Le 16 février dernier, le CRIF n’enregistrait qu’une seule candidature pour l’élection du 29 mai prochain. L’apparatchik Francis Kalifat, actuel vice-président depuis 2013 et trésorier depuis 2004 sera donc élu sans surprise, mais obtiendra-t-il 100 % des voix ?

Cette note est une réflexion personnelle sur l’avenir du CRIF que je soumets à l’attention du candidat déjà élu par défaut Président du CRIF.

Le CRIF va bientôt « choisir » son nouveau président et va se confronter aux défis d’une communauté dans l’angoisse de l’antisémitisme, sensible aux sirènes des extrémismes, et impitoyable pour ses dirigeants malgré une mobilisation faible dans la vie réelle et virtuelle sur les réseaux sociaux.

Pourquoi un seul candidat ?

Appareil verrouillé de l’intérieur ? Surement en partie car il est bon d’être sur la photo avec un président ou un ministre mais pas de s’engager dans une voie périlleuse politiquement et socialement.

Pas de relève ? C’est faux, entre les présidents de l’UEJF, jeunes militants aux dents longues et au micro prêt à l’emploi, ou de leaders connus pour leurs engagements, il y aurait pu avoir pléthore.

On a parlé hier ou aujourd’hui de personnalités connues : Arié Bensehmoun, Meyer Habib, Marc Eisenberg, Ariel Goldmann, François Heilbronn, Yonathan Arfi, Gil Taieb, et d’autres encore.

Qui peut être président ? Il faut être doté d’une aisance financière certaine car le poste n’est pas salarié ? Il faut être avocat, médecin, banquier, chef d’entreprise, et avoir suffisamment de disponibilité pour être sollicité 24h/24, 365j/365. Ce qui place l’âge du président à la proximité de la retraite s’il ne l’est déjà.

Bref, cela exclut un jeune quadra ou quinqua salarié qui ne peut à la fois assurer son salaire et la tâche de président.

Je souhaite ici proposer quelques pistes de réflexion pour les prochains dirigeants du CRIF afin de dépoussiérer cette institution dont l’importance est significative, n’en déplaise à ceux qui voudraient l’enterrer.

Représentativité du CRIF : le dépoussiérage de la liste des adhérents

La liste des adhérents indique des associations dont on peut légitimement se demander si elles existent encore aujourd’hui. Une remise à niveau de cette liste, quitte à dégonfler le nombre des adhérents, serait une bonne initiative de transparence.

Proposition : Vérifier en 3 mois la liste des adhérents et relancer ceux qui existent encore et ne sont pas à jour de leur cotisation.

Les associations représentées

Le grand public ne sait pas qui représente les élus des associations. La liste du Bureau Directeur et du Comité Exécutif devrait indiquer de quelle association adhérente sont les élus.

Proposition : mettre à jour les listes du CRIF accessibles sur Internet.

Elargir la représentativité

Nombre d’associations récentes et actives comme Connec’Sion, Europe-Israel, UPJF, OJE, etc… ne sont pas adhérentes au CRIF et ne veulent pas y entrer.

Elles n’ont aucun intérêt à entrer au CRIF si elles ne peuvent garder une certaine autonomie d’action. Elles n’ont aucun pouvoir si elles ne sont pas élues au Bureau Exécutif ou au Comité Directeur.

L’adhésion annuelle de 750 euros est un budget conséquent pour la plupart des associations.

Proposition : Créer une « deuxième division » pour les associations, type Parlement Juif Français, qui permette d’assister aux grandes réunions sans avoir de droit de vote. Convoquer ces associations au CRIF pour leur expliquer leur intérêt à élargir les rangs du CRIF.

Ouvrir des négociations avec le Consistoire

Le Consistoire s’est retiré du CRIF pour une dispute sur sa représentativité. Il est indispensable de l’y faire revenir, d’autant plus que nombre de problèmes communautaires sont à la limite du politique et du religieux comme la laïcité, la circoncision ou la casherout.

Proposition : ouvrir dès l’élection une série de négociations avec le Consistoire sans tabou sur la portée de la discussion.

Favoriser le dialogue et la contradiction au sein du CRIF

Le CRIF est perçu comme « des Juifs de Cour » sensibles aux honneurs et inféodés au Président pour garder des privilèges de prestige. Il n’existe pas d’opposition réelle qui favorise les échanges.

Proposition : favoriser le débat interne sur les orientations stratégiques du CRIF et la collégialité des décisions.

Valoriser les adhérents

Le site et la newsletter montrent surtout l’action du Président. Si le CRIF se veut fédérateur, il se doit de donner plus de visibilité aux associations adhérentes et à leur action. Les dernières versions donnent des nouvelles parues 24h ou 48h précédemment.

Proposition : Un quota (par exemple 1/3 ou 1/4) des informations publiées doivent venir des associations : activités, articles, tribunes…

Visibilité du CRIF : reprise à son compte des actions en Justice

Le CRIF est critiqué pour sa « mollesse » contre les actions antisémites et anti-sionistes car il ne montre pas ses actions souterraines. En conséquence, le BNVCA (contre le BDS) et l’UEJF (sur Twitter) apparaissent comme les champions de la lutte active. Les statuts du CRIF le permettent, la volonté politique et managériale du CRIF manque à l’action directe.

Proposition : attaquer en Justice au nom du CRIF qui peut se porter partie civile comme ses statuts l’y autorisent.

Aller à la rencontre du terrain

Le CRIF est perçu comme une association de notables communautaires déconnectés des réalités du terrain. Les associations adhérentes sont plus souvent virtuelles que réelles et l’information ascendante ou descendante est faible. Les diners du CRIF ou les Conventions ne sont pas accessibles à tous et le dialogue avec le « Juif de base » est quasi-inexistant.

Les Amis du CRIF organisent des conférences de prestige, payantes, mais ne font pas de débats entre le CRIF et les Juifs de France.

Proposition : aller dans les communautés, organiser des débats politiques sur les grandes questions communautaires et les réponses du CRIF.

Présence médiatique

Le dernier dîner du CRIF a été très peu repris dans les médias, où l’on ne retient que le buzz autour des paroles de Manuel Valls en 2016 (anti-sionisme = antisémitisme) ou de Roger Cukierman en 2015 (gaffe sur l’irréprochabilité de Marine le Pen).

Un travail de fond doit être entrepris pour rétablir le dialogue avec les médias communautaires et non communautaires. La parole du CRIF est rare dans les grands médias, par manque de charisme de ses leaders ou d’une ligne pro-arabe des médias.

Proposition : organiser des rencontres régulières entre la presse et le CRIF, en dehors des évènements, par exemple des déjeuners ou des points-presse réguliers.

Le positionnement du CRIF

Le CRIF est centré autour des combats autour de l’anti-sionisme, de l’antisémitisme et de la Mémoire de la Shoah. Il réagit aux évènements, mais se montre moins pro-actif et force de proposition.

Proposition : lancer une série de missions de réflexions sur des débats de société (la laïcité et la diversité, les valeurs républicaines et le judaïsme, etc.) et éditer des livres blancs diffusés au monde politique, médiatique et au grand public.

Publier les travaux des commissions

Les commissions se réunissent et produisent des résultats qui ne sont pas connus du public, au minimum des adhérents des associations.

Le CRIF doit être un laboratoire permanent pour bâtir des innovations et des solutions aux problématiques de son ressort. De plus, ça montrera au grand public que le CRIF ne fait pas que s’agiter au moment du Diner annuel.

Proposition : publier les objectifs des commissions et leurs résultats sur le site du CRIF.

Formation des mouvements de jeunesse

Les mouvements de jeunesse constituent le vivier de futurs cadres et militants de la communauté.

Le financement étant défaillant, les mouvements ont une action réduite au profit de colonies lucratives sans engagement politique.

Proposition : former les futurs cadres communautaires en complément des mouvements de jeunesse, associations lucratives et Instituts type Elie Wiesel.

Vidéos virales

LE CRIF avait produit des vidéos pour le rassemblement du Trocadéro pour Gilad Shalit et en réponse à un reportage de France 2.

Des animations vidéos ou Powerpoint pourraient être produits à partir des travaux du CRIF et mis en ligne sur les réseaux sociaux. Cela peut venir du CRIF ou des associations adhérentes.

Proposition : fixer un plan d’actions de thèmes à publier en vidéo et un calendrier de mise en ligne.

Application Smartphone

Le CRIF doit se doter d’une application pour les smartphones permettant la lecture en mode mobile des actualités. Une version mobile online permet d’avoir une meilleure lisibilité. Le plus efficace serait une application smartphone pour la lecture offline des informations.

Proposition : étudier la présentation du site pour smartphone et la réalisation d’applications pour systèmes Apple IOS (Iphone / Ipad) ou Androïd.

Boutique électronique

Le CRIF pourrait se financer en vendant en ligne des ouvrages comme les cahiers du CRIF ou des réservations à des soirées d’information.

Il a déjà ouvert les dons en ligne.

Proposition : ouvrir une boutique en ligne et y placer des rayons livres, vidéos, etc.

VISIO et Tchat

Le CRIF pourrait organiser des visioconférences grand public afin de communiquer avec les Juifs de France et de l’Etranger. Certains sites américains le font régulièrement.

Proposition : étudier la mise en œuvre de visioconférence type Skype ou autre produit du marché.