A Paris, l’annulation par le président du Conseil Français du Culte Musulman (CFCM), Dalil Boubaker de sa participation au dîner annuel du Conseil Représentatif des Institutions Juives de France (CRIF) appelle quelques indications.

1 – La motivation déclarée par le président du CFCM repose sur le tronquage et le coupage des propos du président du CRIF Roger Cukierman. La vérification, l’écoute et la lecture non tronquée et non coupée des propos prétendument islamo-stigmatisant et prétendument favorables à la présidente du Front National par le président du CRIF auraient permis à Dalil Boubaker d’éviter sa réaction.

2 – La reprise immédiate par la plupart des organes de presse, des coupures tronquées des propos de Roger Cukierman a conduit à la diffusion d’indignations publiques de personnalités politiques, culturelles, institutionnelles et médiatiques sur la base d’éléments falsifiés.

3 – Au dîner du CRIF, le président Cukierman a repris les propos incriminés à tort qu’il avait tenu la veille. C’est peu dire que ces propos ont été repris par la majorité des medias ! Ceux-ci les ont au contraire présentés comme des rectifications ou même des regrets, justifiant ainsi les comportements d’hostilité à l’égard d’idées qui n’ont pas été exprimées !

4 – La bénéfique intervention du Chef de l’Etat en une affaire confessionnelle pose l’acuité de la laïcité de la république française. C’est l’un des effets pervers et dévastateurs dus à la diffusion des propos tronqués et coupés de Roger Cukierman. 

5 – Les tronquages, coupages et réactions inappropriées ont failli un moment estomper non – seulement les propos avérés du président du CRIF mais également le caractère républicain du dîner annuel organisé à cet effet. Ils tentent également d’estomper le constat antisémite, criminel et délictuel dont sont victimes les personnes et les institutions communautaires juives de la part d’individus et groupes d’individus se réclamant publiquement de l’Islam et de l’extrême droite. 

6 – Les éléments ne sauraient être détachés de leur contexte (assassinats, massacres, viols, séquestrations et agressions antisémites à l’encontre d’enfants, d’adolescents, de femme ou d’hommes au seul motif … de leur judaïsme). L’agrégation d’un incident qui aurait pu et dû être évité tente une fois de plus de salir le CRIF et la communauté juive par des accusations fallacieuses et mensongères. 

7 – S’agissant de l’attitude des médias français qui se réclament de la liberté de la presse, rappelons le classement 2014 opéré par Reporters Sans Frontières sur cette liberté de la presse. La presse française y tient la 39ème place sur 180 derrière le Salvador et avant le Samoa… L’absence de la diffusion intégrale des propos de Roger Cukierman aurait évité tels incidents et incidences. La déontologie des professions de la presse a été formellement bafouée.

8 – En dépit du caractère fantaisiste des réactions fondées sur les propos coupés et tronqués du président Cukierman, il est possible qu’elles aient eu pour volonté de procéder à des assignations judiciaires à son encontre, comme c’est déjà le cas dans d’autres dossiers du même acabit.

9 – En choisissant de renouer immédiatement le dialogue avec le CFCM, le CRIF a fait preuve de magnanimité. Compte tenu des enregistrements publics des propos contestés du président du CRIF, il aurait été possible d’opter pour une assignation en diffamation prévue par la Loi en telle circonstance.

10 – Tronquages, coupages, diffusions à caractères diffamatoires, dénonciation de l’antisémitisme, liberté et déontologie de la presse et de conscience : telle est l’ambiance qui a entouré le dîner annuel et républicain du CRIF à Paris. 

Pierre SABA

26. 02. 15