Lors de son voyage en Tunisie, le 20 juillet 2015 Nicolas Sarkozy a affirmé : « Le seul printemps arabe réussi, c’est celui de la Tunisie.»

Rien n’est moins sûr.

Si l’on considère que  les élections se sont déroulées de manière démocratique à la suite d’une campagne où les échanges ont été nombreux, ouverts, où la liberté d’expression n’a pas fait l’objet de censure, on peut effectivement affirmer avec Nicolas Sarkozy que les élections ont été une réussite.

Mais peut-on pour autant considérer que la Tunisie est devenue un état démocratique ?

Si on se réfère au préambule de la constitution tunisienne promulguée le 27 janvier 2014, les références à l’islam sont si fortes que l’on peut s’interroger sur la nature du régime tunisien.

Ainsi, alors que les constitutions des états démocratiques sont adoptées au nom du peuple, celle de la Tunisie  l’est « Au nom de Dieu le Clément, le Miséricordieux ».

En outre, il est précisé que la Tunisie appartient à la culture et à la civilisation de la Nation arabe et musulmane faisant fi de son histoire antérieure oubliant au passage HANNIBAL et Saint Augustin, la présence ottomane et accessoirement celle des juifs.

Et que penser d’une constitution qui voulant défendre légitimement les causes justes de libération des peuples, ajoute « en premier lieu le mouvement de libération de la Palestine ? »

Que dire d’une constitution qui ne permet pas à une personne athée ou dont la religion n’est pas celle de l’Islam d’être candidat au mandat de Président de la République ?

Certes même en Europe il peut y avoir des états démocratiques non laïcs comme la Grèce dont la constitution reconnait l’orthodoxie comme la religion officielle.

En réalité, c’est sur le plan de la pratique quotidienne que l’on peut apprécier le caractère démocratique on non d’un Etat.

En Tunisie, les partis d’opposition se plaignent que la justice n’est toujours pas indépendante du pouvoir exécutif ; en mai 2015 alors que se mettait en place le Conseil Supérieur de la Magistrature, un journal titrait : « Tunisie : La bataille pour l’indépendance de la justice est encore longue et semée d’embûches. »

La liberté religieuse prônée par la constitution n’a pas empêché la police d’intervenir pendant le dernier ramadan pour réprimer souvent de manière brutale les exploitants et les clients des rares restaurants ouverts.

L’Etat d’urgence appliqué pendant plus de trois ans après la chute de Ben Ali et supprimé en mars 2014 a été rétabli le 4 juillet 2015 par le Président tunisien après les attentats de Sousse. Cet état d’urgence accorde des pouvoirs d’exception aux forces de l’ordre et autorise le gouvernement à interdire les grèves et réunions et de prendre toutes mesures pour assurer le contrôle de la presse et des publications.

Ces mesures, comme la vie au quotidien des tunisiens, établissent que pour l’instant le « printemps arabe tunisien » n’est pas une réussite et risque à terme d’être ressenti comme un échec, si comme le prédisent certains, la situation économique tributaire du tourisme s’effondre.