Pour Yoav et les autres victimes

Chaque grand événement de la vie, annoncé ou soudain, apporte son lot de grandes émotions.

Qu’il s’agisse d’un événement extraordinaire, merveilleux comme un mariage, ou bien brutal et tragique comme un attentat, ou bien qu’il s’agisse d’évènement plus anodins, tels que le nouvel an, un examen critique, ou tout nouveau commencement…

Il est fréquent que dans de telles situations, nous prenions des grandes décisions, de grands engagements. On « prends sur soi » un changement. Ces décisions sont résolument sincères, nous sommes réellement bouleversés, et nous voulons que l’émotion que nous sommes en train de vivre garde un impact dans l’avenir.

Et pourtant, les résolutions prises ne tiennent souvent pas. La vie reprend son court, le train-train reprend ses droits, et rien ne change réellement.

Pourquoi en est-il ainsi ? Que faire pour que nos engagements tiennent sur la durée ? Que faire pour que nous n’ayons pas le sentiment que les événements ne servent à rien et que nous n’en prenons pas les leçons ?

Pour mieux comprendre, analysons le processus sous-jacent à ce phénomène.

Si les décisions que nous prenons ne tiennent pas, c’est justement et très précisément car elles sont prises sous le coup de l’émotion.

Or l’émotion diminue naturellement petit à petit, pour parfois disparaître totalement et n’être réactivée que ponctuellement. Elle s’effrite tout simplement parce qu’elle est liée à la mémoire de l’événement et c’est cette mémoire qui diminue progressivement. C’est d’ailleurs salutaire, naturel et positif qu’il en soit ainsi, parce que nous ne sommes pas capables de nous rappeler ni de tout ni avec la même intensité.

Ainsi, dès lors que l’émotion, cette motivation qui nous a poussé à la prise de décision s’est envolée, celle-ci ne tient plus.

Que faire ? Quelle est alors la bonne approche ?

Il est écrit dans la Torah, (Devarim 4,39) : « Et tu mettras אֶל-לְבָבֶךָ, sur ton cœur que Hachem, Lui est Dieu dans les cieux en haut..».

Étonnant ! Pourquoi « SUR » et non pas « DANS ton cœur » comme il semblerait plus judicieux?

L’émotion est du domaine de l’intérieur du cœur, DANS le cœur. Cependant, un élan émotionnel ne permet pas d’intellectualiser quoi que ce soit et est éphémère.

Le raisonnement intellectuel quant à lui n’engendre pas forcément un impact fort à lui seul, il ne permet pas toujours de passer à l’action. Il lui manque l’aspect émotionnel permettant la mise en mouvement.

C’est pourquoi la Torah nous explique comment parvenir à un processus durable et fiable :

En premier lieu, il faut poser les « paroles/choses… SUR notre cœur ». Il s’agit du travail d’intellectualisation, de rationalisation, de compréhension, d’intégration.

Puis dans un second temps, viendra une émotion, bouleversante, qui, en plus de nous mettre en mouvement, créera une brèche. Nos décisions pourront alors pénétrer et être gravées DANS notre cœur.

Et c’est cela qui permet la durée, le maintien d’une résolution sur le long terme. C’est la conjonction de ces deux étapes, de ces deux processus.

Il faut les deux, l’aspect intellectuel ET l’aspect émotionnel, pour parvenir à de réelles transformations de notre être, de nos vies.

Nous avons malheureusement eu l’occasion de remarquer que les événements tragiques que vit le peuple juif mènent toujours à une vague d’unité au sein du peuple, unité tellement bienfaitrice. Mais malheureusement, cette unité se fane après quelque temps et nous retombons dans les mêmes ornières.

Peut-être pouvons-nous donc nous inspirer de ces paroles, et commencer par faire ce travail d’intellectualisation et de compréhension de l’importance de l’unité du peuple juif.

Par notre réflexion, posons cette notion SUR notre cœur. Afin que petit à petit, elle nous pénètre, et perdure. Et que nous n’ayons plus besoin d’être réveillés par des événements tragiques pour parvenir à cette unité du peuple juif, « am e’had be LEV e’had » : un seul peuple avec un seul cœur.

Raphael