Il fait sombre. L’obscurantisme a à nouveau frappé la France cette semaine, tuant 17 personnes. Des symboles de la République française ont été visés spécifiquement, méthodiquement, par des terroristes islamistes : des policiers, des journalistes satiriques ayant publié des caricatures de Mahomet, des Juifs. Certains jouent les surpris alors que les experts et universitaires étudient ces phénomènes et préviennent déjà le pouvoir, les services et l’opinion publique depuis bientôt trente ans.

Hanoucca est à peine passé et nous avons failli à notre mission. Celle de réussir, et pas seulement d’essayer, à éduquer contre l’intolérance et le fanatisme. La racine hébraïque du mot « Hanoucca », autrement appelée la « fête des Lumières » est khet noun khaf, la même que pour le mot « éducation ». Dans Isaïe, il est dit que nous sommes censés être la lumière des nations. Pas la nation mise en lumière, mais celle qui met en lumière les autres, celle qui éclaire, qui guide, qui éduque, enseigne, montre l’exemple donc.

La création de l’Etat d’Israël n’a rien changé à cela. Au contraire, cette mission est renforcée par ce statut moderne, appareil théorique et pratique permettant davantage de jouer ce rôle de guide.

Ce billet n’a pas l’intention d’opérer une critique absolue parce qu’elle serait absurde. A mon sens, nous avons tenu et tenons encore bien souvent cette difficile mais magnifique position, dans les sciences, les lettres, le social, les arts, la politique. Parmi les leaders des grands changements de l’Histoire, des luttes pour les droits universels des hommes et des femmes, se sont toujours trouvés des Juifs.

Mon propos consiste à insister sur le fait qu’ils n’ont pas agi en tant que représentants communautaires. Malgré les privations et les massacres séculaires contre la nation juive, les Juifs ont toujours pris une part active dans l’évolution de la civilisation.

Et ce pour une raison simple, qui a trait à l’éducation que nous avons reçu : une éducation stricte, favorisant l’étude, encourageant l’esprit critique, fière de ses valeurs et ouverte au monde. Ses valeurs sont communes aux valeurs françaises, celles inscrites sur les frontispices des bâtiments institutionnels, et partagées par le monde libre. Les Juifs n’ont pas été en tête de ces mouvements civiques, sociaux ou révolutionnaires pour protéger seulement leurs frères et sœurs juifs.

Ils ont été poussés à agir en accord avec leur pensée universaliste. Ils ont défendu les valeurs en péril, avant les individus, car sans ces valeurs, l’individu n’est plus rien qu’un mouton dans la masse malléable à souhait que d’aucuns rêvent de pouvoir manipuler, comme ils l’ont fait il n’y a encore pas si longtemps en Europe, comme ils le font aujourd’hui, ailleurs.

Certains ne se rallient pas au hashtag #JeSuisCharlie. C’est leur droit le plus total. En revanche, ce qui est contestable, c’est que parmi eux se sont trouvé des Français et/ou Israéliens, juifs, qui ont considéré qu’il ne faillait pas faire bloc avec la France dans son ensemble en mémoire des victimes de Charlie Hebdo, car, et en effet, les Français ne sont pas descendus aussi massivement dans la rue pour les victimes juives de Toulouse et de Bruxelles.

Quand j’entends ce raisonnement, je m’interroge : où est la cohérence ? Pourquoi ce repli communautaire quand nos propres valeurs, que nous avons défendu et défendons encore bec et ongles, en France, en Israël et partout où nous nous trouvons, celles du monde libre, sont bafouées ? Comment demander –avec raison !- à nous rejoindre, quand nous décidons de prendre une voie séparée et confinée ? Pourquoi abandonner notre poste ? Pourquoi laisser les terroristes éteindre les Lumières ? Qui les rallumera, si nous n’accomplissons pas notre mission ?