de l’humanité si une haute instance culturelle internationale laisse ainsi se déliter le patrimoine plusieurs fois millénaire des peuples au détriment de visées bassement politiques. Esprit, es-tu là ? Revenez vite vous, nos patriarches, et toi Moïse, et vous aussi Isaïe, Jérémie, Ézéchiel, et toi Jésus « INRI » (Jesus Nazarethus Rex Judaei) crucifié en tant que « Jésus de Nazareth, roi des Juifs ». Revenez, vous les grands du Talmud qui avez éclairé les hommes de vos discours sur la loi, la morale, la spiritualité. Revenez tous rafraîchir les mémoires défaillantes de nos pseudos responsables de la culture universelle.
Et vous, mes amis, Juifs, Chrétiens et Musulmans, venez nombreux visiter cette belle terre que j’ai la faiblesse de continuer à appeler ISRAËL !

Mais vous le savez tous, il n’y a que l’UNESCO pour l’ignorer, vous savez que l’Etat d’Israël existe depuis 68 ans, qu’il s’est bâti sur une terre que des Juifs ont toujours habitée, vers laquelle ils se sont toujours tournés pour prier, dont ils ont formulé le vœu d’y retourner chaque année à Pâque en concluant la Haggada (le récit de la sortie d’Egypte) par la phrase mythique : l’an prochain à Jérusalem. Vous connaissez les paroles de l’hymne national israélien, l’Hatikvah, l’espérance : Aussi longtemps qu’au fond d’un cœur / Vibrera une âme juive / Et que vers les confins de l’Orient / Un œil contemplera Sion, / Notre espoir ne sera pas perdu, / Cette espérance deux fois millénaire / D’être un peuple libre sur notre terre, / La terre de Sion et de Jérusalem. Vous savez aussi qu’au moment de conclure la cérémonie du mariage, le couple brise un verre en prononçant les fameux versets du psaume (137:5-6) : אם אשכחך ירושלים תשכח ימיני, תדבק לשוני לחכי אם לא אזכרכי, אם לא אעלה את ירושלים על ראש שמחתי, « Si je t’oublie Jérusalem, que ma droite m’oublie ; que ma langue se colle à mon palais si je ne t’évoque pas, si je n’élève pas Jérusalem jusqu’au sommet de ma joie ! »

Tout cela est d’une telle évidence qu’on reste sidéré devant l’aveuglement de l’UNESCO, « Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture » (en anglais United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization) qui s’est livrée par deux fois à un vote aussi régressif vis-à-vis de la réalité historique de Jérusalem. Outre le fait que, ce faisant, cette institution s’est définitivement décrédibilisée aux yeux des nations, il y a la marque de la résurgence, 71 ans après la Shoah, d’un antisémitisme qui s’identifie à un antisionisme primaire, lequel, loin de faire avancer la paix dans la région, donne des armes virtuelles aux mains des organisations terroristes dont le seul but est la destruction de l’Etat d’Israël, se souciant fort peu, par ailleurs, du bien-être des populations palestiniennes réduites à une misère d’autant plus scandaleuse que les fonds versés généreusement par les nations occidentales pour le développement et l’éducation à Gaza, entre autres, sont détournés de leur objectif au profit d’une minorité d’accapareurs belliqueux.

Ce que j’ai vu en Israël est tellement loin de la description désastreuse et univoque qu’en proposent certains médias que je me demande si nous parlons du même pays. Puisse cette nouvelle année juive qui vient de s’ouvrir (dont le chiffre comporte un 5, comme les livres de la Torah, et trois 7, comme les jours de la création – 5777) apporter un peu plus de jugement et un peu moins de partialité dans les rangs des grandes organisations internationales qui ont à se prononcer régulièrement sur la situation au Proche-Orient, lequel n’est pour l’instant ni proche de leur cœur, ni orienté (au sens étymologique de ce verbe).

Shabbath shalom  à tous et à chacun ! Bien amicalement, Daniel Farhi.