La réforme des statuts du Consistoire Central et du Consistoire de Paris a été rejetée dimanche 29 novembre par l’assemblée générale du Consistoire de Paris, ce qui met fin à un projet qui requérait l’assentiment des deux institutions.

L’un des points-clés de la réforme, avec une gouvernance et un président uniques aux deux institutions, était notamment de supprimer l’élection directe des administrateurs du Consistoire de Paris par ses adhérents. Elle lui substituait un système de grands électeurs issus des élus de chaque communauté francilienne. Ces grands électeurs, avec leurs homologues issus des Consistoires de province, auraient alors désigné à parité les membres de chaque conseil des deux institutions.

En refusant ce projet, les adhérents du Consistoire de Paris ont entendu conserver un droit essentiel que leur offre les statuts actuels : le contrôle des administrateurs, qui passe, tous les quatre ans, par une élection générale et directe, et rend possible un véritable débat démocratique. Elle permet de juger l’action de l’équipe en place et de choisir directement celles et ceux qui administreront le Consistoire de Paris.

Il n’est à cet égard pas indifférent de noter que la réforme globale rejetée par le Consistoire de Paris avait été adoptée le même jour à une majorité quasi-plébiscitaire par les grand électeurs du Consistoire central présents, eux-mêmes élus par les adhérents des Consistoires régionaux (Paris et province).
Cela a offert la démonstration de ce que nous dénoncions : un collège de grands électeurs est toujours plus prompt, pour des raisons que la sociologie politique et le bon sens ont établi depuis bien longtemps, à suivre ce que le pouvoir en place souhaite au détriment de ce à quoi la collectivité aspire.

L’originalité du judaïsme français, par rapport à de très nombreux pays, est d’avoir réussi à réunir de nombreuses sensibilités sous la bannière d’un Consistoire respectueux de la loi juive et des traditions, les juifs de France venant comme ils sont dans nos synagogues.

Certains sont pratiquants, d’autres le sont moins, certains sont de sensibilité traditionnaliste, orthodoxe, haredi, loubavitch, massorti, libérale, ou même laïque. Tous ont individuellement leur place dans la maison commune consistoriale, qu’ils soient des fidèles réguliers au sein d’une communauté particulière ou simplement parce qu’ils veulent signifier leur appartenance à la communauté juive à l’occasion des grandes fêtes ou des rites de passage que constituent une brith mila, une bat ou bar mitsvah, un mariage ou l’accompagnement d’un décès.

Avec le maintien du système actuel, tous ces juifs, dès lors qu’ils adhèrent au Consistoire de Paris, pourront continuer à élire directement ses administrateurs et donc à influer sur ses orientation futures.

Faire évoluer l’institution consistoriale pour lui permettre d’affronter les nombreux défis contemporains et de mieux répondre aux besoins cultuels et religieux des juifs franciliens et français est une nécessité. Rationaliser de manière harmonieuse et équilibrée l’action des consistoires régionaux (Paris compris) et du Consistoire Central en est une autre.

Mais il ne saurait être question d’accepter l’idée que l’adversité à laquelle nous devons faire face exige de centraliser toujours davantage le pouvoir. Pas plus que celle, développée par le président du Consistoire, selon laquelle notre action viserait à « gérer la décroissance » de la communauté juive en France.

Libérons au contraire les initiatives, encourageons la créativité et multiplions les raisons d’espérer autour d’une institution qui, plutôt que de chercher à asseoir l’autorité de ses dirigeants, visera en priorité à déployer son énergie pour mieux répondre aux besoins de nos fidèles.

Nos missions sont en effet clairement définies. Faire mieux pour la défense des libertés religieuses (abattage rituel, circoncision, carrés juifs dans les cimetières, etc.) et sur la cacherout, le talmud torah, la formation initiale et permanente des rabbins, le Beth din, le statut personnel, l’accueil renforcé des fidèles autour de tous les moments-clés de la vie juive et le renforcement du lien social et communautaire.

Nous devons également rompre avec l’insularité géographique du Consistoire et de notre communauté et les replacer au centre du judaïsme mondial. Renforcer les liens institutionnels, intellectuels et religieux avec les grandes communautés juives d’Israël, d’Amérique et d’Europe est une nécessité. Pour nous inspirer de leurs réussites et de leurs idées, mais aussi pour leur faire connaître nos succès, la force de notre engagement ainsi que l’originalité et la pertinence du modèle consistorial.

Avec de nombreuses personnes qui partagent ces priorités, c’est à ces chantiers qui nécessitent un large débat, que j’entends pour ma part me consacrer.