Les députés Français s’apprêtent à voter et à demander la reconnaissance unilatérale d’un Etat Palestinien à l’Assemblée nationale, le 28 novembre 2014.

Les institutions juives de France (dont le CRIF) soutiennent l’idée de coexistence entre deux Etats vivant en paix (Israël – Palestine). Cependant, il estime que la reconnaissance d’un Etat palestinien par l’Assemblée nationale est une idée mauvaise et dangereuse. Pourquoi ?

Parce qu’une telle décision ne ferait qu’envenimer le conflit et nous allons essayer ici de développer dix points qui explicitent notre opinion à ce sujet.

1) C’est une évidence et une obligation : la paix ne peut provenir que d’un dialogue et d’une réconciliation entre Israël et la Palestine.

« Ne faisons pas croire aux Français que les Israéliens ne souhaitent pas la paix », a  déclaré l’ambassadeur d’Israel en France Yossi Gal dans Libération (26 novembre 2014).

« Nous souhaitons une paix juste et durable qui apporte la paix et la sécurité dans la région pour nous comme pour nos voisins. La priorité pour nous tous doit être la reprise des pourparlers » a martelé l’ambassadeur. « Cette initiative ne promeut pas la paix qu’elle entend défendre », prévient par ailleurs l’ambassadeur d’Israël. 

« La France est à la fois l’amie d’Israël et des Palestiniens. Jusqu’à présent la France avait réussi à obtenir l’écoute et la confiance des deux parties afin de peser favorablement sur les modalités d’une résolution juste, négociée et acceptée par les deux acteurs. La France est aussi confrontée comme Israël aux menaces terroristes. La France qui espère rester un acteur actif, devrait demeurer impartiale dans la résolution de ce conflit prévient Yossi Gal ( « Le plus grand risque d’éloigner la paix », Pages Rebonds de Libération).

2) Le monde considère depuis des années comme acquis le fait que le conflit israélo-palestinien se résoudra par l’existence de deux États, dans la reconnaissance réciproque de leurs souverainetés légitimes et les termes de la solution pour deux Etats paraissent aujourd’hui majoritairement admis dans chacun des deux camps : retrait israélien des territoires, démilitarisation de la Palestine, renonciation au « droit au retour », ce qui n’exclurait pas d’éventuelles compensations financières.

3) Ce qu’il faut ? C’est faire s’asseoir les deux parties à la table des négociations. Des négociations bilatérales peuvent résoudre ce conflit et permettre aux uns et aux autres de trouver un compromis entre les deux tracés de frontières, par exemple.

4) La réponse (aux questions épineuses des frontières, des réfugiés palestiniens, de Jérusalem) ne peut être trouvée sans que l’Etat palestinien ne soit créé dans le cadre exclusif d’un traité de paix israélo-palestinien.

5) Le seul cadre juridique valable signé entre Israéliens et Palestiniens demeure l’accord intérimaire de 1995. Il représente les origines statuaires de l’Autorité et il assume la gouvernance palestinienne et ses institutions. L’accord intérimaire affirme sans équivoque : « Aucune partie n’initierait ou ne prendrait une mesure qui changerait le statut de la Cisjordanie et la bande de Gaza et cela dans l’attente des résultats des négociations sur le statut final et permanent. Cette clause impose une obligation vitale et réciproque sur chaque partie.  »

De fait, il est évident qu’un Etat palestinien doit être le résultat de négociations entre les deux parties.

6) Par contre, un Etat Palestinien reconnu unilatéralement serait un pas en direction d’un avenir incertain et flou, gros de dangers et de rancœurs et contredirait les engagements de la Feuille de route et les accords passés.

7) Quelles seraient les conséquences pour la sécurité d’Israël ? Cette proclamation mettrait Israël devant le fait accompli, elle engendrerait automatiquement  de la méfiance et de la peur. Les Israéliens pourraient estimer qu’en l’absence d’accord, les Palestiniens n’auraient et/ou n’auront d’autres choix de recourir à la violence.

8) Par ailleurs, le risque serait, d’un isolement d’Israël et des Etats-Unis, si une résolution palestinienne est votée à une large majorité et « d’un retour de bâton pour les Palestiniens » dont de nombreux financements pourraient être suspendus.

9) Bref, cette reconnaissance unilatérale serait à n’en point douter un signal donné à l’Autorité palestinienne afin qu’elle continue de pactiser avec une organisation terroriste qui prône dans sa charte la destruction de l’Etat d’Israël et l’extermination de son peuple et du peuple Juif : le Hamas.

Or, comme le rappelle à juste titre le philosophe Bernard Henri-Levy, « on ne reconnaît pas, surtout symboliquement, un gouvernement dont la moitié des ministres rêveraient d’annihiler l’Etat voisin ». Le philosophe ajoute : « le fait que le Hamas administre, jusqu’à plus ample informé, l’un des deux territoires constitutifs de cet Etat que l’on veut reconnaître à grand fracas et sans tarder – et le fait qu’il a pour doctrine la nécessaire destruction d’Israël. »  

10) Enfin, elle encouragerait la violation des accords d’Oslo, alors que parallèlement l’Autorité palestinienne clame qu’elle souhaite une paix, paix qu’elle n’est pas du tout en mesure d’assurer actuellement.

In fine et quelle que soit l’issue de ce vote, il appartiendra un jour au Président de la République de trancher.

Entendons ce que dit à ce sujet l’actuel ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius (Entretien du ministre avec France Inter, 25/11/2014): « c’est une initiative juridiquement régulière, puisqu’en vertu des changements qui ont eu lieu dans la Constitution, le Parlement peut discuter de cela. Mais il faut qu’il soit bien clair – et ça l’est pour tout le monde – qu’autant le Parlement, en l’occurrence l’Assemblée nationale, peut voter des invitations à quelque chose, autant la décision relève du gouvernement, du président de la République, et eux seuls. »

Enfin, à la question de savoir si la proposition du député socialiste Benoît Hamon de demander à l’exécutif de reconnaître l’État palestinien soit votée et obtienne la majorité à l’Assemblée, « le lendemain matin, que fait le gouvernement ? ». Le ministre répond sans hésiter une seule seconde : « C’est un signe politique sur ce que souhaiteront ceux qui auront voté, mais le gouvernement n’est pas lié, c’est clair. »

Clair ? Espérons-le.