Quelles seront les priorités de l’imprévisible Trump?

Ce que l’on sait du président Trump est qu’il a laissé toutes les options ouvertes en matière de politique étrangère et qu’il a cultivé un nuage d’incertitude relativement à ses intentions. Son imprédictibilité lui laisse une très grande latitude de négociation.

En matière de politique étrangère, les foyers problématiques de l’heure sont : la tension existant entre l’OTAN et la Russie, l’assertivité de la Chine en mer de Chine méridionale ainsi que le danger nucléaire nord-coréen et iranien.

Le moment est venu de réévaluer les engagements et les alliances américaines traditionnelles. Aussi, il est de tout intérêt des États-Unis de contenir la Chine en s’alliant à la Russie. Pour cela, il faudra négocier un nouvel accord de Yalta pour délimiter des juridictions autour d’un modus vivendi agréé.

Le Moyen-Orient 

Trump a été très clair : il veut en finir avec l’État et le terrorisme islamique et revoir l’entente des 5 +1 avec l’Iran portant sur le nucléaire ou encore l’appliquer de façon la plus stricte. Lorsqu’on lui a demandé son opinion sur les vedettes iraniennes qui venaient frôler les navires de guerre américains, Trump a répondu qu’il fallait leur tirer dessus, point. 

Il faut s’attendre à ce que toute intervention contre l’État islamique ou l’Iran soit suivie d’attentats terroristes et qu’une coopération mondiale serrée soit nécessaire pour les contrer.

Le Moyen-Orient vit actuellement une situation de chaos entretenue par l’Iran qui injecte chaque année des milliards à cette fin. Une des avenues de collaboration avec la Russie est justement d’écarter l’Iran de la Syrie, de l’Irak, du Liban ou même du Yémen.

Idéalement, le renversement du régime des mollahs, fort impopulaire par ailleurs, ferait dévier leur trajectoire belliqueuse.

Jusqu’à présent, la Russie a bénéficié des ventes d’armes à la Syrie et au Hezbollah, financées par l’Iran et est en mesure d’imposer ses volontés en Syrie. Il faudra alors mettre en balance la fin des sanctions européennes pour pouvoir profiter de la collaboration russe.

Par ailleurs, Trump a également demandé à Israël de tenir bon au lâchage d’Israël par Obama aux Nations Unies et à la conférence de paix à Paris. Si le rapprochement timide entre les états arabes sunnites et Israël ne se fait plus en catimini, des possibilités de paix deviendront du domaine du possible.

La Russie

L’OTAN défend l’Europe et ce sont les États-Unis qui paient la facture. L’Europe sera donc appelée à payer sa part pour la défense européenne. En raison des politiques agressives de la Russie en Ukraine, l’Europe a imposé des sanctions économiques contre la Russie qui a réagi en renforçant son dispositif militaire autour des états baltes et en installant ses missiles nucléaires tactiques Iskander.

L’OTAN a dépêché des troupes dans les états baltes tout en pesant le recours à des armes nucléaires tactiques. Il faudra donc déminer la situation en urgence et prendre en considération les intérêts russes. Une finlandisation de l’Europe de l’Est pourrait être envisageable.

Si les USA et la Russie s’entendent sur un nouvel équilibre mondial, Trump pourrait maintenant favoriser les investissements pour développer le marché russe à l’avantage des États-Unis. Après le démantèlement de l’Union soviétique, c’est essentiellement l’Allemagne qui a monopolisé le marché de l’Europe de l’Est après y avoir orchestré un blitzkrieg économique.

La Corée du Nord 

Dans l’un de ses nombreux gazouillis, Trump a déclaré: « la Corée du Nord vient d’annoncer qu’elle en était aux dernières étapes de développement d’armes nucléaires capables d’atteindre les États-Unis. Cela ne se produira pas. »  
Le président nord-coréen Kim a déclaré qu’il ferait bientôt des tests balistiques intercontinentaux et qu’il n’excluait pas une attaque préventive nucléaire.

Obama a durci les sanctions contre la Corée du Nord et a tenté de persuader la Chine de faire pression sur ce pays, mais sans succès.
Par le passé, la Corée du Nord a été armée par l’Union soviétique et par la Chine pour contrer les États-Unis par procuration.
Or, la Corée du Nord est devenue bien trop dangereuse pour tous. Juguler la Corée du Nord devient donc possible mais cela fera probablement partie des négociations avec la Chine.

La Chine

Trump a eu l’occasion de déplorer les pratiques prédatrices de la Chine en matière de commerce.
De plus, la Chine s’impose dans les îles du Sud-est asiatique qui bordent le Vietnam, les Philippines et l’île de Bornéo et convertit des îlots en bases militaires.

Les navires US font fi de souveraineté autoproclamée de la Chine sur la région et continuent d’y patrouiller.

Trump a simplement dit : « la Chine se joue de nous » et a laissé entendre qu’une intervention armée n’était pas à exclure. La Chine a saisi un drone américain de surveillance sous-marine et Trump a engagé des discussions avec la Chine nationaliste de Taiwan au grand dam de la Chine populaire de Beijing.

Il est fort possible que des mesures économiques américaines à l’endroit de la Chine se traduisent par d’autres actions péremptoires chinoises en mer de Chine ou même dans des îles japonaises dont la propriété est revendiquée par la Chine, ce qui engagerait le Japon dans une course aux armements.
Une mini guerre froide s’ensuivrait.
La Chine aurait beaucoup à perdre du fait qu’elle contrôle une partie grandissante du commerce international. Par ailleurs, l’économie américaine s’en ressentirait pour un temps avant de s’ajuster au nouveau protectionnisme économique.

Trump veut avant tout servir les intérêts américains. Il laisse planer volontairement de l’incertitude quant à ses intentions. Il peut aussi redéfinir un nouvel ordre mondial qui remplacerait celui qui a prévalu au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Il peut également repenser les politiques de libre échange qui ont excessivement affecté les emplois aux États-Unis et rétablir un nouvel équilibre économique.