Lettre ouverte aux ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne

ISRAËL : ÉTAT JUIF ?

NENNI, POINT DU TOUT !

C’est la réponse quasi-unanime de la communauté internationale.

Pourtant, avant même que son État ne soit créé, Abbas a pris soin de préciser que l’État palestinien serait un État arabo-musulman.

Fort bien! Il nous semble donc tout à fait légitime d’exiger du chef de l’AP qu’il reconnaisse l’identité juive d’Israël.

Mais à cette demande formulée par Israël, Abbas oppose un refus formel : « Nous ne reconnaîtrons jamais Israël comme Etat juif », a-t-il déclaré à plusieurs reprises.

Et aucun de vous, « ô ministres intègres », ne s’indigne du refus de l’AP de reconnaitre Israël comme un État juif.

Au contraire, vous le soutenez ! C’est tout simplement scandaleux et c’est bien la preuve que vous pratiquez la politique de deux poids, deux mesures !

Mesdames et Messieurs, ce qui m’indigne, plus encore que la proclamation unilatérale d’un État palestinien, plus encore que le refus des Arabes de reconnaitre Israël comme un État juif, c’est le refus des Européens de reconnaître le caractère juif de l’État d’Israël.

Incroyable, tout de même, qu’il faille, 70 ans après la création de l’État juif, remettre en question le caractère juif de cet État !

En effet, inutile de vous rappeler – encore que cela me semble nécessaire car vous avez de toute évidence une mémoire sélective qui efface tout ce qui peut être à l’avantage d’ Israël – que le 29 novembre 1947, le plan de partage de la Palestine élaboré par l’UNSCOP (le Comité spécial des Nations Unies sur la Palestine qui a recommandé le partage) et approuvé par l’Assemblée Générale de l’ONU, à New York, propose le partage de la Palestine en deux États : un « État juif » et un « État arabe ».

Il serait souhaitable de vous rappeler également

  1. que le concept « État juif » apparaît 27 fois dans la Résolution 181, sans que jamais une périphrase ne vienne le remplacer ;
  2. que dans son rapport, l’UNSCOP, mentionne à plusieurs reprises le lien historique des Juifs à la Terre d’Israël. L’État d’Israël tire donc sa légitimité et son identité juive de la Résolution 181 par laquelle la communauté internationale reconnaît l’État juif dans « sa patrie historique » ;
  3. que la Ligue des Nations a reconnu « le lien historique du peuple juif avec la Palestine » et son droit de reconstituer « son foyer national dans ce pays» ;
  4. que dans la Déclaration d’Indépendance, c’est le terme État juif qui est employé : « En vertu des droits naturels et historiques du peuple juif, ainsi que de la Résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies, proclamons la fondation de l’État juif dans le pays d’Israël, qui portera le nom d’État d’Israël ».

Et pendant près d’un demi-siècle, l’existence d’Israël en tant qu’État-nation juif était acceptée de tous. Du moins le croyait-on puisque jamais on n’a eu à débattre de la légitimité d’Israël en tant qu’État juif, ni même en tant qu’État. Après tout, le droit à l’existence de quelque pays que ce soit ne s’est jamais posé. Pourquoi la question se poserait-elle à propos de l’État juif ?

Et pourtant… Et pourtant, Israël est l’exception qui confirme la règle, et ce alors même que son appartenance à l’ONU devrait suffire à le légitimer. Certains n’hésitent pas à remettre en question le droit d’Israël à exister alors que la question de sa légitimité ne devrait même pas se poser, fût-il une dictature.

Dans une telle situation, on comprendra aisément que l’État d’Israël doive envisager des mesures pour renforcer son caractère juif.

Déjà en 2009, dans un discours prononcé à l’université de Bar Ilan, Benjamin Netanyahu s’était dit favorable à la création d’un Etat palestinien à condition que l’Etat hébreu soit reconnu comme un Etat juif.

Puis en 2011, devant l’entreprise de délégitimation d’Israël mise en œuvre par les Palestiniens avec le soutien de la gauche, incluant la gauche juive, mais aussi avec le soutien de l’UE, Israël a tenté d’obtenir cette reconnaissance.

Les réactions à cette demande qui semble pourtant parfaitement légitime ne se sont pas fait attendre et prouvent bien que l’identité d’Israël n’est pas acceptée, même si elle figure dans la Résolution 181.

Côté palestinien, la réponse a été on ne peut plus claire « Ne nous forcez pas à reconnaître un État Juif, nous ne le ferons pas ! » avait dit Abbas en 2011.

Et cette déclaration, loin de mécontenter les Européens,   a rencontré non seulement leur approbation, mais aussi leur soutien. À commencer par les Français dont le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, déclarait en juillet 2011, à Bruxelles, lors d’une réunion : « Je pense en particulier que la mention d’un “État juif” peut poser problème ; que je sache, aujourd’hui en Israël, il y a des Juifs, mais il y a aussi des Arabes… ». Et pour le président français, Nicolas Sarkozy, un « État juif » n’a pas de signification parce qu’ « un État n’est pas juif ou catholique».

Comme il fallait s’y attendre, c’est l’ensemble de la communauté européenne qui a objectée à cette demande de l’État d’ Israël.

En 2014, rien n’a changé. Alors, le lundi 24 novembre, le gouvernement Netanyahou a adopté un projet de loi qui remplacerait « État juif et démocratique » par « État-nation du peuple juif ».

Comme toujours, c’est à une levée de boucliers qu’il lui a fallu faire face. Pour ne citer qu’un exemple, deux des 9 députés arabes qui siègent à la Knesset y sont allés d’un véritable réquisitoire contre l’État juif.

Abbas, évidemment, toujours fidèle à lui-même, a réitéré son refus de reconnaître l’identité juive d’Israël : « Nous ne reconnaîtrons jamais Israël comme Etat juif » a-t-il déclaré le 29 novembre 2014, lors d’une réunion exceptionnelle de la Ligue arabe, au Caire.

Quel État membre de l’UE a réagi aux déclarations de Abbas ?

Vous trouvez sans doute tout à fait normal que le futur État palestinien dont la Charte prône l’éradication d’Israël et qui annonce d’ores et déjà ses couleurs, à savoir État arabo-musulman, oppose un refus à la reconnaissance d’Israël en tant qu’État juif.

Tout comme en 2012, vous avez trouvé normal qu’à son retour des Nations-Unies où il avait obtenu pour les Palestiniens le statut d’État observateur, Abbas déclare : « Jérusalem est à jamais la capitale des Palestiniens ».

Quel État membre de l’UE a réagi à cette déclaration ? Quel État membre a suggéré à Abbas de la nuancer ?

Alors, fort de votre soutien, Abbas est même allé plus loin et il a déclaré le 29 juillet 2013, qu’« Aucun juif ne sera autorisé à résider dans le futur État palestinien. » « Dans une résolution finale, a-t-il précisé, nous n’accepterons la présence d’aucun israélien – civil ou militaire – sur nos terres ».

Si ce n’est pas ce qu’on appelle l’apartheid, alors quel mot suggérez-vous pour qualifier une telle déclaration ?

Jean-François Revel avait à n’en point douter raison d’affirmer ce qui suit : « La « tolérance » musulmane est à sens unique. Elle est celle que les musulmans exigent pour eux seuls et qu’ils ne déploient jamais envers les autres ».

Encore une fois, je vous pose la question :

Quel État membre de l’UE a réagi aux déclarations de Abbas ?

Et l’Occident s’indigne qu’Israël veuille protéger son caractère juif ! Et l’Occident ose se défendre d’appliquer la politique de « deux poids, deux mesures » dans le conflit israélo-palestinien!

ET Abbas s’indigne qu’avec ce projet l’Etat d’Israël « annonce clairement la construction d’un Etat d’apartheid contre les Palestiniens » !

Et je m’indigne que vous fassiez la promotion de l’État palestinien qui sera (1) arabo-Musulman et (2) judenrein alors que vous refusez l’appellation « État juif » ou « État-nation du peuple juif » pour Israël.

Mesdames et Messieurs, si j’étais Premier ministre d’Israël, je vous dirais ceci : « Dans l’État palestinien, il n’y aura pas de place pour un seul Juif. Soit. Alors, dans un État juif, il n’y aura pas une place pour un seul musulman. POINT. »

En quoi est-ce une iniquité? De grâce, vous qui êtes censés promouvoir l’égalité entre les peuples, expliquez-nous pourquoi ce qui est vrai pour les uns ne l’est pas pour les autres.

Mais peut-être serait-il bon de vous expliquer le sens de cette définition d’Israël.

Pourquoi dire NON à « État juif »?

État juif, État hébreu, État-nation du peuple juif, État israélien… Certains rétorqueront que c’est du pareil au même. Pourquoi s’engager dans une guerre sémantique dont on ne voit pas vraiment les tenants et les aboutissants ? Parce que nous savons tous que le choix des mots, surtout quand il s’agit de parler d’Israël, n’est pas neutre, et que ces trois concepts n’ont pas le même sens.

Vous refusez, tout comme Abbas, de considérer Israël comme un «Etat juif» sous prétexte que cette définition est d’ordre essentiellement religieux. D’une part, ce n’est pas le cas.

Il est vrai que le concept « État juif » présente une certaine ambiguïté puisqu’il a une connotation religieuse. Mais cette ambiguïté est levée avec la nouvelle définition « État-nation du peuple juif ».

Toutefois, il faut reconnaître que, même si la dimension religieuse est totalement absente du sionisme tel que le conçoit Herzl, même si ni lui ni les Pères fondateurs n’entendaient par État juif, État de religion juive, mais plutôt État de tous les Juifs, on ne peut exclure la dimension religieuse dans un État où religion, histoire et peuple ne font qu’un.

Bien sûr, le concept « État israélien » serait le plus approprié si on tient compte de l’histoire juive. « Nous proclamons la fondation de l’Etat juif dans le pays d’Israël, qui portera le nom d’Etat d’Israël ». Cette déclaration nomme « Israël » » le pays qui vient de naître: Israël parce que le pays s’appelait Israël, avant de s’appeler plus tard Judée. Le « peuple d’Israël » est, selon la Bible, le nom donné par D.ieu aux habitants d’Israël et il conserva ce nom pendant des milliers d’années avant d’être remplacé par le « peuple juif ».

Mais le concept « État israélien » ne revêt aujourd’hui ce sens que pour les Juifs qui connaissent leur histoire. Pour les autres, sous l’adjectif « israélien », il faut entendre aussi bien les Juifs que les non-juifs, chrétiens et musulmans.

Pour comprendre ce qu’il faut entendre par « État juif », il faut d’abord tenter de répondre à la question « Qu’est-ce qu’être juif ? Qu’est-ce donc que le judaïsme ?

Véritable question existentielle. Rien n’est plus difficile à définir– – Le judaïsme n’est pas une race puisque les Juifs n’ont pas une base biologique commune.
– Le judaïsme n’est pas une idéologie : il existe des Juifs non-sionistes, et même antisionistes, tout comme il existe des non-juifs qui se définissent comme sionistes.
– Le judaïsme n’est pas une religion, ou disons plutôt qu’à la différence des autres religions, le judaïsme n’est pas qu’une religion : il existe des Juifs athées ou agnostiques. D’ailleurs, il n’existe même pas de mot en hébreu pour dire « religion ». C’est pour cette raison que Juif devrait s’écrire avec une majuscule, contrairement à chrétien ou musulman. Combien de Juifs ignorent tout du judaïsme ! Et combien parmi les Juifs sont athées !

Comme vous pouvez le constater, il s’agit là de définitions négatives du peuple juif.

Est-il dès lors possible de dire ce qu’il est ? Le mot Juif en lui-même englobe l’appartenance à un peuple, à une nation, à une communauté spirituelle, à une religion, ou plus précisément à une culture.

Il y a une phrase de Manitou que j’aime beaucoup et qui répond à la question « Qu’est-ce qu’être juif ? » : « On était simultanément juif par la relation à la Terre d’Israël, à la Torah d’Israël et au peuple d’Israël. » On a là trois façons d’être juif : on peut soit adhérer à ces trois aspects soit à une seule comme les sionistes politiques qui ne sont juifs que par leur relation à la Terre.

Nous pourrions définir le judaïsme comme étant la religion d’un peuple qui partage une histoire commune marquée par la souffrance, une culture commune et un rêve deux fois millénaire : le retour en Eretz Israël.

Car même si tous les Juifs ne sont pas pratiquants, la religion fait partie du patrimoine national, et en aucun cas Israël ne pourrait briser le lien qui le relie au judaïsme, une religion qui prône des valeurs universelles. J’en veux pour preuve la demande qu’avait adressée un idolâtre à Hillel : « Il faut que tu m’enseignes toute la loi pendant que je me tiendrai sur un seul pied. », ce à quoi le Maître répondit « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse. C’est toute la Loi, le reste n’est que commentaires ; va et apprends ».

Disons donc avec Manitou que «Le judaïsme, lui, est une nation au milieu des autres, mais à vocation universelle ».

Puisqu’il existe indiscutablement des liens historiques entre le peuple juif et la Terre d’Israël, puisque religion et histoire juive sont indissociables, il en résulte que le peuple juif est aussi uni à la Terre d’Israël par des liens religieux.

À la lumière de ce qu’est le judaïsme, nous pouvons constater que le terme « État juif » renvoie à un peuple, à une entité nationale non religieuse.

Mais d’autre part, fût-il un État religieux, pourquoi dire Non à Israël quand on dit Oui aux États islamiques ? Car, exception faite de la Syrie, dans la Constitution des pays arabes il est bien stipulé, si je ne m’abuse, que l’Islam est la religion d’État. En Iran, au Yémen et au Pakistan, l’État est qualifié d’islamique. Pourtant, aucun membre de l’UE ne s’en est offusqué.

Et les États européens ne sont-ils pas des États chrétiens ? Peut-être pas pour longtemps, je vous le concède, mais ils le sont encore. Serait-ce à cause des 20% d’Arabes israéliens que vous, Européens refusez obstinément le concept « État juif »?

Il existe pourtant des États qui se définissent comme musulmans bien qu’ils abritent des minorités. Il est vrai que dans les pays arabes où l’Islam est la religion d’État, la Constitution ne dit mot des minorités, un peu comme si on partait du principe que tous les citoyens de l’État sont musulmans.

Comment ne pas y voir la preuve que vous pratiquez la politique de « deux poids, deux mesures » quand il s’agit du conflit israélo-palestinien ?

Il semble bien que, ce qui vous irrite dans le concept « État nation du peuple juif », plus que la connotation religieuse de l’adjectif juif, c’est le fait qu’il rappelle le droit historique du peuple juif sur la terre d’Israël. Car vous êtes parfaitement conscients que l’histoire d’Israël est inséparable de l’histoire juive, qu’elle ne commence ni avec la Déclaration Balfour ni en 1947 : l’histoire d’Israël commence avec Abraham.

Les conséquences de cette reconnaissance

Précisons d’abord que le texte de loi prévoit que le régime demeurera démocratique et que tous les citoyens seront égaux devant la loi.

Maintenant, soyons clairs, évitons la langue de bois.

  1. « État-nation du peuple juif » Ce concept implique qu’Israël est l’État-nation du peuple juif, et donc de ce seul peuple. Certains diront que les Palestiniens ne sont pas inclus dans cette définition de l’État, qu’elle implique qu’Israël n’appartient pas à tous les Israéliens. Dans une certaine mesure, c’est vrai, mais les Juifs dans les pays arabes n’avaient-ils pas un statut spécial différent de celui des musulmans ?
  2. Le « Droit au Retour » Le concept « État-nation du peuple juif » implique l’abandon de facto du «Droit au Retour» des réfugiés palestiniens. C’est vrai, pourquoi le nier ?

Certes, sur le droit au retour des réfugiés palestiniens, le Hamas et l’AP ont une position commune: ce droit est, disent-ils, «inaliénable». Mahmoud Abbas appelle au retour de tous les réfugiés palestiniens et il exige que cette question soit «mise sur la table des négociations».

Mais Israël, de son côté, est inflexible et refuse ce retour qui signifierait la fin du caractère juif de l’État d’Israël. Si Benyamin Netanyahou souhaite que les Palestiniens reconnaissent Israël comme la patrie des juifs, c’est en grande partie pour régler la question des réfugiés et maintenir l’identité juive dans la société israélienne.

De toute façon, les Palestiniens savent que leur demande est totalement irréaliste. Qui, exception faite de l’AP et du Hamas, peut encore croire qu’Israël consentira au retour de cinq millions de Palestiniens réfugiés ?

Déjà, en octobre 49, le ministre égyptien des Affaires étrangères, avait déclaré à propos de ce droit : « Pour être tout à fait clair, ce retour signifie la liquidation de l’Etat d’Israël » car, avait-il précisé,
« Chacun sait et comprend que les Arabes, quand ils exigent le retour des réfugiés en Palestine, veulent que ces derniers rentrent chez eux en maîtres du pays et non en esclaves » .

Par conséquent, comme l’avait déclaré Tzipi Livni lors d’une conférence de presse, « l’avenir des citoyens arabes d’Israël est dans le futur État palestinien, pas en Israël même »:

Rappelons que Stig Jagerskiold, dans une étude parue en 1987, a expliqué, à propos du Droit au Retour que, selon la Déclaration des Droits de l’homme de 1948, il est clair que « Ce droit ne s’applique qu’à des individus faisant valoir leurs droits individuels. Il n’y a jamais eu ici aucune intention de répondre aux demandes des masses humaines qui ont été déplacées par suite d’une guerre ou d’un transfert politique de territoire ou de population (…) la Convention ne traite pas de ces problèmes, et ne peut être invoquée pour asseoir un Droit au Retour».

Puisque l’identité de l’État d’Israël est aujourd’hui remise en question, il faut revenir aux origines de l’État. Il faut donc que le gouvernement israélien ait le courage de poser ses conditions de reprise des négociations : (1) qu’Israël soit reconnu comme « État-nation du peuple juif » ; (2) que le Droit au Retour et le statut de Jérusalem ne peuvent faire l’objet de négociations.

CONCLUSION

Mesdames et Messieurs, que ce soit dans la Résolution 242 du Conseil de sécurité de l’ONU, dans la Résolution 338 ou encore dans les Accords d’Oslo de 1993 et dans l’Accord intérimaire de 1995, on prévoit qu’un accord de paix ne pourra être que l’aboutissement de négociations entre Israël et l’AP. Or de toute évidence, vous laissez Abbas demander à l’ONU une reconnaissance unilatérale, donc vous acceptez qu’il viole ce processus et, de surcroit, vous l’y aidez.

Mesdames et Messieurs, il existe 57 États musulmans sur la planète où les Palestiniens ne devraient pas avoir de difficultés à s’intégrer puisqu’ils partagent les mêmes valeurs, la même religion, etc.

En revanche, il n’existe qu’un seul État juif, grand comme un mouchoir de poche et vous voulez, par la création de l’État palestinien,

  1. qu’Israël reconnaisse cet État arabo-musulman et judenrein sans pour autant demander à ce dernier de reconnaître l’État juif ;
  1. qu’Israël accepte de partager sa capitale avec cet autre État ;
  1. qu’Israël renonce aux lieux saints juifs, en particulier au Mont du Temple ;
  1. qu’Israël évacue des terres juives, à savoir la Judée-Samarie.
  1. qu’Israël accueille 5 millions de réfugiés arabes descendants des 500 000 Arabes qui, contrairement aux 850 000 juifs chassés des pays arabes, n’ont rien fait pour s’intégrer ailleurs.

En résumé, vous demandez à Israël de se suicider ! Serait-ce la fin de l’État juif que vous visez ?

Sinon, pourquoi un tel empressement à créer un État palestinien de façon unilatérale et ce, sans même imposer à Abbas quelque condition que ce soit ?

Vous prétendez que c’est pour obliger les États à négocier puisque depuis 20 ans les négociations sont un échec.

Vous prétendez vouloir aboutir à « une paix juste et durable » dans cette partie du monde et, par ricochet, sur toute la planète.

Permettez-nous de mettre en doute les raisons que vous invoquez et de présenter celles qui, selon nous, expliquent votre acharnement contre l’État juif et votre soutien è l’AP, mais aussi indirectement, au Hamas .

  1. Les relations de l’UE avec les pays arabes : Serait-ce pour plaire aux Arabes que l’Europe n’a de cesse de critiquer Israël ? C’est sans doute une des raisons, mais ce n’est pas la seule. Certes, l’Europe a besoin du pétrole des pays arabes : « Elle est extrêmement dépendante des pays de l’OPEP parce que rien n’a jamais été fait pour trouver de nouvelles sources d’énergie qui auraient pu mettre fin à sa dépendance ».

Mais l’Europe constate aussi, non sans une certaine appréhension – pour ne pas dire avec une appréhension certaine- l’avancée de l’Islam sur son territoire. 15 millions de musulmans vivent aujourd’hui sur le territoire de l’UE et celle-ci veut éviter à tout prix les problèmes avec la communauté musulmane dont les voix lui sont précieuses. Alors, les chefs d’État ont tout intérêt à condamner la politique israélienne. Plus on est du côté des Palestiniens, plus on a de chances d’être élu. On croit acheter la paix, en réalité on prépare la guerre.

  1. L’identité juive de l’État d’Israël : Dans sa tentative pour mettre fin aux dissensions religieuses et faire triompher les valeurs humanistes, l’UE a perdu son identité : l’islamisation est en marche et le mécontentement, généralisé.

Alors, habitée peut-être par le regret d’avoir renoncé à l’État-nation, elle ne supporte pas qu’un État, à fortiori un État peuplé de Juifs, s’identifie comme État juif.

Ce qui expliquerait qu’elle refuse à l’État juif son identité, des frontières qui assurent sa sécurité et qu’elle veuille créer un État arabo-musulman à ses côtés.

  1. La sécurité d’Israël: Si l’État d’Israël devait compter sur l’Europe pour assurer sa sécurité, il commettrait une grave erreur. Comment l’UE pourrait-elle assurer la sécurité d’Israël alors qu’elle n’est même pas en mesure d’assurer la sienne?

Le gouvernement israélien sait que si le pays était en danger, il ne devrait compter que sur lui-même pour se défendre, quelles que soient les promesses que l’Europe puisse lui faire en matière de sécurité. De toute évidence, l’Europe ne semble même pas consciente des risques qu’encourt l’État d’Israël. Ou peut-être l’est-elle et cela la satisfait.

Il faudrait rappeler à toutes les nations qui veulent que ce conflit soit résolu à tout prix qu’il y va de l’existence d’Israël, que « si les Arabes palestiniens déposaient les armes, il n’y aurait plus de conflit », mais qu’en revanche, « si les Israéliens déposaient les armes, il n’y aurait plus d’Israël ».

Et si c’était là justement ce que souhaitent les nations…

Car devant le refus de l’UE de reconnaître Israël comme un État juif, devant ses condamnations injustifiées d’Israël, et devant le financement on ne peut plus généreux qu’elle accorde à l’Autorité palestinienne alors que l’Europe connaît une grave crise économique, on est en droit d’émettre des hypothèses que d’aucuns jugeront farfelues, mais qui nous semblent à nous Juifs qui avons vécu l’inénarrable tout à fait plausibles. Par exemple, ne pourrait-on pas envisager que l’Europe veuille éradiquer l’État d’Israël comme elle a voulu en 40 éradiquer le peuple juif ? Au fond, qu’importe à l’Union européenne que l’État d’Israël cesse d’exister !

  1. « Deux États » : Il faut 2 États et, tout autant que vous, sinon davantage, c’est la solution que les Juifs préconisent. Alors, faites comprendre aux Palestiniens ce qu’avait dit Michel Poniatowski.« C’est une tragique illusion que de vouloir faire coexister dans un même pays des communautés ayant des civilisations différentes. L’affrontement est alors inévitable ».

Donc, pour éviter l’affrontement que nous connaissons aujourd’hui, pour aboutir à « une paix juste et durable », il n’existe qu’un moyen : le chacun chez soi, autrement dit une séparation physique de ces deux communautés qui diffèrent sur trop de points.

Je m’étonne que vous n’ayez pas réalisé que le problème ne concerne ni les territoires, ni les frontières, ni même la reconnaissance d’un État palestinien : le problème, c’est l’existence de l’État juif qui, en plein cœur des pays arabes, vit sur le modèle européen, défend la démocratie, prône des valeurs occidentales, etc. et qui, par conséquent, doit être éradiqué. Au lieu d’accuser Israël de tous les maux, au lieu de lui faire porter la responsabilité du conflit avec les Palestiniens et, partant, du développement de l’islamisme radical, l’UE devrait comprendre qu’Israël et l’Europe sont partenaires dans le même combat, le combat pour sauver les valeurs des pays occidentaux C’est le combat pour que demain la Charia ne remplace pas ce qui fait la fierté des Européens : La Déclaration universelle des Droits de l’Homme et du citoyen.

Quelques politiques l’ont compris, dont le parti politique allemand Freiheit, un parti qui « soutient avec détermination Israël » qu’il voit comme « le seul État démocratique au Moyen-Orient qui est dès lors l’avant-poste du monde occidental sur la scène arabe ». Ses membres appellent tous les pays démocratiques « à montrer le plus vif intérêt pour le maintien d’Israël dans ses droits à l’autodétermination et à la sécurité », et ils se sont engagés « de façon explicite pour le droit d’Israël à l’existence, un droit qui ne peut être remis en question ».

Combien de pays seraient prêts à emboîter le pas à ce parti, à faire preuve comme lui de lucidité et de clairvoyance, et à défendre l’État d’Israël ?

Mesdames et Messieurs, avant de clore cette lettre, permettez-moi, de vous inviter, dans le cadre de vos réflexions sur la reconnaissance unilatérale d’un État palestinien, à méditer cette phrase du grand Winston Churchill

« On ne devrait jamais tourner le dos à un danger pour tenter de le fuir. Si vous le faites, vous le multiplierez par deux. Mais si vous l’affrontez rapidement et sans vous dérober, vous le réduirez de moitié ».