Réponse à l’article de Monsieur le Député Européen Gilles Pargneaux, publié sur le journal en ligne Le Huffington Post, édition française du 23 juillet 2014

Bonjour Monsieur,

Merci pour votre article.

Je partage votre point de vue sur la nécessité de la création immédiate d’un Etat Palestinien à coté de l’Etat d’Israël.

Vous mentionnez également l’urgence de stopper la politique d’implantations israéliennes sur le territoire palestinien. Je partage également votre point de vue sur ce point. Un moratoire immédiat est impératif dans l’attente d’un accord de Paix définitif qui définira les « frontières » futures des deux Etats, sachant que compte tenu de l’imbrication existante entre les deux sociétés israéliennes et palestiniennes, seules des frontières ouvertes seront viables. Actuellement il y a déjà une circulation des biens et des personnes entre Israël et les territoires palestiniens, certes contrôlée en raison de la situation sécuritaire.

Cependant, vous n’évoquez pas dans votre article les différentes tentatives d’accords qui ont pour l’instant échouées. En effet, sauf erreur de ma part, il me semble que les différents gouvernements israéliens, y compris celui de Mr Netanyahu ont proposé des accords de paix fondés sur la création d’un Etat Palestinien sur la base d’une restitution de 95% des territoires occupés depuis 1967, la Bande de Gaza et un échange de territoires pour compenser les implantations israéliennes devenues des villes qui ne seraient pas évacuées et restituées (Monsieur Netanyahu a fait parvenir il y a quelques mois plusieurs lettres reprenant ces points, notamment à Monsieur Abbas et au Roi de Jordanie). Certains de ces projets d’accords comprenaient même une solution pour le statut de Jérusalem qui a toujours été et demeure un des points de bocage importants pour un accord de paix définitif, sachant que lorsqu’on se déplace à Jérusalem, il apparaît tout à fait possible d’envisager que cette ville pourrait rester totalement « ouverte » et devenir la capitale des deux Etats (Jérusalem Ouest pour Israël et Jérusalem Est pour la Palestine accompagnée d’une gestion bipartite ou tripartite de la Vieille Ville de Jérusalem). Une proposition israélienne en ce sens a déjà été présentée à l’Autorité Palestinienne….

Enfin, et surtout, vous éludez totalement l’exigence palestinienne d’un droit au retour illimité des palestiniens en Israël (droit pour les palestiniens et leurs descendants qui ont été contraints de quitter Israël en 1948 et 1967).

Aussi légitime que ce soit cette demande, elle constitue aujourd’hui le point de blocage principal à un accord de paix. En effet, le gouvernement israélien ne peut accepter un tel droit au retour illimité dans la mesure où il correspondrait à terme à une « dilution » démographique de l’Etat d’Israël, compte tenu de l’équilibre et de l’évolution démographique des sociétés palestiniennes et israéliennes. Vous pourrez certes m’opposer l’hypothétique baisse du taux de fécondité de la société palestinienne grâce à son développement économique. Mais, vous conviendrez peut-être que l’Etat d’Israël ne peut pas se permettre de faire un accord de paix et fondé son futur sur une hypothèse…

Les dirigeants palestiniens (Autorité Palestinienne qui a renoncé à la lutte armée en 2002) doivent en effet choisir entre leur désir d’avoir un Etat indépendant existant pacifiquement et définitivement à coté de l’Etat d’Israël avec des concessions ou l’exigence d’un accord de paix « temporaire » avec le maintien du désir de détruire l’Etat d’Israël par la voie démographique faute d’y être parvenu par la voie militaire.

Les gouvernements israéliens, et notamment Mr Netanyahu, ont proposé à plusieurs reprises à l’Autorité palestinienne de renoncer à cette exigence d’un droit au retour illimité en contrepartie de compensations financières et d’un retour « limité » de certains réfugiés palestiniens.

Jusqu’à présent, l’Autorité Palestinienne a refusé de céder sur ce point, ce qui a notamment contribué à l’échec de toutes les dernières tentatives de paix.

Récemment, Monsieur Abbas aurait indiqué être prêt à faire des concessions sur cette question du droit au retour pour parvenir à un accord de paix.

A l’issue du conflit à Gaza, la situation géopolitique et les rapports de forces auront été substantiellement modifiés par l’amoindrissement de la branche armée du Hamas et la reprise du contrôle de Gaza par l’Autorité Palestinienne qui en a été chassée par le Hamas en 2007 avec plus de 400 membres du Fatah massacrés par les « militants » de cette organisation.

La réduction de la menace terroriste représentée par la branche armée du Hamas, le rétablissement de l’unité du contrôle politique de l’Autorité Palestinienne sur l’ensemble du territoire palestinien actuel, la ligne géopolitique du régime égyptien de Mr Al-Sissi et des concessions pragmatiques sur la question du droit au retour des réfugiés palestiniens devraient permettre de parvenir à un accord de paix définitif.

Les sociétés israéliennes et palestiniennes feront certainement pression sur leurs gouvernements respectifs pour qu’un tel accord soit conclu. Et contrairement à ce que vous laissez entendre, les dirigeants israéliens sont également prêts à faire des concessions en contrepartie d’une paix véritable (pour mémoire, une paix en échange des territoires avait été proposée par l’Etat d’Israël au lendemain de la victoire militaire de 1967 et refusée par les pays arabes (les trois « non » du sommet de Khartoum), sans revenir sur les différentes propositions de paix rappelées ci-dessus).

En conclusion, une paix fondée sur deux Etats est toujours et plus que jamais envisageable entre Israël et la Palestine. Un accord définitif va devenir encore plus nécessaire et probable à l’issue du conflit à Gaza.

Mais, je pense qu’il faut éviter d’être trop « réducteur » sur la manière de présenter ce conflit et les causes actuelles qui conduisent au maintien « intenable » du statu quo et éviter d’en imputer de manière trop simpliste l’entière responsabilité à une seule des parties en présence…. Les précautions rhétoriques consistant à faire référence à la Shoah et à l’existence d’hommes de gauche de « bonne volonté » du coté israélien ne sauraient masquer une approche trop simpliste et faussement objective. Pour reprendre une formule célèbre, la « gauche » n’a pas le monopole de la « bonne volonté ». La paix avec l’Egypte accompagnée de la restitution de l’intégralité du Sinaï a été conclue par un dirigeant israélien de « bonne volonté » de droite….

Bien cordialement

Frédéric Ghidalia