Quelques semaines après mon voyage de recherche à Varsovie, ma mère me propose d’aller voir un documentaire : « Que sont devenus les Juifs de Pologne ? » Sans billet d’avion, je repars pour un peu plus d’une heure dans le pays de mes aïeux.

La projection est organisée par une association juive, le Farband USJF.

J’amasse quelques graines intéressantes :
– Une vie juive se reconstitue modestement en Pologne. Elle est le fait d’étrangers qui le plus souvent ont des racines polonaises, notamment des Israéliens ;

– des Polonais se convertissent au judaïsme après avoir découvert tardivement leurs origines juives ;

– plus étonnant : des Polonais non juifs se sentent puissamment attirés par le judaïsme, voire se sentent juifs au point d’adopter un mode de vie religieux. Parmi les musiciens klezmer polonais qui ont composé la BO du film, aucun n’est juif.

Ce documentaire apporte son eau au moulin de la grande polémique sur l’antisémitisme des Polonais. Une eau, reconnaissons-le, qui dévale à contre-courant des convictions partagées par le public présent – moi comprise.

Les Polonais sont-ils toujours antisémites ? Nous n’avons été confrontés à aucun rejet à l’égard des Juifs, répond le couple de réalisateurs, Marc et Agnès Rozenblum, venu présenter son film et répondre aux questions.
Renversement : Marc Rozenblum a entrepris le documentaire intimement convaincu de l’antisémitisme polonais et a échoué à confirmer son parti pris.

La conversion du réalisateur est-elle trop brutale pour les personnes présentes ? Presque toutes les réactions après la projection peuvent être ramenées à de l’incrédulité, de la méfiance, un refus devant l’idée d’une absence totale d’antisémitisme polonais. Précisons que bien des membres de l’assemblée sont des Juifs polonais chez qui la conviction de l’antisémitisme polonais est ancrée de longue date. Il faudra plus d’une soirée, plus d’un film pour les convaincre.

Et puis que faire de ce chiffre donné par le magazine « L’Histoire » dans son numéro récent consacré aux Juifs de Pologne : en 2013, 23 % des Polonais croyaient encore que les Juifs procédaient à des crimes rituels. Le débat reste ouvert…