L’antisémitisme est une épine dans le pied des autorités musulmanes

L’antisémitisme virulent est sans doute la partie émergée de l’iceberg islamiste … et la profession de foi la plus assumée, et la plus révoltante, de l’islam de France.

Soufiane Zitouni, un ancien prof de philo au lycée Averroés de Lille, a dénoncé dans Libération (6 février 2015) le « double-jeu » de cet établissement musulman sous contrat avec l’Etat, qui serait selon lui présentable et républicain d’un côté, pernicieux et islamiste de l’autre. « L’antisémitisme y est récurrent et obsessionnel » avoue-t-il avant de reconnaître que le seul mot de ‘’juif’’ est devenu, pour les élèves comme pour les enseignants, « un signifiant qui pose problème », symbole à lui seul de tous les ennemis de l’islam.

Les postures, souvent victimaires (« L’islam est agressé de toutes parts»), rejettent toute remise en question et débat interne, mais la haine des juifs est souvent perçue comme un ferment d’unité et de réconciliation.

Quand, au dernier congrès de l’UOIF (Union des organisations islamiques de France) en avril 2014, Hani Ramadan, prédicateur islamiste et frère de Tariq Ramadan, dit que « tout le malheur vient des juifs qui n’ont qu’une idée en tête, concrétiser le rêve du grand Israël », il est frénétiquement applaudi par l’assistance. « La barbarie sioniste » est la cause de toutes les catastrophes dans le monde, poursuit-il (Figarovox, 23 avril 2014). Contre les « manigances internationales du pouvoir sioniste » le seul rempart est l’islam et ses défenseurs, a-t-on entendu.

Sur de nombreux autres sujets, la position des autorités musulmanes est tout aussi décevante et bivalente.

Le CFCM, créé en 2003, est vivement critiqué pour ses querelles intestines, son immobilisme, son absence de réelle représentativité. Bernard Godard, attaché au ministère de l’Intérieur, et auteur de ‘’La question musulmane en France’’ (Fayard, 2015) le qualifie même de « naufragé » ou encore « d’impossible » (l’Express, 6 février 2015). L’UOIF se distingue par une tactique déconcertante qui alterne avec minutie discours rassurants et manœuvres condamnables.

Amar Lasfar, recteur de la mosquée de Lille-Sud et président de l’UOIF, réfute toute accusation d’extrémisme qui met, selon lui, « de l’huile sur le feu. » Il n’appartient à personne, soutient-il en substance, de définir la frontière politiquement correcte du radicalisme (La Voix du Nord, 4 juin 2014). L’extrémisme est un faux débat dit le recteur Lasfar : « Toutes les religions ont en leur sein des extrémistes. »

Cependant, à ce jour, l’UOIF n’a toujours pas condamné le jihad en Syrie indique Michèle Tribalat, démographe et spécialiste de l’immigration. Au contraire, une certaine forme de sacrifice individuel est mise en avant : «Ce n’est pas mal de se rendre en Syrie pour accomplir l’aide humanitaire et au niveau de sa personne » a-t-on dit au 31ème Congrès de l’UOIF au Bourget (avril 2014).

« Les représentants réels ou supposés de l’islam de France, nous dit Haoues Seniguer (chercheur au Groupe de recherches et d’études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient – Gremmo – et enseignant à l’IEP de Lyon), sont extrêmement gênés par rapport à [cette] question [du jihad] et, plus globalement, sur le dossier syrien. (…) Quant à la Grande Mosquée de Paris et le Conseil français du culte musulman, je n’ai pas lu ou entendu de déclaration forte dans le sens d’une condamnation »

« C’est un risque, car ce silence peut apparaître complice » insiste le chercheur compte tenu de « la proximité idéologique entre les Frères musulmans et les membres de l’UOIF. » Une proximité qui ressemble à une inacceptable complaisance.

Des collaborateurs de l’UOIF comme Youssef al-Qaradawi et Issam al-Bachir, ont signé un appel de cent sept personnalités arabes le 7 février 2012. Cette déclaration se dit favorable à une implication militaire de la part des musulmans du monde aux côtés des rebelles jihadistes (Figaro Vox 22 avril 2014).

Au cours d’un autre congrès au Bourget de l’UOIF, en février 2013, l’invité d’honneur saoudien, Mohamed Al-Arifi, antisémite notoire régulièrement bienvenu dans de nombreuses mosquées de France, a qualifié Ben Laden, chef historique d’Al-Qaïda, de ‘’cheikh’’ c’est-à-dire de docteur de la loi islamique. Dérapage que la presse arabe, comme Al Bawaba et Al Arabiya, a largement commenté.

« Une poussée radicale menace les mosquées françaises »

Il y aurait, d’après les statistiques du ministère de l’Intérieur, environ 2400 lieux de prière de confession musulmane sur le territoire national, dont 2052 en France métropolitaine. ‘’Probablement bien plus’’ disent d’autres sources non officielles. Un chiffre, en tout cas, qui a doublé depuis 15 ans.

On constate que ces lieux sont de moins en moins des salles discrètes mais des mosquées plus visibles dans le paysage urbain. (« Quel est le poids de l’islam en France », Le Monde, 21 janvier 2015).

60% de ces lieux de prière ne dépasseraient pas 100 mètres carrés, mais les projets de construction en cours (350 environ) développent les mosquées dites ‘’cathédrales’’, dotées pour certaines de minarets (moins de 1% pour l’instant). La question du financement étranger de ces grandes mosquées (au moins 50% en moyenne du financement total) est une préoccupation légitime

Celle de Strasbourg, par exemple, est financée pour moitié par le Maroc, le Koweït et l’Arabie Saoudite. « A Roissy-en-Brie, c’est le sultanat d’Oman qui a apporté 1,8 million d’euros, soit les deux tiers du budget ! À Marseille, le Qatar devrait apporter 25 % du financement » (Valeurs actuelles, 15 mai 2014).

Inaugurée en 2012, la mosquée de Saint-Etienne (1400 m2) serait la vitrine d’un ’’islam de France exemplaire’’ (Francetv info 6 février 2015). Le recteur de cette mosquée, Larbi Marchiche, a effectivement un discours très consensuel.  Aspirant à plus de visibilité et d’encadrement, il explique : « Regardez ceux qui posent problème aujourd’hui, à chaque fois ce sont des musulmans ! Mohamed Merah, les frères Kouachi… Qu’on le veuille ou non, ils sont de chez nous ! » C’est pourquoi, dit-il, nous devons nous adresser aux enfants qui voient dans l’imam une « image d’autorité (… nous devons) leur parler gentiment et essayer de les éloigner des extrêmes : la drogue, la délinquance, la violence. »  

En réalité, cette mosquée ‘’cinq étoiles’’ est entièrement la propriété du roi du Maroc qui, via son ministère des Affaires islamiques qui octroie une subvention annuelle de 600 000 euros, a une main mise quasi exclusive sur l’établissement et ses ouailles. Dans quelle mesure l’État républicain contrôle-t-il vraiment ce qui sy passe ?

Une « poussée radicale menace les mosquées françaises » apprend-t-on dans le Figaro (20 février 2015). Loin d’être exemplaires, certains lieux de culte seraient « adeptes d’un islam rigoriste. » Nullement disposés à pactiser avec la République, ils chercheraient même à déstabiliser les centres de prière plus modérés.

« Il faut combattre le discours des Frères musulmans qui se répand dans les banlieues », a répété Manuel Valls. « Une religion ne peut pas imposer son discours dans nos cités » (Europe1, 9 février 2015). C’est pourtant ce qui se passe quotidiennement. Et le phénomène prend visiblement de l’ampleur.

« Selon un dernier bilan du ministère de l’Intérieur, 89 lieux de culte sont déjà sous influence salafiste (contre 44 en 2010) et 41 font l’objet d’entrisme. Dans ces véritables « viviers de combattants », on y enseigne l’embrigadement, la rupture avec le reste de la société ‘’impie’’, une définition stricte du ‘’licite et non-licite’’.

Il y aurait 25 mosquées salafistes en région parisienne, 22 dans la région lyonnaise et 13 à Marseille (RTL, 17 février 2015). « Le phénomène s’étend aux villes moyennes comme Vitrolles, Alès ou Brest. »

A Alès (Gard), il s’agit d’un local associatif situé dans la zone commerciale du Moulinet. Ce petit lieu de prière clandestin et ultra rigoriste né il y a tout juste un an, est présent sur les réseaux sociaux et dispose même d’une radio. Ce qui, probablement, lui permet d’essaimer les thèses fondamentalistes quoique « il n’y aurait pas d’incitation directe au jihad » (RTL, ibid).

L’histoire des deux derniers siècles a montré que l’héritage judéo-chrétien s’est fondu et même identifié à nos institutions et à nos lois. Si l’on prétend appartenir à la nation française, la moindre des choses est d’en respecter les valeurs dont, bien sûr, la laïcité.

Or, dans son dernier livre, ‘’L’islamisme raconté à ma fille’’ (mai 2014), le journaliste algérien Hamid Zanaz pense, avec raison, que les musulmans ont « un problème avec la laïcité. » Un rejet, affirme-t-il, qui ne serait pas le seul fait d’une minorité intégriste.

Rappelons-le en toute quiétude. Quelle que soit la réforme interne, dogmatique et hiérarchique, que devront accomplir tôt ou tard les musulmans, l’Etat a les cartes en mains, à lui de relever le défi. Une relation harmonieuse entre la République et l’islam dépend d’engagements mais aussi de garanties nécessaires, et réciproques.

« Cest reparti » s’esclaffe la prochaine une de Charlie Hebdo (n°1179) après cinq semaines de pause. C’est que l’humour mordant ne tient pas à lâcher prise. Dieu merci !

Source