En regardant au Grand Palais la plaquette consacrée à Netafim lors de la remarquable exposition des innovations auxquelles Israël doit son nom, désormais un cliché, de « start-up country », j’ai pensé au célébrissime discours où Pétain le 23 juin 1940, justifia la fin des combats… « Je hais les mensonges qui vous ont fait tant de mal… La terre, elle, ne ment pas ».

Il ne fallait pas être grand clerc pour comprendre que les Juifs figuraient en bon rang parmi les responsables visés par le Maréchal. Leur goût pour les raisonnements dialectiques « talmudiques », qui désagrègent les hiérarchies sociales, leur rôle dans une finance cosmopolite, antithèse du « terroir », tout cela avait déjà été résumé en 1936 à l’Assemblée Nationale par Xavier Vallat bouleversé à l’idée de voir « ce vieux pays gallo-romain » gouverné par le Juif Leon Blum. Savait-il que Rachi avait été vigneron ?

Les Juifs ne pouvaient rien connaitre à la terre. Elle leur avait été interdite depuis si longtemps que certains agriculteurs de la France « profonde », parmi ceux qui hébergèrent et sauvèrent des enfants juifs, furent surpris de découvrir que ceux-ci n’avaient pas les pieds fourchus qui auraient signé leur essence diabolique. Et dans l’Europe centrale qui a fourni les premiers militants sionistes, le contraste entre le paysan producteur et le Juif commerçant était d’une banale quotidienneté.

C’est pourquoi, la décision de l’Alliance Israélite de créer à Mikve Israël, près de Jaffa, une école moderne d’agriculture fut prémonitoire. Elle précéda l’engagement de Herzl, et aida les premiers établissements agricoles installés sur des terres dont personne ne voulait et où les Juifs apprirent peu à peu, en se confrontant à des défis considérables, à faire fleurir le désert.

Netafim, en inventant l’arrosage goutte à goutte, a révolutionné la gestion des ressources hydriques et de la productivité des récoltes. Elle livre ses produits dans plus d’une centaine de pays, dont certains, évidemment, autorisent voire soutiennent des campagnes BDS sur leur sol.

De toutes les inventions israéliennes, c’est probablement une de celle qui fut le plus utile à l’humanité car elle a joué un rôle dans la diminution de la faim dans le monde, événement majeur de notre temps. La firme continue d’innover et a été récemment rachetée en partie par une grande compagnie chimique mexicaine.

Ce n’est pas une start-up fondée par des geeks usagers d’un monde virtuel. Elle a commencé dans la «préhistoire », en 1965, quand un membre du kibboutz Hatzorim, près de Beersheba, remarqua un arbre situé près d’un tuyau d’irrigation troué d’où ne provenait qu’un filet d’eau et qui poussait mieux que ses congénères. Qualités d’observation, capacité à généraliser, volonté de faire mieux et souplesse d’organisation : les ingrédients du progrès n’ont guère changé.

Les kibboutzniks de Hatzorim sont les descendants des premiers pionniers en même temps que les précurseurs des inventeurs israéliens auxquels nous devons les premiers microprocesseurs modernes, les équipements de notre quotidien et les espoirs de notre avenir. Ils ont leur place au Panthéon des apports du judaisme à l’humanité, un peu plus en tout cas que les inventeurs du cerf-volant pour incendier les récoltes, apport sinistre du Hamas à l’écologie.

La théorie suivant laquelle les Juifs sont inaptes au travail de la glèbe, une des plus anciennement ancrées dans la mentalité chrétienne, était donc un mensonge. Mensonger également à double titre, ce discours de Pétain suivant lequel la terre, elle, ne mentait pas, car pour l’écrire, il avait évidemment eu recours à un « nègre ».

Or ce nègre était un Juif. Mais Emmanuel Berl, grand prosateur, cousin de Proust et de Bergson, n’a découvert qu’en 1942 la campagne française, qu’il avait glorifiée avec bien d’assurance deux ans avant.

Lui, l’admirateur du Maréchal, il dut s’y cacher, comme bien d’autres, pour échapper aux rafles. Revenu de son pacifisme d’avant guerre, il écrivait en 1968 que l’antisionisme était une forme d’antisémitisme et que l’Etat d’Israël était obligé d’être capable de ne compter que sur lui-même. Un intéressant progrès de lucidité…

Dr Richard PRASQUIER

Président du Keren Hayessod France
Source : Actualités Juives