Il est encore trop tôt pour procéder à une analyse sereine et approfondie du verdict rendu hier soir par un groupe de magistrats professionnels qui se doutaient bien des contestations naissantes à la lecture de leur verdict.

C’est pour cette raison qu’avant de se retirer pour un long délibéré, ils avaient prévenu qu’ils ne se laisseraient guider que par la lettre du droit et rien d’autre…

Cette remarque provenant de juristes rassis et très expérimentés laissait déjà entrevoir que la condamnation du terroriste dont je ne souhaite pas prononcer le nom ne serait pas totale ; car, en effet, fournir la preuve d’une complicité qui était tout sauf tangible, matérielle, mais qui a bel et bien existé, était chose impossible.

Apporter une telle preuve, à la fois matérielle et tangible relevait tout simplement de la quadrature du cercle. En revanche, tout un faisceau d’indices concordants prouvent que l’accusé n’était pas vraiment innocent. Il y a lettre de la loi mais il y a aussi son esprit…

Mais laissons là cette question débattue entre juristes accomplis (dont je ne suis pas) et concentrons nous sur les relations entre le terrorisme, les juges et les législations existantes.

J’ai maintes fois, ici même, cité cet adage latin repris au XIXe siècle par Hegel en personne : fiat justicia, pereat mundus : que la justice soit, le monde dût-il en périr. Un peu avant Hegel, son compatriote de Königsberg, Kant avait parlé des racines métaphysiques du droit.

En clair ; même si le monde n’existait pas, le droit ne requerrait pas de conditions d’existence car il est inhérent à un ordre éthique universel.

Vous me direz qu’on est à des années-lumière d’une bande de petits délinquants reconvertis dans le terrorisme islamiste. Mais tout de même la question se pose : peut-on juger de tels méfaits dans un cadre de lois républicaines où les bourreaux ont les mêmes droits, voire plus, que leurs victimes, qui se comptent, parfois, par centaines ?

En d’autres termes, la justice telle que l’avons aujourd’hui sous nos yeux et qui se trouve rendue en notre nom, est elle suffisante ? Est-elle opérante ?

J’hésite à répondre mais on peut deviner aisément ans quelle direction penche mon cœur. Les magistrats sont fondés à dire que la justice est froide, indépendante et n’a de compte à rendre qu’au code juridique.

Si elle exige des preuves en bonne et due forme, alors qu’elle sait pertinemment bien que les criminels se sont gardés d’agir ou de communiquer au grand jour, agit-elle vraiment dans le cadre de la loi ? Les criminels savent très bien exploiter les failles du système, lequel évolue avec le temps.

Ce qui rend les verdicts très relatifs, comme, d’ailleurs, toutes choses de ce bas monde. Les avocats des parties civiles ont relevé que si les criminels islamistes étaient jugés selon la législation d’aujourd’hui, les peines eussent été considérablement plus lourdes. Venons-en aux répercussions d’un tel verdict.

Il faut, par avance, dire que les magistrats ont agi en leur âme et conscience, qu’ils ont jugé selon leur intime conviction. Ce qui exclut tout reproche de partialité ou d’incompétence, voire d’insincérité. Mais voilà, la totalité des plaignants se disent insatisfaits de ce verdict.

La mère du premier soldat tué par l’assassin a fait preuve d’une grande dignité en exprimant ses réserves. Elle m’a bien impressionné par sa mesure mais aussi par l’étendue de sa douleur, de sa souffrance.

Insatisfaite de la justice des hommes elle a invoqué la justice divine qui, elle, ne se laisse tromper ni par l’éloquence des avocats des criminels ni par un comportement empreint d’une criminelle dissimulation.

Quand on songe que les deux frères communiquaient avec tout les monde mais jamais entre eux sur leurs sinistres projets, on discerne derrière cela une conscience éminemment malicieuse, comme si elle voulait effacer toute trace de ses crimes.

La dame dont je parlais supra est allée plus loin ; elle a dit que la France, i.e. ses autorités (politiques et judiciaires) faisaient preuve d’une grande naïveté, qu’elle n’avait pas à sa disposition les bonnes armes ou procédures adéquates pour affronter ce danger.

Il y a quelque temps, les pouvoirs publics répondaient par la voie judiciaire à ceux qui se plaignaient des territoires perdus de la République.

Hier, une dame, de religion musulmane, habitante des cités et ancienne travailleuse sociale dans les prisons, se plaignait de la mainmise d’islamistes sur le secteur scolaire. Elle a cité un enseignant d’une école publique, conduisant ses élèves à la mosquée le vendredi…

Elle a ajouté que les autorités n’agissaient pas contre ces conférenciers auto proclamés venus incendier les têtes fragiles des jeunes des banlieues.

Elle a aussi ridiculisé l’idée de faire venir des imams marocains en France pour calmer les esprits. Alors que cs derniers ne connaissent rien à la socio-culture de notre pays. Ce procès est le premier du genre. Il sera suivi, hélas, par beaucoup d’autres.

Il faut espérer qu’on tirera les leçons de cette première qui essuie les plâtres. Il ne faut pas que le fossé se creuse entre les magistrats et les citoyens. On ne peut pas exiger l’apport de preuves tangibles lorsque ces mêmes preuves sont «inappaortables» sous la forme requise, au seul motif que cette complicité, oubliée par le verdict, n’a pas été formellement établie…

La meilleure des solutions est que le parquet général fasse appel de cette décision. Une autre juridiction pourra défaire ce que la précédente a fait. Après tout, ce qu’une loi a fait, une autre peut le défaire.

C’est la seule façon de respecter l’institution judiciaire et de tenir compte de l’ordre public. Une justice ne saurait perdre la confiance du peuple au nom duquel elle est rendue…