Nous allons trouver dans les trois prochaines sections la majorité des commandements donnés dans le Deutéronome.

Cette section commence par le mot « reeh » qui veut dire « regarde ». Le rav Munk explique pourquoi la Thora commence par ce mot : « Afin de bien comprendre le problème du libre arbitre, il est nécessaire que l’individu entrevoie sa propre conscience. Aussi la Thora commence-t-elle son exposé par le verbe « reeh » qui va plus loin que le verbe « chéma », car celui-ci ne transmet qu’une expression extérieure à l’homme; « reeh », par contre, ouvre l’accès à une interprétation intérieure à chacun. »

Parmi tous les commandements cités dans cette section, j’ai choisi de commenter le commandement d’annulation des dettes qui figure au chapitre 15.

Chap. 15 V. 1 à 2 :  » A la fin de sept années, tu institueras une remise. Et voici le sujet de la remise : tout créancier relâchera sa créance, et de ce qu’il aura prêté à son prochain, il ne pressera pas son prochain ou son frère, car a été proclamée une remise pour Hachem. »

« A la fin des sept ans ». Cette loi d’annulation des dettes peut avoir des conséquences sociales et économiques. Le Rav Hirsh écrivait qu’une des conséquences pouvait être  » l’abus de la part de débiteurs quelque peu astucieux ». Afin d’éviter ces dérives, Rav Hirsh ajoute qu’« un débiteur est censé faire tout son possible pour se libérer d’une dette contractée ; cependant des circonstances étrangères à sa volonté peuvent malgré tous ses efforts l’empêcher de s’acquitter de sa dette : maladie, accident, intempéries… C’est seulement en présence d’une bonne foi reconnue que la loi ordonne l’annulation des dettes après une période de six ans. »

Pour le Rav Hirsh, le débiteur « reste toujours moralement obligé de s’acquitter de sa dette et, en présence d’un « mauvais client », le créancier a toujours la faculté de disposer sa créance au tribunal qui se chargera de l’encaissement après examen de la situation ». Initiative due à Hillel.

En écrivant ces lignes je pense à la situation économique des instances dirigeantes du judaïsme. Auraient-elles le droit d’annuler leurs dettes au bout de six ans ? Font-elles partie de la catégorie des « mauvais clients » du Rav Hirsh ? Je vous laisse réfléchir à cela.

En lisant ce chapitre, un verset m’intrigue.

Chap. 15 V. 4 : « En vérité, il n’y aura pas chez toi d’indigent car Hachem te bénira assurément dans le pays que Hachem ton Dieu te donne en héritage pour en prendre possession, seulement si tu écoutes la voix de Hachem ton Dieu en gardant et accomplissant toute cette loi que je t’ordonne aujourd’hui. »

Si je comprends bien, il y a des pauvres en Israël car la population ne respecte pas assez les commandements. D’ailleurs Rachi nous explique que lorsque « vous exécuterez la volonté de Dieu, il y aura des pauvres chez les autres et non chez vous, et, quand vous n’exécuterez pas la volonté de Dieu, il y a aura des pauvres chez vous. »

Pour ceux qui suivent l’actualité sociale israélienne, il ne vous aura pas échappé qu’un très grand nombre de religieux orthodoxes vivent sous le seuil de pauvreté, tandis que les populations très laïques de Savion, Hertzliah Pitouah vivent très bien. Il est vrai qu’il est rare de voir les premiers travailler et les seconds étudier.

Ce chapitre traite de la richesse matérielle qui n’est pas contraire aux principes du judaïsme. Pour acquérir une certaine aisance financière il nous est demandé de travailler, ce que ne fait pas une grande partie de la communauté orthodoxe, préférant étudier et vivre des impôts des laïcs. Posons-nous une deuxième question : si toute la population ne se consacrait uniquement à l’étude, nous pouvons facilement imaginer l’état économique du pays.

Maintenant que nous savons qu’il y aura toujours des pauvres, regardons comment la Thora nous demande de nous comporter vis-à-vis de ces derniers.

Chap. 15 V. 7 à 8 :  » Lorsqu’il y aura chez toi un indigent, l’un de tes frères dans l’une de tes villes, sur la terre que Hachem ton Dieu te donne, tu n’endurciras pas ton coeur et ne fermeras pas ta main à ton frère indigent. Ouvrir, tu lui ouvriras ta main et tu lui prêteras assurément ce dont il a besoin. »

Pourquoi est-il écrit  » Tu n’endurciras pas…et ne fermeras pas. » Pour le Rav Feinstein, « la Thora (dans ce chapitre) s’adresse à deux catégories de personnes : celle qui hésite et n’arrive pas à donner : à celle-ci, Dieu dit : « Tu n’endurciras pas ton coeur » ; celle qui veut donner mais y renonce au dernier moment ; à celle-là, Dieu dit : Ne ferme pas ta main. »

Nous avons tous rencontré ces deux types de personnes mais il en existe une troisième qui prend plaisir à humilier le pauvre. Un exemple vécu dans une grande synagogue parisienne : faire venir une personne très âgée de l’autre côté de Paris, la faire attendre près d’une heure et lui donner (même pas dans une enveloppe) un billet de 20 euros en lui disant que « c’est assez pour s’acheter à manger « .

A ces personnes qui se moquent des pauvres j’espère qu’elles liront Rachi qui écrivait :  » L’homme qui est devant toi est ton frère l’indigent, et si tu ignores sa plainte, tu pourrais devenir son frère dans la pauvreté. »

Pour conclure, permettez-moi de citer Georges Gordon Byron qui nous disait en 1823 que « La pauvreté ne reçoit jamais de visite, si ce n’est de ceux qui viennent la rendre plus pauvre encore. »

Chabbat chalom à toutes et à tous