Rencontre avec Uri Savir, négociateur en chef des accords d’Oslo, fondateur du mouvement YaLa-Young Leaders يالا-يا قادة الشباب יאללה-מנהיגים צעירים et Monsieur Paix au Moyen-Orient

YaLa Young Leaders est un mouvement pacifiste de jeunes leaders du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord (MENA) qui a pour objectif d’amener dialogue et changement dans la région.

Crée en 2011, le groupe « YaLa Young Leaders »  regroupe aujourd’hui sur sa page Facebook presque 1 million de personnes à travers le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. La majorité des membres sont Israéliens et Palestiniens et ce sont déjà presque 2 000 personnes de toute la région qui ont participé aux différentes formations en ligne proposées sur le site « YaLa Accademy ». Et la communauté n’en finit pas de s’agrandir.

L’idée de YaLa est venue à Uri Savir dans ce même café ou il me reçoit pour cette interview. Cette idée, elle s’est imposée à lui il y a un peu plus de trois ans, à l’époque de la révolution égyptienne. Depuis quelque temps déjà, il réfléchissait à un nouveau moyen de mobiliser la jeunesse du Moyen-Orient vers une paix qu’il espère depuis son plus jeune âge.

Cette envie et ce besoin de faire la paix avec ses voisins dit-il, lui ont été transmis par son père qui était lui-même diplomate israélien. Car la paix est bel et bien le combat et le rêve d’Uri Savir.  Il s’y est toujours consacré, et il affirme qu’il s’y consacrera jusqu’à la fin de sa vie.

On le croit volontiers ne serait-ce qu’au regard de son parcours : diplômé en Relations Internationales, Ambassadeur, négociateur en chef des accords d’Oslo, auteur des livres «Le procédé : les 1 100 jours qui ont changé le Moyen Orient » et  « La paix d’abord : un nouveau modèle pour mettre fin à la guerre ».

Il est également le fondateur et directeur du « Centre  Peres pour la paix » et écrit régulièrement des articles pour des journaux tels qu’Al-Monitor, The pulse of the Middle-East, le Huffington Post et Maariv.

Il y a maintenant 5 ans, il commence donc à réfléchir à un moyen de faire la paix indépendamment des politiciens dont les actions lui semblent insatisfaisantes. C’est pendant la révolution égyptienne qu’Uri Savir réalise à quel point la jeunesse d’un pays peut se mobiliser grâce à Internet. Il y trouve un moyen de communiquer, mais surtout de faire communiquer entre eux les jeunes, nouveau souffle et nouvel espoir du Moyen Orient.  Il décide de s’associer avec un partenaire palestinien : « Yala Palestine » et de travailler avec des jeunes qui comprennent Internet et le monde de Facebook. YaLa Young Leaders est née !

« YaLa est une industrie d’espoir »

Que représente YaLa pour Uri Savir ? C’est une opportunité qu’il veut donner aux jeunes de faire la paix entre eux car il estime qu’actuellement, il y a peu de gouvernements assez courageux pour s’engager réellement  dans un processus de paix.

« Ce n’est pas facile, c’est une lutte, mais  elle est nécessaire, vitale ! Il faut d’abord redonner l’espoir à chacun dans son pays, puis dans toute la région. Il faut  humaniser l’autre côté ! » affirme-t-il avec beaucoup de conviction. Et c’est bien l’un des objectifs réalisés par les différents programmes proposés par la YaLa Accademy : formation au journalisme citoyen, programme d’études de la paix, blogs… mais aussi et surtout des rencontres au-delà des frontières dans une région du monde où il est difficile de se rendre visite d’un pays à l’autre.

Grâce à Internet, les jeunes du MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord) ont aujourd’hui la possibilité de communiquer et d’échanger, de réaliser qu’ils ont en fait des objectifs communs : accéder à une meilleure éducation, à une bonne situation professionnelle et aux mêmes droits.

C’est ce qu’Uri Savir avait lui-même comprit lors de ses années de négociations avec les dirigeants palestiniens : « Lors de ces longues heures de négociations, j’ai réalisé que nous avions les mêmes peurs, les mêmes traumatismes, mais aussi les mêmes espérances. » Ces objectifs ne peuvent être atteints lorsqu’il y a la guerre. YaLa est donc « une industrie d’espoir proposée à la jeune génération qui a le droit de vivre en paix. »

« Passion et patience : deux ingrédients pour faire la paix »

J’ai demandé à Uri Savir s’il y avait une recette pour la paix dont il pourrait faire profiter les membres du programme. Selon lui, il y a deux ingrédients essentiels : « la passion et la patience ».

L’un des problèmes majeurs de cette région est qu’elle regroupe une minorité de fanatiques, moins  nombreux mais souvent plus passionnée et plus impliquée dans la vie politique que la majorité plus modérée, souvent moins passionnée, alors que c’est cette majorité qui devrait être la plus représentée. Selon lui, ce sont les plus modérés qui sont aussi les plus nombreux et qui doivent s’engager plus activement. Grâce à YaLa Young Leaders, Uri Savir voudrait amener cette majorité à s’impliquer d’avantage.

Un dernier message pour nous, les jeunes leaders de demain ? « La paix est un besoin vital et nous avons besoin de vous pour la faire ! »

Aujourd’hui, YaLa fête ses 5 ans ! A cette occasion, une conférence est en ligne aura lieu tout au long de la journée.