La semaine même ou l’accord des 5 +1 avec l’Iran était ratifié, levant les sanctions économiques imposées à l’Iran en échange d’une permission d’inspection d’une durée de dix ans, les foules scandaient « Mort à l’Amérique » à Téhéran.

Six mois plus tard, le ministre des affaires étrangères iranien Mohammad-Javad Zarif considéré comme un pragmatiste écrivait : «nous nous sommes définis une vocation globale… nous n’existons que par nos objectifs révolutionnaires… Nous avons un problème fondamental avec l’Occident, spécialement avec les États-Unis. C’est parce que nous sommes porteurs d’une mission qui a une dimension globale.» Et de fait, l’interventionnisme iranien n’a pas cessé en Irak, en Syrie, au Liban et au Yémen.

Plus encore, l’Iran coopère avec la Corée du Nord et s’est lancé dans des essais de missiles balistiques ayant des portées pouvant atteindre l’Europe. L’attaché de presse de la Maison-Blanche Josh Earnest a déclaré : “Nous étudions encore ces essais … afin de déterminer la meilleure réponse appropriée.” Aucun suivi n’a été fait par rapport à cette transgression iranienne.

Contrairement au passé, il y a maintenant des périodes au cours desquelles il n’y a pas de porte-avions américains dans le Golfe, signe du désintérêt patent des États-Unis de cette région du monde, quitte à ce que l’Iran y joue un plus grand rôle. La non-dépendance du pétrole proche-oriental y est certainement pour quelque chose. Cependant, les signes avant-coureurs étaient là : la passivité envers la révolte populaire iranienne en 2009 contrastée avec l’insistante exigence du départ du président égyptien Moubarak en 2011; la participation discrète au bombardement de la Libye également en 2011. Le non-respect de la promesse d’intervention si la Syrie dépassait la ligne rouge en usant d’armes chimiques.

Par ailleurs, les forces américaines se sont retirées trop tôt d’Irak, avant que l’état ne se stabilise et le retrait prévu d’Afghanistan va laisser en place un gouvernement fragilisé par des attaques talibanes.

Tous ces éléments ont contribué à l’impression que le président Obama était faible et que ses alliés ne pouvaient compter sur lui. La Chine agit avec agressivité dans le Pacifique en y installant des îles flottantes afin d’augmenter artificiellement la superficie de ses eaux territoriales.

Les actions russes en Ukraine auraient été impensables il y a quelques années. L’intervention russe en Syrie s’accompagne de nombreux accords économiques et militaires avec l’Égypte qui a été jusque-là l’un des principaux alliés des USA au Proche-Orient.

Israël, l’Arabie et les pays du Golfe sont inquiets du revirement américain qui ouvre le Proche-Orient à une domination iranienne. En outre, la course à l’acquisition des technologies nucléaires est maintenant ouverte du fait que dans neuf ans, l’Iran pourra développer des armements nucléaires en toute liberté.

L’accord des 5 +1 a débloqué des avoirs iraniens d’une centaine de milliards de dollars à l’Iran, mais n’a pas été accompagné d’un engagement de l’Iran à modifier sa politique. L’Iran en est le principal bénéficiaire. Seulement, les banques hésitent encore à transiger avec l’Iran. La crainte que les sanctions ne soient rétablies, ou que des fonds soient transmis à des organisations terroristes par l’Iran rend les banques prudentes et freine la reprise économique de l’Iran.

Le secrétaire d’État américain Kerry encourage les banques à faire affaire avec l’Iran, mais le Congrès américain durcit sa position et les banques européennes continuent de considérer l’Iran comme un pays à risque.

Cinquante et un diplomates américains ont signé une note déplorant le fait que les USA épargnent le régime du président syrien Assad qui n’hésite pas à jeter des bombes au baril sur des populations civiles alors même que la Russie bombarde l’opposition syrienne armée par les États-Unis. Cette initiative dévoile une inquiétude plus grande, maintenant que l’État islamique est en position de recul : celle des conséquences d’un Iran qui réussirait à consolider sa mainmise dans un couloir allant de l’Irak à la Syrie et au Liban et d’une Russie qui fait ce que bon ou mal lui plait.