Quelques jours après le référendum exprimant la volonté du peuple du Royaume-Uni de sortir de l’Union Européenne, il est incontournable, au delà du choc et du mécontentement ressenti par les europhiles, d’engager une véritable réflexion quant à notre avenir européen.

L’histoire de la Construction européenne s’est déroulée en plusieurs étapes. Après guerre, les deux puissances mondiales dominantes, les Etats-Unis et l’URSS, marginalisent le Royaume-Uni sur la scène internationale. Ceci l’encourage bon gré, mal gré, à s’engager dans la construction européenne, en demandant formellement son adhésion à la CEE. Celle-ci est refusée dans un premier temps en 1961 par la France dirigée par le Général de Gaulle. Elle est finalement acceptée le 1er Janvier 1973 après un référendum en France. La CEE passe ainsi de six à neuf membres avec l’adhésion du Royaume-Uni, de l’Irlande et du Danemark.

Même si le Royaume-Uni s’est forgé une réputation de « moitié dedans, moitié dehors » en procédant toujours à une adhésion « à la carte », il a contribué à 12,2% du budget total de l’UE et permis des avancées majeures dans certains domaines, comme la politique de sécurité et de défense. En 1992, il ratifie le traité de Maastricht avec une clause qui le dispense toutefois d’adhérer à la monnaie commune.

Robert Schumann, ministre français des Affaires étrangères déclarait en 1950 en lançant le projet de construction de l’Europe :

« La paix mondiale ne saurait être sauvegardée sans des efforts créateurs à la mesure des dangers qui la menacent. […] L’Europe n’a pas été faite, nous avons eu la guerre. »

L’Europe a depuis la seconde guerre mondiale pu jouir de cette quiétude qu’elle n’avait pas connue jusque-là. La Communauté juive a bénéficié de cette paix et a pu surmonter les ravages de la seconde guerre mondiale. La Conférence des Rabbins Européens (CER), siégeant à Londres, a été fondée en 1956 par Sir Israël Brodie, Grand Rabbin du Royaume-Uni avec le soutien du Grand Rabbin de France, Jacob Kaplan et du Grand Rabbin d’Amsterdam Aharon Schuster.

Réunion au Bet Din de Londres

Réunion de travail avec le Grand Rabbin de France Haïm Korsia au Bet Din de Londres

La première conférence s’est déroulée à Amsterdam en 1957. Sa vocation première était alors de revitaliser les communautés juives d’Europe au lendemain de la Shoah.

Aujourd’hui, elle œuvre pour défendre, préserver et promouvoir la liberté religieuse des juifs en Europe. Elle est particulièrement impliquée dans la défense des Mitsvot fondamentales, comme la Che’hita (abattage rituel) et de la Brit Mila (circoncision) qui font actuellement l’objet de sévères critiques.

Le Royaume-Uni, représenté à Bruxelles et Strasbourg par 73 députés européens, était généralement favorable à la préservation des libertés religieuses et le manifestait dans les urnes. Qu’en sera-t-il demain ?

Face à l’augmentation des actes racistes et antisémites en Europe, la Commission européenne a récemment décidé de nommer une coordinatrice chargée de la lutte contre l’antisémitisme, Katharina von Schnurbein, qui coordonne cette lutte indispensable pour préserver un avenir pour les juifs en Europe.

Le Royaume-Uni n’est malheureusement pas épargné par l’antisémitisme. Selon l’agence britannique de lutte contre l’antisémitisme, 938 cas d’actes de haine envers la communauté juive ont été commis en 2015, soit une hausse de 25,7% par rapport à 2014 (746). Il s’agit là de la pire année jamais enregistrée dans ce domaine. N’a-t-on pas besoin d’une lutte coordonnée au niveau européen pour faire face à ce fléau ?

La montée des populismes qui affecte l’Europe, qui nous menace tous, ne méritait certainement pas cette réponse du Royaume-Uni. Ce dernier a certes choisi démocratiquement de s’isoler du continent, mais cette décision ne fait que renforcer l’assise des mouvements populistes, souvent peu enclins aux voies démocratiques et qui prônent toujours l’enfermement et l’exclusion.

Le manque de pédagogie des instances européennes, des états membres et de leurs dirigeants, comme le peu de ferveur des europhiles, ont certainement contribué à l’échec de ce référendum pour l’Europe. Aussi nous appartient-il aujourd’hui de mieux expliquer l’Europe et son apport à nos concitoyens pour prévenir tout mimétisme d’un autre état membre.