Texte anglais en ligne sur le site Jewishvirtuallibrary.org. Traduction française : Menahem R. Macina (avec l’autorisation du Dr Mitchell Bard)

Les mots et phrases mis entre crochets carrés, sont des commentaires de l’auteur de la version française. Les mots et segments de texte en italiques sont le fait de l’auteur de la version française, ils ont pour but d’attirer plus spécialement l’attention du lecteur sur l’état d’esprit qu’ils connotent.

La lettre suivante, adressée par le délégué apostolique à Washington, l’archevêque A.G. Cicognani, à l’envoyé spécial du président Roosevelt au Vatican, l’ambassadeur Myron Taylor, explique que la volonté du pape d’aider à sauver 4.000 enfants slovaques et de les amener en Palestine ne doit pas être interprétée comme un soutien à la création d’un État juif dans ce pays.

DÉLÉGATION APOSTOLIQUE
ÉTATS-UNIS D’AMÉRIQUE
3339 Massachusetts Avenue
Washington DC. n ° 219/43

22 juin 1943

Votre Excellence,

En référence à notre conversation d’il y a quelques jours, je tiens à présenter à l’examen et à l’attention de votre Excellence les points suivants se rapportant à la situation en Palestine.

Le Saint-Siège a, malgré de graves difficultés, constamment fait preuve d’un profond intérêt et de préoccupation à l’égard des « non-aryens » [les juifs]. Cela ressort clairement de l’action récente entreprise en faveur des jeunes juifs et des nourrissons internés en Slovaquie pour empêcher leur départ de cette République.

L’aide du Saint-Siège a récemment été engagée pour aider à l’élimination des difficultés, de sorte que les enfants juifs puissent être transférés en Palestine. Leur immigration en provenance des pays européens a été autorisée par le présent gouvernement britannique.

Bien que le Saint-Siège soit profondément intéressé au bien-être de ces enfants, il semble opportun de rappeler à cette occasion la question générale du « Foyer Juif » en Palestine. Depuis 1917, époque où la question s’est posée en premier, le Saint-Siège a fait connaître sa position sur ce point et l’a réitérée dans plusieurs documents officiels.

En 1919, Sa Sainteté le Pape Benoît IV [sic, en fait ‘Benoît XV’], s’adressant à un consistoire des cardinaux, a mentionné la grande sollicitude dont les papes ont fait preuve pour la conservation des lieux vénérables et saints de Palestine. Pendant des années, ils ont tout fait pour les empêcher de tomber aux mains des infidèles [[1]]. Maintenant que leur possession a été assurée, ils doivent être protégés et renforcés. Si la puissance des infidèles en Palestine augmente, les monuments seront à nouveau en danger. (A.A.S. Vol. XI, p 100).

Le 13 Juin 1921, le même Souverain Pontife a souligné que, bien qu’il ne veuille pas empiéter sur les droits du peuple juif, il ne désirait pas non plus porter préjudice de quelque manière que ce soit aux droits des chrétiens en Palestine. (A.A.S. Vol. XIII, page 283). La position de l’Église a été énoncée dans un « Aide- Mémoire » destiné au Conseil de la Société des Nations, le 4 juin 1922. Une copie en est jointe à la présente lettre. Il y a aussi une copie d’une lettre du cardinal Gasparri en date du 6 mars 1922.

Dans cette question, deux points doivent être pris en considération. La première concerne les lieux saints (par exemple, la basilique du Saint-Sépulcre, Bethléem, etc.). Les catholiques se réjouissent de certains droits concernant ces lieux et il est juste que leurs droits soient reconnus et respectés. Des assurances formelles réitérées que ces droits seront respectés sont toujours nécessaires et seront à nouveau nécessaires après la guerre actuelle [celle de 1914-1918]

Le deuxième point concerne la Palestine elle-même. Les catholiques du monde entier sont pieusement attachés à ce pays, car il a été sanctifié par la présence du Rédempteur et est considéré comme le berceau du christianisme. Si la plus grande partie de la Palestine est donnée au peuple juif, ce serait un coup sévère porté à l’attachement religieux des catholiques à cette terre. Le fait que le peuple juif soit majoritaire constituerait une perturbation de l’exercice pacifique de ces droits en la Terre Sainte déjà acquis par les catholiques.

Il est vrai qu’il fut un temps où la Palestine était habitée par la race hébraïque, mais il n’y a pas d’axiome dans l’histoire démontrant qu’un peuple doive revenir dans un pays qu’il a quitté dix-neuf siècles auparavant.

Si l’on souhaite un « Foyer Juif », il ne sera pas bien difficile de trouver un territoire plus approprié que la Palestine. Une augmentation de la population juive causerait de nouveaux problèmes internationaux graves. Les catholiques du monde entier seraient affectés. Le Saint-Siège serait attristé, et à juste titre, par une telle initiative, car elle ne serait pas conforme à l’assistance caritative que les non-ariens [sic] ont reçue et continueront de recevoir du Vatican.

Je suis convaincu que sur la base des points évoqués, Votre Excellence appréciera la position du Saint-Siège dans cette affaire.

Avec mes sentiments d’estime et mes meilleurs souhaits, je reste

Très sincèrement vôtre,
(Signé) A. G. Cicognani.
Archevêque de Laodicée

Délégué apostolique.

[1] « Étymologiquement, infidèle signifie d’abord : qui n’a pas la foi. Par extension, ce fut le qualificatif appliqué aux non-croyants d’une religion par les fidèles de celle-ci… » (Article « Infidèle » de Wikipédia).Note de l’éditeur de la version française.