« Le Juif n’apprend pas par des raisonnements rationnels : il apprend par les catastrophes. Il n’achètera pas un parapluie simplement parce que des nuages s’amoncellent à l’horizon : il attendra d’être trempé et d’être atteint de pneumonie…« . Max Nordau (1)

Je mets en ligne cet article, alors que la situation se « réchauffe » et que Tsahal semble enfin mettre un terme à l’intolérable politique de retenue observée ces derniers mois. La retenue, qui remonte aux débuts de Tsahal (à l’époque pré-étatique de la Haganah, dont l’Irgoun avait fait scission précisément pour protester contre cette politique de « Havlaga »), n’est pas toujours une manifestation de sagesse et de force, face à des ennemis voués à notre destruction, qui « ne comprennent que le langage de la force », comme le dit justement l’adage populaire.

Face à un ennemi comme le Hamas, il est improductif et erroné de pratiquer une politique de retenue et de prétendre « éviter des guerres inutiles », alors que la guerre a en réalité commencé il y a déjà plus de six mois, avec les premiers tirs incendiaires venus de Gaza. Ne pas riposter ne fait pas disparaître la guerre que nos ennemis nous ont déclarée.

Ne pas riposter n’est pas une preuve de « force ». J’ajoute que l’approvisionnement continu de Gaza en nourriture ou en autres denrées malgré la guerre est une insulte aux habitants du Sud d’Israël qui sont – eux – « approvisionnés » jour après jour en missiles et autres projectiles meurtriers venus de Gaza.

Toute marque d’humanisme face à un ennemi inhumain est un signe de faiblesse. Elle  suppose – comme je l’écrivais il y a quelques mois – que nos ennemis sont des hommes comme nous et qu’en leur montrant un visage d’hommes, nous les inciterons à dévoiler eux aussi leur humanité.

Or c’est, hélas, le contraire qui est vrai… Plus nous sommes enclins à faire preuve d’humanité avec eux, plus ils se jouent de nous et se montrent cruels. Cette vérité éternelle avait déjà été énoncée par nos Sages dans le Talmud : « Celui qui a pitié des méchants, finit par se montrer cruel envers les justes… »

Notre force se mesure non à l’aune de notre humanité envers les habitants de Gaza, qui sont nos ennemis (contrairement à la terminologie mensongère qui parle de « civils innocents’), mais à l’aune de notre capacité de mettre fin aux tirs venus de Gaza, quel que soit le prix militaire à payer. Que D. aide nos soldats et qu’il inspire nos dirigeants.

Comme l’écrivait Yoav Shorek il y a quelques semaines (2), “lorsqu’un idiot jette une pierre au fonds du puits, plusieurs sages ne suffisent pas à la retirer”. La métaphore est parlante : le puits, c’est Gaza et la pierre c’est le Hamas, arrivé au pouvoir à la suite du retrait israélien – la “Hitnatkout” – dont Israël ne finit pas de payer les conséquences désastreuses.

Si l’histoire nous a pourtant appris une chose, depuis 1948, c’est qu’il n’est pas possible de laisser la souveraineté à une quelconque entité autre qu’Israël, entre la Mer et le Jourdain. Toutes les tentatives faites en ce sens – dans un cadre bilatéral (accords d’Oslo), multilatéral (résolution de l’ONU sur l’internationalisation de Jérusalem) ou unilatéral (retrait de la bande de Gaza) – se sont soldées par un cuisant échec.

Je me souviens avoir assisté au spectacle terrible des cercueils des habitants morts au Goush Katif, sortis de leurs tombes et portés en procession dans les rues de Jérusalem – car même les morts avaient été expulsés ! – une des images les plus effroyables qu’il m’a été donné de voir en 25 ans de vie en Israël.

Yoav Shorek évoque à ce sujet une autre image terrible, celle de l’incendie des synagogues du Goush Katif le 12 septembre 2005. “Cet événement symbolique”, écrit Shorek, “a conclu le processus de Hitnatkout (retrait) de Gaza et est resté gravé dans la mémoire collective. Treize ans plus tard, les localités voisines de la bande de Gaza vivent toujours dans l’incertitude sécuritaire quotidienne, et dans une guerre d’usure dont on ne voit pas l’issue”.

Ceux qui considéraient qu’il s’agit du prix à payer pour ne plus assumer la souveraineté (ou le simple contrôle militaire) à Gaza ont été lourdement démentis par les faits. Car non seulement le retrait de Gaza n’a pas amélioré, comme l’avait promis son génial architecte, la sécurité intérieure d’Israël et son image sur la scène internationale, mais les deux se sont dégradées depuis, au point que le Hamas est devenu – après l’Iran et le Hezbollah au Nord – la deuxième menace stratégique pour Israël. Le tir de missiles ce matin sur Beer-Sheva et le Goush Dan n’est qu’une douloureuse piqûre de rappel à  cet égard.

A l’heure des missiles, les territoires n’ont pas d’importance” (Shimon Pérès)

Comme je l’écrivais en 2011, l’affirmation saugrenue faite par Shimon Pérès, en pleine euphorie des accords d’Oslo, a montré depuis lors son caractère illusoire et trompeur. Les territoires sont devenus plus essentiels que jamais à l’heure des missiles, comme le savent bien les habitants de Sdérot, de Beer-Sheva et d’Ashdod (liste partielle…), placés sous le feu des missiles du Hamas par le retrait de la bande de Gaza…”(3).

Non seulement le retrait de Gaza s’est avéré (comme l’avaient prédit de nombreux observateurs à l’époque) stratégiquement erroné, mais il a surtout constitué une erreur sur le plan psychologique. Les habitants de Gaza – et le Hamas en premier lieu – ont en effet interprété ce retrait (comme tous les autres retraits israéliens, du Sud-Liban et de Judée-Samarie) comme un signe de faiblesse.

La faiblesse, disait Charles Krauthammer, fin observateur politique, est toujours un facteur négatif sur la scène internationale. Cela est d’autant plus vrai dans notre région, face à des ennemis habités par un complexe d’infériorité-supériorité, qui interprètent toute marque de faiblesse comme la confirmation de leur volonté destructrice.

Cela est vrai à Gaza, où le “généreux” retrait israélien a été récompensé par la destruction humiliante de nos synagogues, et par une pluie de missiles incessante depuis lors. Cela est vrai aussi en Judée-Samarie et à Jérusalem, où la faiblesse israélienne, notamment sur le Mont du Temple, est interprétée par le monde musulman comme une preuve supplémentaire que les juifs sont des intrus à Jérusalem et qu’ils n’y ont aucun droit(4).

Quand les Juifs pourront de nouveau réciter le Hallel au Goush Katif…

Ceux qui pensent pouvoir régler le problème de Gaza par des opérations militaires limitées à des bombardements aériens se bercent d’illusions. “Les solutions provisoires”, écrit encore Shorek, “ne modifieront pas l’équation à Gaza, équation créée par le retrait, qui ne sera modifiée que lorsqu’Israël osera changer les règles du jeu et reviendra à Gaza pour y neutraliser la bombe.

Pour nettoyer la bande de Gaza des armes et des infrastructures militaires et pour en refaire un lieu de vie, en offrant à ses habitants des perspectives d’avenir… Le prix inévitable du retrait est celui-ci : Tsahal devra retourner à Gaza et la reconquérir”.

Je n’ai rien à ajouter à ces lignes, sinon que le retour au calme à Gaza ne se fera que le jour où la synagogue de Névé Dekalim sera reconstruite, et que les prières juives retentiront de nouveau entre ses murs. Ce jour-là, qui n’est sans doute pas aussi lointain qu’il n’y paraît aujourd’hui, ce ne sont plus les appels au djihad et à la guerre qu’on entendra à Gaza, mais les mots du Hallel et ceux du prophète Jérémie : “Tes enfants reviendront dans leur territoire”.

Notes :

(1) Cité dans Histoire de ma vie, Les Provinciales 2011.

(2) “Treize années de conflagration”, Hashiloach numéro 11, septembre 2018.

(3) Article repris dans mon livre La trahison des clercs d’Israël, La Maison d’édition 2016, page 156.

(4) Sur ce sujet essentiel, je renvoie à au dernier chapitre de mon nouveau livre, Israël le rêve inachevé, à paraître en novembre aux éditions de Paris.